Sous l’effet de la crise sanitaire du coronavirus et des mesures de confinement total décrété pendant le mois de mars dernier, l’économie tunisienne a enregistré sa plus forte contraction depuis que les comptes trimestriels sont élaborés par l’Institut national de la statistique (INS), soit en 1997. Un nouvel indicateur qui met à mal la stabilité socioéconomique du pays si on rappelle que la Tunisie connaît depuis dix ans un cumul de problèmes économiques et financiers de taille, menaçant, selon les économistes, sa souveraineté. En tout cas, s’il parvient à obtenir l’aval de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), outre les problèmes et contraintes politiques, Hichem Mechichi doit gérer un lourd héritage économique mais aussi négocier une situation sociale inconfortable.

Cette contraction historique s’explique principalement par une chute de la croissance à -21,6% en glissement annuel, à la fin du deuxième trimestre 2020. Une situation qui mettra à rude épreuve les finances publiques que les gouvernements qui se sont succédé depuis la révolution n’ont pas pu stopper l’hémorragie. Touchant quasiment tous les secteurs, ce sont notamment les activités des hôtels, cafés et restaurants, qui sont le plus impactées par cette crise avec une chute de croissance de 77.5%.

«Les activités de services ont été les plus touchées par le confinement avec une contraction de 30,4% de la valeur ajoutée globale des services marchands. Les restrictions de circulation et la fermeture des frontières ont ainsi lourdement affecté l’activité des hôtels, cafés et restaurants ainsi que les services de transport (-51,4%)», a expliqué dans ce sens le directeur général de l’Institut national de la statistique (INS), Adnen Lassoued.

Si cette chute du taux de croissance est «exceptionnelle par son ampleur», selon l’INS il faut relativiser la donne dans la mesure où cette situation est comparable à celle de plusieurs autres pays. La France, principal partenaire économique de la Tunisie, a connu au printemps dernier le plus fort recul de son activité depuis au moins 1949, avec un plongeon du produit intérieur brut (PIB) de 13,8% au deuxième trimestre. Depuis qu’il mesure l’activité économique française de façon trimestrielle, jamais l’Institut français des statistiques n’avait enregistré pareil effondrement, même constat en Tunisie. Au Maroc, l’un des principaux concurrents économiques de la Tunisie, la situation se montre plus clémente. Le Royaume chérifien devrait connaître en 2020 sa pire récession depuis 1996, avec une contraction de plus de 5% de son PIB, du fait de la pandémie de Covid-19 mais aussi d’un faible rendement agricole.

Difficile situation sociale

En Tunisie, ce qui rend la gestion de cette crise économique historique d’une extrême difficulté c’est notamment l’instabilité sociale. Le pays, qui peine à assurer une stabilité politique, se trouve confronté à une grogne sociale conséquente. Seulement au mois de juillet dernier, 798 protestations collectives et 11 suicides et tentatives de suicide ont été recensés par l’Observatoire social tunisien relevant du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (Ftdes). Plus de la moitié des mouvements sociaux ont eu lieu dans la région Ouest du pays. Le gouvernorat de Gafsa, à lui seul, a connu 319 protestations, soit 39,9% du total. La plupart des mouvements se sont concentrés dans le bassin minier et ont pris la forme de sit-in provoquant une paralysie totale des sites de production de phosphate pendant plus d’un mois.

Cette instabilité sociale s’accentuera certainement par la hausse du taux de chômage à 15,1%, au premier trimestre de l’année 2020 qui a cru ainsi pour la première fois depuis un an et demi. Le nombre de chômeurs estimé pour le deuxième trimestre 2020 s’établit à 746.400 contre 634.800 pour le premier trimestre 2020, soit un taux de chômage en hausse à 18% au deuxième trimestre pour une population active de 4,1 millions de personnes. Mais un chiffre reste en deçà des estimations du Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), qui avait lancé, en juin dernier, que la pandémie de la Covid-19 devrait entraîner, en 2020, 274.500 nouveaux chômeurs supplémentaires et engendrer ainsi une augmentation du taux de chômage à 21,6% contre 15,1% actuellement.

C’est en tout cas l’héritage que doit assumer et gérer le Chef du gouvernement désigné Hichem Mechichi si son gouvernement de compétences obtient l’aval des députés. Récession économique, grogne sociale, augmentation du taux de chômage et divergences politiques de taille, Mechichi doit faire de son gouvernement un «commando» pour sauver le pays qui fait également face à une nette détérioration de la situation épidémiologique marquée notamment par la multiplication des cas de contamination locale au coronavirus. Conscient de l’énormité de ce défi, il avait annoncé que le gouvernement de compétences indépendantes qu’il compte former fera du sauvetage de l’économie et de l’amélioration de la situation sociale ses deux principales priorités.

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