Ceux qui pronostiquaient un remaniement imminent du gouvernement Mechichi, après son obtention, aujourd’hui, de la confiance des députés, sont invités à revoir leur copie et à réviser leurs pronostics ou attentes fondés sur des scénarios d’amateurs. Kaïs Saïed, Président de la République, a réuni, hier, au palais de Carthage, les représentants des partis politiques formant le gouvernement actuel d’Elyès Fakhfakh pour leur dire que «le gouvernement Mechichi ne sera pas modifié au cas où il obtiendrait la confiance des députés»

«Il n’est pas question d’introduire n’importe quelle modification au gouvernement Mechichi après son obtention de la confiance des députés». Kaïes Saïed, Président de la République, est on ne peut plus clair, tranchant et décisif.

Hier, il a invité les leaders d’Ennahdha, de Tahya Tounès, d’Achaâb et d’Attayar à une réunion de concertation, dont personne n’était en mesure de révéler l’ordre du jour.

Sauf que les hypothèses les plus folles, les pronostics les plus inimaginables et peut-être les arrangements, deals ou garanties allaient bon train jusqu’à ce que Kaïs Saïed dise son dernier mot.

Et son affirmation est à saisir comme la fin de toutes les supputations ou désirs ou mêmes caprices des uns et des autres : le gouvernerment Mechichi, une fois avalisé aujourd’hui, mardi 1er septembre, par le Parlement, ne subira, en aucun cas, un quelconque remaniement, dans un mois ou plus comme le laissaient croire, tout au long de la journée d’hier, plusieurs politologues qui essayaient de découvrir les objectifs de la réunion entre Kaïs Saïed, Rached Ghannouchi, Zeïneb Brahmi (Ennahdha), Zouheïr Maghzaoui et Mohamed Msellimi (Achaâb), Mohamed Hamdi et Hichem Ajbouni (Attayar) et Mustapha Ben Ahmed et Youssef Chahed (Tahya Tounès).

Mais bien avant d’arriver aux résultats de la réunion du palais de Carthage, il est à préciser qu’aujourd’hui, sonneront à 9h30 du matin, au Palais du Bardo, les trois coups annonçant le démarrage de la séance plénière exceptionnelle (puisqu’intervenant au milieu des vacances parlementaires s’étendant sur les deux mois d’août et de septembre 2020) consacrée au vote de confiance que les députés sont censés accorder au gouvernement Hichem Mechichi composé «de compétences complètement indépendantes des partis politiques» (y compris ceux qui se proclament proches du Président Kaïs Saïed et militaient ou plutôt combattaient pour la formation d’un gouvernement qu’ils n’ont pas hésité à baptiser «le gouvernement du Président», une appellation qui n’existe pas dans la Constitution).

Ainsi, aujourd’hui, les Tunisiens devraient vivre une nouvelle journée particulière qui pourrait durer jusqu’aux premières heures de la journée du mercredi 2 septembre pour être édifiés sur le sort que réserveront les députés, sur recommandations ou ordre des partis ou coalitions parlementaires qu’ils représentent, à l’équipe gouvernementale comprenant 25 ministres et trois secrétaires d’Etat (dont huit femmes, ce qui constitue une première dans l’histoire de la Tunisie depuis l’indépendance) que Hichem Mechichi soumettra aux élus du peuple pour qu’ils leur accordent leur confiance et qu’ils puissent entamer leur mission de salut de la Tunisie, mission dont les objectifs fondamentaux ont été éclaircis par Mechichi, lui-même lors de ses deux apparitions médiatiques tout au long du mois qu’ont duré ses concertations en vue de la constitution de son gouvernement. La première fois, rappelons-le, c’était le 10 août dernier quand il a annoncé pour la première fois que son gouvernement sera composé de compétences complètement indépendantes de tous les partis politiques et la seconde fois, c’était le 24 août 2020 à minuit quand il a révélé à l’opinion publique, avant l’expiration du délai constitutionnel d’un mois, la liste de ses ministres.

Donc, aujourd’hui, en parcourant les formalités auxquelles obéira la séance plénière de vote de confiance, Hichem Mechichi s’adressera à deux reprises aux députés. D’abord, à l’ouverture de la séance pour leur présenter les ministres qui formeraient son équipe et leur soumettre une synthèse sur le programme de son gouvernement. Ensuite, à l’issue des interventions des députés qui auront droit, chacun, à trois minutes pour exprimer ce qu’ils attendent des ministres qui sollicitent leur confiance et pour annoncer s’ils vont les faire bénéficier de leur soutien ou s’ils ont décidé de voter contre l’équipe proposée par Mechichi.

Et c’est bien ce vote ou plutôt les surprises que réservent les partis à Mechichi et par ricochet à Kaïs Saïed, le mentor de cette équipe ministérielle, qui suscitent l’intérêt des Tunisiens et mobilisent leur suivi quotidien des positions, déclarations et communiqués livrés quotidiennement par les partis politiques quant à ce qu’ils envisagent de réserver au gouvernement Mechichi, aujourd’hui, au palais du Bardo, au bout d’une séance plénière exceptionnelle qui restera dans les annales de l’histoire de l’action parlementaire tunisienne, quel que soit le résultat qui couronnera l’opération de vote.

Qui votera pour, qui votera contre et pourquoi ?

A moins d’une journée du vote, c’est-à-dire hier, lundi 31 août, vers 18h00, au moment où le présent article était rédigé, personne parmi les observateurs, les analystes ou même les politiciens se disant au parfum de leurs propres partis et aussi dans le secret des autres partis adverses ou partenaire ou alliés naturels ou éventuels n’était en mesure d’affirmer si Ennahdha, par exemple, allait donner à ses députés l’ordre d’avaliser les ministres de Mechichi ou de les priver de leur soutien même si au Conseil de la choura, réuni, hier après-midi, dans le cadre d’une session exceptionnelle, les positions n’étaient pas arrêtées défintivement en attendant les résultats ou plutôt «les arrangements ou les garanties» qu’aura arrachés Rached Ghannouchi, président du parti, de la réunion avec le Président Kaïs Saïed, (à la demande de ce dernier) avec les leaders d’Attayar, d’Achaâb et de Tahya Tounès.

Idem pour Attayar qui a annoncé ne pas soutenir le gouvernement Mechichi. Toutefois, il a laissé la porte ouverte à l’éventualité de changer de position au cas où d’autres données interviendraient comme le souhaitent à la dernière minute Mohamed Abbou et ses lieutenants.

De son côté, la coalition Al-Karama est intransigeante. «Nous avons été élus pour gouverner», martèlent Seïfeddine Makhlouf, le président de la coalition, et ses lieutenants, en premier lieu Yosri Dali et Abdellatif Aloui, qui prédisent un échec annoncé au gouvernement Mechichi où «les compétences indépendantes n’ont pas les capacités requises pour gouverner le pays», ne cessent-ils de professer.

Reste le Parti destourien libre (PDL) qui se dit déçu par le choix de certains noms et appelle Mechichi à les remplacer avant la séance de vote de confiance prévue pour aujourd’hui, semblant ignorer que l’opération-remplacement est impossible sur le plan constitutionnel.

Enfin, Tahya Tounès accordera son soutien au gouvernement Mechichi «mais à condition qu’il s’engage à mettre en place un programme de sauvetage urgent».

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