S’IL y a un constat partagé et qui ne cesse du reste de se confirmer, c’est bien celui des acteurs politiques qui perdent de leur crédibilité et par conséquent leur position centrale. C’est la traduction d’une trans- formation politique qui a pris forme ces dernières années et qui a permis à certaines personnes de débarquer dans un milieu qui ne leur ressemble pas et dont ils n’ont vraiment pas le profil, encore moins le parcours nécessaire, et dans le meilleur des cas, la reconversion appropriée. Ce triple mouvement a eu pour conséquence la fragilisation de la scène politique cédée à certains néophytes et qui en profitent pour manœuvrer et peser sur le cours des choses.

Vendredi 10 juillet, il était convenu que l’Assemblée des représentants du peuple examine le rapport relatif aux projets de développement régional. Sauf que le député d’Al Karama Seifeddine Makhlouf avait transformé les débats en un plaidoyer délirant, surchauffé et hystérique pour dénoncer l’«injustice» exercée sur son invité, un autre membre d’Al- Karama, fiché S17 et interdit d’accès au Parlement. La plénière fut alors suspendue parce que Makhlouf en a voulu ainsi.
Si l’on revient quelques mois en arrière, c’est-à-dire depuis les dernières élections législatives, il n’est pas difficile de déduire que le Parlement et la plupart de ses députés sont en mal de crédibilité permanente. Tout indique que les élus du peuple font face à un problème structurel de fiabilité. Cette idée part d’un constat réel qui s’appuie surtout sur l’incapacité de la présidence du Parlement à gérer une situation de plus en plus conflictuelle dans laquelle les blocs parlementaires et les députés sont partie prenante. Et c’est précisément à ce niveau que l’on touche la nature du problème central. Le Parlement connaît sa propre crise de gouvernance. Il fonctionne sous une prétendue spécificité politique qui malheureusement ne sert plus que de paravent pour tenter de cacher une réalité amère. Il s’agit au fait d’une crise institutionnelle à l’hémicycle qui recouvre plusieurs enjeux apparents et d’autres sous-jacents. D’où les conflits d’intérêts entre les différentes parties et qui nous amènent à nous interroger sur la question de la gouvernance à l’ARP. Une gouvernance plus que jamais soumise à tous les aléas et toutes les incertitudes qui en découlent. Il ne s’agit pas seulement de divergences politiques, mais aussi et surtout de divergences d’agendas. La présence de certains députés est devenue problématique, notamment au fur et à mesure que s’accroissent les altercations. Les dérives au sein même du Parlement deviennent une menace pour la jeune démocratie tunisienne.

Le Parlement n’est plus aujourd’hui une référence de valeur. Dans une atmosphère aussi délétère, rien ne prédispose les élus du peuple à être le modèle de vertu que l’on souhaiterait qu’ils soient. Ils sont loin de pouvoir véhiculer les valeurs auxquelles le pouvoir législatif est particulièrement attaché. Dans un univers déconnecté, dans un milieu où il faut se singulariser pour se mettre en évidence, les comportements exemplaires n’ont plus leur raison d’être. Faire régner l’ordre est tout ce qui reste à faire pour sauver l’ARP. Cela nécessite des décisions qui cultivent le respect des valeurs et les obligations mutuelles. Le message est clair : retour à la raison, ou …dissolution du Parlement !

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