L’affaire ne cesse de prendre de l’ampleur. Il s’agit, en fait, d’un pas en arrière en matière de préservation de l’environnement après l’interdiction de l’utilisation des sacs en plastique en Tunisie. Alors que pour certains députés et activistes de la société civile, c’est une affaire qui pourrait cacher des soupçons de corruption et porter l’empreinte de l’implication de certains lobbies, pour le ministère de l’Industrie et des Petites et Moyennes entreprises, il s’agit d’un faux débat.

En effet, le ministère de l’Industrie et des Petites et Moyennes  entreprises a autorisé l’utilisation des sacs en plastique pour emballer le ciment. Expliquant cette décision, le ministre en charge de ce département, Salah Ben Youssef, a affirmé qu’elle a été prise pour augmenter la concurrence avec l’utilisation des sacs en papier en vue de baisser leur prix.

Ces explications n’ont pas calmé les esprits de ceux qui se sont opposés à cette décision. Parmi eux, le député Yassine Ayari qui a crié à la corruption, «mettant en danger la santé des Tunisiens et la préservation de l’environnement». En effet, ce dernier a pointé du doigt Mohamed Abbou et le parti Attayar l’accusant d’avoir facilité cette décision au bénéfice d’un industriel propriétaire d’une usine de fabrication de sacs en plastique qui a contribué au financement de sa campagne électorale. « Le principal bénéficiaire de cette décision n’est autre qu’un homme d’affaires ayant financé la campagne électorale de Mohamed Abbou, ministre de la lutte contre la corruption. Cet homme d’affaires a créé une société de fabrication de contenants en plastique, en 2018», a-t-il posté sur son compte Facebook.

La réponse du parti en question n’a pas tardé, il affirme même avoir porté plainte contre «le citoyen Yassine Ayari» pour propos diffamatoires et mensongers. Sauf que dans ce communiqué ayant pour objectif de démentir le député, Attayar avoue avoir bénéficié d’un appartement loué par un groupe industriel propriété de l’homme d’affaires cité par Yassine Ayari, «dont les frais sont en cours de remboursement». Dans ce sens, le parti de Mohamed Abbou appelle l’opinion publique à faire attention à ce qui se publie sur les réseaux sociaux et à contacter les différentes parties avant de publier ou de faire confiance à quoi que ce soit.

Les éclaircissements du ministère

L’affaire de l’autorisation d’emballer le ciment dans des sacs en plastique ne cesse de prendre de l’ampleur d’autant plus qu’il s’agit d’une décision qui vient en contradiction avec la stratégie nationale visant à interdire définitivement l’usage des sacs en plastique. Sous le feu des accusations et des critiques, le département de l’Industrie a expliqué qu’il a simplement réagi aux préoccupations de la chambre syndicale des cimentiers. « L’une de leurs requêtes importantes pour réduire les coûts de production était de supprimer la limitation à un seul type d’emballage du ciment vendu localement, le sac de grande contenance en kraft. En fait, cette limitation a créé un cluster monopolistique comprenant un seul producteur de papier kraft à partir de la pâte kraft importée et 6 assembleurs de sacs de grande contenance à partir du papier kraft», a-t-on expliqué. «En conséquence, le ministère de l’Industrie et des PME et le Ministre du Commerce ont signé l’arrêté publié dans le Journal officiel de la République tunisienne le 14 août 2020 permettant aux cimentiers d’emballer, selon la demande du marché, leurs produits dans des sacs en kraft ou en polypropylène instaurant une concurrence saine et une meilleure maîtrise du troisième plus grand centre de coût de la production du ciment», a-t-on poursuivi.

D’un autre côté, le ministère rappelle que l’emballage dans des sacs en polypropylène (ou plastique) n’a jamais été interdit pour l’export du ciment, la vente en Tunisie du ciment blanc ou la vente en Tunisie de la farine, de la semoule, des engrais et de l’alimentation animale. Chose qu’a réfutée en bloc le président de la chambre syndicale des ensachages du ciment.

Il est à rappeler ,dans ce contexte, que le ministre de l’Environnement, Chokri Ben Hassen, avait annoncé, en juillet dernier, que les sacs en plastique seront définitivement interdits à partir de 2021 pour les producteurs, fournisseurs et utilisateurs. Il a expliqué que le ministère prépare un programme de communication destiné aux industriels pour les exhorter à qualifier les systèmes de production conformément à la décision d’interdire les sacs en plastique et aux mécanismes de financement disponibles. La stratégie nationale visant à interdire l’usage des sacs en plastique en Tunisie prévoit un plan selon deux principales étapes. Ainsi, à partir du 1er mars 2020 l’interdiction a été imposée aux grandes surfaces et aux pharmacies et, à partir du 1er janvier 2021, aux producteurs et aux fournisseurs de sacs en plastique. Cette stratégie met en œuvre les exigences de l’arrêté gouvernemental du 16 janvier 2020 qui réglemente les types de sacs en plastique dont la production, la fourniture et la distribution seront interdites sur le marché tunisien.

Charger plus d'articles
Charger plus par Mohamed Khalil JELASSI
Charger plus dans Actualités

Un commentaire

  1. Mannai

    20/08/2020 à 17:02

    En l’absence de stratégie claire du gouvernement tunisien, le pays va droit au mur, si à chaque fois qu’une décision est prise, une autre vient la contredire, cela ne peut être qualifié que d’amateurisme et d’absence de vision claire. Tous les pays du monde sont en train de bannir au maximum l’usage du plastique. Pourquoi importer les sacs en krafts ? Les industriels n’ont qu’à investir dans la fabrication locale de ce produit, ainsi il gagneront leur indépendance, créer des emplois et préserver l’environnement du pays si cela compte pour eux !

    Répondre

Laisser un commentaire