L’affaire a créé une grande polémique et a rouvert le débat, qu’on avait pourtant dépassé, autour des libertés individuelles. Pour certains, c’est une affaire de justice, mais pour d’autres, il s’agit d’un test pour les libertés individuelles dans un pays qui mise sur les droits humains et garantit la liberté de conscience.

Le tribunal de première instance de Tunis a condamné, récemment, l’internaute Emna Chargui à six mois de prison pour avoir «appelé à la haine entre les religions et les races». Elle a également été condamnée à une amende de 2.000 dinars pour «atteinte au sacré et aux bonnes mœurs».

En effet, cette jeune internaute de 27 ans a été reconnue coupable d’atteinte à la religion et d’incitation à la haine, après avoir partagé le 4 mai dernier sur Facebook une publication intitulée «Sourate Corona», qui renvoie à une parodie de versets coraniques pour sensibiliser contre les risques du coronavirus. Le jour même elle avait été convoquée par la police judiciaire et deux jours plus tard, elle passait devant la justice pour atteinte à l’article 6 de la Constitution tunisienne édictant que «l’État protège la religion» et «le sacré». Le 28 mai dernier, la justice avait décidé de reporter l’audience alors qu’Emna Chargui s’était présentée en état de liberté devant la Cour correctionnelle du tribunal de première instance de Tunis.

S’exprimant dans des déclarations médiatiques, la concernée s’est dite menacée de mort et de viol, notamment sur les réseaux sociaux. D’ailleurs, elle s’est dite «dépassée par les événements». En effet, la jeune femme a dû faire face à des menaces de mort, des intimidations, des appels au viol relayés sur les réseaux sociaux, mais de nombreuses associations et activistes de la société civile ont dénoncé ces agissements appelant à ouvrir une enquête dans ce sens plutôt que de condamner ce qu’ils appellent une victime des «courants obscurantistes».

Soutien et dénonciation

Une vague de soutien s’est déclenchée en faveur de cette jeune internaute. En réaction à sa condamnation, de nombreux internautes, artistes et activistes de la société civile ont publié la photo de «Sourate Corona», défiant ainsi les autorités et appelant à l’annulation de cette décision de justice. Son procès avait, donc, une valeur de test pour la liberté d’expression en Tunisie, d’autant plus que les voix criant à un retour à la case départ des atteintes aux libertés commençaient à s’élever.

C’est dans ce contexte que l’activiste, avocate et militante Bochra Belhaj Hmida a dénoncé cette décision de justice, rappelant que la Constitution tunisienne garantit les droits et libertés individuels. Pour elle, ce sont les incitations à la haine et à la violence contre cette jeune qui doivent être condamnées d’autant plus que la violence symbolique sur les réseaux sociaux ne suscite pas autant d’intérêt.

En mai dernier, Amnesty International avait appelé les autorités tunisiennes à «mettre un terme aux poursuites engagées contre Emna Chargui au motif qu’elle a partagé sur sa page Facebook un texte satirique pris sur les réseaux sociaux que certains ont jugé offensant à l’égard de l’Islam et doivent abandonner toutes les charges retenues contre elle». «Les poursuites intentées contre Emna Chargui illustrent une nouvelle fois la manière dont les autorités, malgré les progrès démocratiques enregistrés en Tunisie, continuent de s’appuyer sur des lois répressives pour saper la liberté d’expression», a déclaré Amna Guellali, directrice adjointe pour l’Afrique du Nord à Amnesty international.

La condamnation de l’internaute Emna Chargui, à six mois de prison ferme et 2.000d d’amende a déclenché de nouveau la polémique autour de la dualité entre les libertés individuelles et l’atteinte au sacré et à la religion. Dans ce genre d’affaire, la justice recourt généralement au Code pénal, notamment dans son article 226 bis énonçant : «Est puni de six mois d’emprisonnement et d’une amende de mille dinars quiconque porte publiquement atteinte aux bonnes mœurs ou à la morale publique par le geste ou la parole ou gêne intentionnellement autrui d’une façon qui porte atteinte à la pudeur.

Est passible des mêmes peines prévues au paragraphe précédent, quiconque attire publiquement l’attention sur une occasion de commettre la débauche, par des écrits, des enregistrements, des messages audio ou visuels, électroniques ou optiques». Mais les défenseurs des libertés individuelles ne cesse de rappeler que la Constitution tunisienne garantit et protège la liberté de croyance et de conscience.

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2 Commentaires

  1. Nabil

    17/07/2020 à 12:40

    une justice hypocrite et médiévale.

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  2. David Kacem

    17/07/2020 à 14:37

    Encore une preuve: qui dit « Arabe » ou « Islam », dit « interdiction de la liberté d’expression ». Une
    Menace qui retade le dévéppement du pays.

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