Retour à la case départ. Après un long parcours pour installer le gouvernement Fakhfakh et une lutte contre une crise sanitaire et économique qui ne fait que commencer, la Tunisie plonge de nouveau dans l’instabilité politique. Encore une fois, tous les yeux se tournent vers le Palais de Carthage où le Chef de l’Etat Kaïs Saïed devra mener des concertations avec les partis et coalitions politiques en vue de désigner un nouveau chef de gouvernement dont la mission de former la nouvelle équipe ne sera guère facile. Quel profil pour le nouveau locataire de la Kasbah ? Indépendant, partisan ou politique ? Qui sera l’homme de la prochaine étape en Tunisie et quelles qualités et compétences doit-il avoir pour mener à bien sa mission qui s’annonce extrêmement délicate ?

Dans un contexte de crise politique, le Président de la République, Kaïs Saïed, a adressé, hier, une correspondance aux différents partis, coalitions et blocs parlementaires composant l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) dans laquelle il leur demande de proposer leur candidat au poste de chef du gouvernement. D’ailleurs, un délai, soit jeudi 23 juillet 2020, a été fixé à ces intervenants politiques pour établir la liste de leurs candidats à ce poste. Encore une fois, le Président de la République a opté pour des concertations à distance, les partis doivent donc envoyer leurs propositions comme cela a été le cas lors de la désignation d’Elyès Fakhfakh.

Et sur fond de chaos politique et parlementaire, de désordre social et économique, de persistance de la menace terroriste, les tractations directes et les manœuvres en coulisses battent leur plein en vue de désigner un nouveau Chef de gouvernement puis son équipe. Mais en poussant Elyès Fakhfakh à démissionner, le Chef de l’Etat a, de nouveau, contrôlé les règles du jeu en dépit des contestations de la part du parti Ennahdha et ses alliés. En tout cas, les avis divergent sur son profil, mais aussi sur son agenda, ses plans et notamment sa conception du pouvoir et sa capacité de sortir de l’une des crises les plus profondes de l’histoire du pays. En effet, son attitude et ses capacités politiques à faire sortir la Tunisie de cette situation conditionneraient la nature du choix, mais ce sont notamment ses compétences économiques et sa prédisposition à gérer les dossiers sociaux qui intéresseront le plus les Tunisiens. Devrait-il être un expert chevronné en économie ? Une compétence reconnue en matière de gestion de l’administration et des dossiers sociaux ? Un homme politique racé et expérimenté ou un indépendant technocrate équidistant de toute formation politique et de toute tendance idéologique ? Quelle envergure privilégier ? Quel critère faire valoir, compte tenu de ce contexte de crise multiforme dont pâtissent tous les arcanes et les piliers de la République. En un mot, qui sera l’homme de l’étape ?

Indépendance politique et capacités économiques

Contacté par La Presse, Ahmed Souab, ancien juge au Tribunal administratif, pense que l’actuelle étape nécessite un profil très particulier pour le nouveau Chef du gouvernement. «Une assez jeune personnalité politiquement indépendante et équidistante de tous les partis politiques notamment ceux représentés au Parlement, mais en même temps connaisseur des moindres détails de la scène nationale et politique. Doté de grandes qualités d’intelligence et de capacités à gérer la crise politique, économique et sociale, le nouveau Chef du gouvernement doit jouer le rôle de rassembleur et doit répondre présent au niveau de sa communication tout en gardant une stratégie assez sobre», c’est ainsi qu’Ahmed Souab dresse le portrait du nouveau Chef du gouvernement, rappelant que son équipe doit être solidaire, et loin également de tous les tiraillements politique issus du parlement.

Quelle stratégie pour le Président ?

Selon le politologue Slaheddine Jourchi, également contacté par La Presse, même si le prochain chef du gouvernement doit être apolitique, il doit adopter un discours politique et maîtriser toutes les ficelles de la scène politique tunisienne et étrangère. «Le nouveau Chef du gouvernement ne doit pas être idéologue, sinon nous aurons de grands problèmes d’ordre politique et idéologique qui perturberont davantage le paysage politique», explique-t-il, tout en soulignant qu’il doit faire preuve d’excellentes et irréprochables capacités économiques pour entamer sa mission de sauveur de l’économie et attaquer les dossiers sociaux les plus lourds. Jourchi souligne également la nécessité de choisir un nouveau locataire de La Kasbah qui jouit de bonnes relations internationales mais qui, en même temps, n’appartient à aucun axe d’influence étranger.

De ce qui précède, nous pouvons conclure que le profil du prochain Chef du gouvernement doit forcément correspondre à une personnalité de caractère, grand connaisseur de l’appareil de l’Etat et des rouages de l’administration, capable de concevoir un projet menant au dénouement de la crise politique, aussi stratège soit-il, adapté au pays et à son ordre de priorités économiques et sociales, disposant de suffisamment de charisme, de tranchant et de capacité de gestion pour bien diriger une équipe et savoir prendre les décisions adéquates aux moments adéquats. Le critère de son appartenance politique demeure ainsi un facteur de taille qui conditionnerait le choix du Président de la République. Mais nous apprenons dans ce sens que pour Kais Saïed, ce critère, même s’il est important, ne sera pas décisif dans le choix du nouveau locataire de La Kasbah. D’ailleurs, le Président de la République suivra-t-il la même stratégie et les mêmes critères de choix établis lors de la formation du gouvernement Fakhfakh ?

Force est de constater que pour chaque contexte et situation politiques, des choix, des stratégies et des déterminants et facteurs seront adaptés. En tout cas, si le Président de la République veut exploiter politiquement la crise au niveau du parlement, son choix du nouveau Chef du gouvernement serait in fine un atout constitutionnel de taille mais aussi une carte de pression, celui de la dissolution du parlement, une alternative que nombre de Tunisiens appellent de leurs vœux et à haute voix.

Il faut rappeler également que le Président de la République avait souligné, lors de l’allocution qu’il a prononcée au moment de la prestation de serment des membres de gouvernement Fakhfakh, le 27 février 2020, la nécessité d’opter pour des personnalités intègres et dévouées au peuple. De ce fait, Kaïs Saïed doit forcément choisir un Chef du gouvernement à l’image irréprochable et intègre, celle qu’il a toujours défendue. Au moment de son choix, le locataire de Carthage doit faire preuve également d’efficacité et de rapidité pour proposer aux Tunisiens une alternative à l’image largement contestée par les Tunisiens d’un parlement paralysé par les conflits interminables. Enfin, Kaïs Saïed doit opter pour un profil intègre, compétent et de préférence apolitique, pour éviter un nouveau blocage au Bardo. Une nouvelle épreuve pour le Chef de l’Etat qui a toujours appelé à la suprématie de l’intérêt du peuple. 

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Un commentaire

  1. Liberte

    18/07/2020 à 10:41

    Désolé monsieur le président je ne suis pas nullement intéressé par le poste de chef du gouvernement, la cause principale est de trouver des ministres intègres et compétents pour occuper la fonction, et surtout la synergie de s’entendre entres eux et pas chacun pour soi et demerdes toi pour le reste, on veut une équipe solidaire et qui pense à rétablir politiquement, socialement et économiquement le pays dans un délai assez raisonnable pour ne pas être obligé de faire deux fois de ce qui vient d’arriver et bonne chance pour en trouver la perle rare monsieur le président

    Avec tous mes respects

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