Le fléau des accidents de la circulation constitue un enjeu majeur pour la santé publique et pose un problème sur les plans social et économique. En Tunisie, même si cette année une nette baisse du nombre d’accidents de la route a été enregistrée, ce phénomène pose toujours problème d’autant plus que nous parlons d’un taux de mortalité assez élevé pour une population de 11,5 millions d’habitants.

Au total, les accidents de la route tuent près de 1,3 million  de personnes par an dans le monde et provoquent de 20 à 50 millions d’autres blessés. La plupart des pays développés ont réussi à limiter l’insécurité routière et voient, ces dernières années, une baisse des taux de mortalité routière. Mais en Tunisie, la réalité est tout autre et à l’issue de chaque drame routier, le débat est rouvert autour de ce fléau. Les mêmes causes provoquent toujours les mêmes effets, le pays peine toujours à limiter le nombre des accidents sur ses routes. En effet, les pays en développement, la Tunisie en l’occurrence, n’ont pas réussi à en atténuer les conséquences. En Tunisie, deuxième pays le plus meurtrier de la région du Maghreb après la Libye, le nombre de morts sur les routes demeure en moyenne relativement trop élevé en comparaison des pays européens.

Mais selon le dernier bilan de l’Observatoire national de la sécurité routière, 599 personnes sont mortes sur les routes de Tunisie durant la période s’étalant du 1er janvier au 28 août 2020, soit 173 décès de moins qu’au cours de la même période de l’année 2019. Durant les huit premiers mois de l’année, 2.639 accidents sont survenus sur les routes tunisiennes provoquant des blessures à 3.863 personnes, soit 1.507 de moins par rapport à la même période de l’année 2019. De même que pour le nombre de blessés (-2084).

Cette nette baisse du nombre d’accidents de la route et de celui des morts de ces accidents ne résulte pas de nouvelles mesures mises en place, mais s’explique plutôt par la période du confinement observée vers la fin du mois de mars dernier sous l’effet de la crise du coronavirus et la baisse du trafic routier cet été provoquée par la quasi-absence des touristes libyens et algériens mais aussi les Tunisiens de retour de l’étranger. D’ailleurs, c’est le mois de janvier dernier qui a enregistré le plus grand nombre d’accidents cette année, soit 511 contre 125 pendant le mois d’avril lorsque le confinement était en vigueur. Un autre pic a été également enregistré en juillet dernier, lorsque seulement en neuf jours, entre le 1er et le 9 juillet, 104 accidents, 27 morts et 177 blessés ont été recensés.

Tunis indétrônable !

Concernant la répartition géographique des accidents de la route en Tunisie, c’est le gouvernorat de Tunis qui détient la première place dans le classement des gouvernorats qui comptent le plus grand nombre d’accidents de la route avec 474 accidents, 74 morts et 625 blessés, suivi du gouvernorat de Nabeul, (212 accidents et 44 morts) et de celui de Ben Arous (210 accidents et 29 morts). Le gouvernorat de Tozeur enregistre, quant à lui, le nombre le moins élevé d’accidents de la route avec seulement 23 depuis le début de l’année.

Durant ces huit premiers mois de l’année, 33% des accidents de la route sont survenus dans les boulevards et les avenues, tandis que 17% à l’intérieur des zones résidentielles et moins de 3% sur les autoroutes. Selon les données de l’Observatoire national de la sécurité routière, la vitesse excessive et l’inattention sont les premières causes d’accidents. Ainsi 31% des accidents ont été causés suite à une inattention au volant, 16% pour excès de vitesse et 9,1% pour non-respect de la priorité.

Toujours selon ces statistiques relatives aux huit premiers mois de 2020, la majorité des accidents survenus impliquent des véhicules légers mais aussi les motos et les piétons. Depuis le début de l’année, sur l’ensemble des 2.639 accidents survenus, 826 impliquent des piétons alors que 1.026 concernent des motos.

Quelle stratégie pour la sécurité routière ?

La Tunisie est le deuxième pays le plus meurtrier de la région du Maghreb après la Libye. Les accidents de la circulation représentent la cinquième cause de décès, soit 3,3% de l’ensemble des décès constatés. Si la Tunisie dispose d’un réseau routier assez dense d’environ 19.750 km en 2015, dont 65 % est bitumé, elle bénéficie aussi d’un réseau autoroutier en développement, il dessert les grands centres économiques : Tunis, Sousse, Bizerte et plus récemment Sfax et Gabès. Cependant, la maintenance et l’état dégradé de ces routes posent problème d’autant plus que certains accidents sont causés par la qualité défaillante de quelques routes connues pourtant pour être accidentogènes.

Si la faute provoquant l’accident est partagée entre conducteur, piéton, occupant du véhicule et état de l’infrastructure, toute une stratégie nationale de sécurité routière et de prévention contre les accidents doit être mise en place, tout en prenant en considération les différents aspects du fléau. Depuis l’indépendance, et selon plusieurs rapports de la société civile, l’Etat tunisien a mis en œuvre un programme tridimensionnel de prévention, il est question notamment d’investir dans les infrastructures du transport routier, de consolider la législation et l’adaptation de la réglementation aux mesures prises en matière de sécurité routière et de miser sur la dimension socioculturelle en privilégiant des campagnes de sensibilisation régulières. Mais progressivement et au vu de l’augmentation remarquable du parc automobile en Tunisie, notamment durant cette dernière décennie, cette stratégie a montré ses limites.

Et bien que les mesures en matière de sécurité routière appliquées en Tunisie soient pratiquement les mêmes dans les pays développés, on ne trouve pas les mêmes tendances. La gravité des accidents routiers en Tunisie pourrait s’expliquer notamment par l’insuffisance de l’action réglementaire mais aussi par l’inefficacité du système de surveillance. La violation de la loi, les comportements irresponsables et l’insouciance pourraient également expliquer ce fléau qui, en dépit de cette baisse conjoncturelle du nombre d’accidents, demeure une menace pour la santé publique.

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