LE gouvernement Mechichi tiendra-t-il réellement la route pour rester en place pendant toute la période législative ? Résisera-t-il au choc d’un paysage politique toujours en ébullition et plus que jamais fragmenté ?

Mechichi aurait certainement aimé une meilleure coordination avant d’arriver là où il est aujourd’hui. Et c’est là où tout se complique pour l’ancien conseiller du Président de la République et ex-ministre de l’Intérieur. Même s’il s’est assuré l’appui d’Ennahdha et de Qalb Tounès, les partis les plus représentatifs au sein du Parlement, pour l’obtention de la confiance des députés, certains d’entre eux pourraient faire volte-face. C’est que chacun de ces deux partis est décidé à apporter les « modifications nécessaires » à la composition du gouvernement. L’un et l’autre ne font pas de cadeau gratuitement. Du reste, tout juste après le vote de confiance, le président de Qalb Tounès, Nabil Karoui, a affirmé que son bloc parlementaire s’attellera à retirer la confiance aux ministres de souveraineté. Même son de cloche chez le parti islamiste qui ne voit pas d’un bon œil la présence de certains ministres qu’on pense proches de la présidence de la République. Plus encore : Rached Ghannouchi n’a pas hésité à qualifier le Parlement de «source» du pouvoir en Tunisie. 

Combien de temps Mechichi tiendra-t-il ? Comment pourra-t-il échapper à un retour de manivelle déjà annoncé puisque beaucoup de députés lui avaient déjà fait savoir qu’ils lui ont accordé leurs voix et non pas leur confiance, que le gouvernement passera, mais qu’il en sortira affaibli, que le vote favorable à la formation du gouvernement proposé vise tout particulièrement « à éviter de plonger dans l’inconnu » ? Comment rassurer, rasséréner, calmer ? Comment colmater les brèches d’un pouvoir exécutif usé jusqu’à la corde ? Et puis réussira-t-il à faire ressortir son propre profil au moment où sa relation avec le Président de la République n’est plus, selon de nombreuses sources, au beaux fixe ?

Au-delà des priorités sociales et économiques annoncées dans son discours devant les députés, le nouveau Chef du gouvernement sait pertinemment qu’il devrait rompre avec les pratiques de ses prédécesseurs, notamment en ce qui concerne la lutte contre le chômage et la pauvreté, l’enrichissement illicite, la magouille et les conflits d’intérêts, la réalisation de la justice sociale, la réduction des disparités entre les classes. Autant de dossiers accablants. Il faudra certainement du temps pour remettre de l’ordre. Mais pour cela, lui et son équipe n’auront pas seulement besoin de temps, il leur faudra aussi de la force et de la volonté.

Si, dans sa première déclaration après l’obtention de la confiance des députés, on l’a vu un peu agacé par les accusations colportées par certains élus du peuple lors des interventions marathons qui ont marqué la plénière d’avant-hier et qui s’est prolongée au-delà de minuit, Mechichi doit aujourd’hui faire face à cette tendance chez les députés qui consiste à oublier les bases et les fondamentaux sur lesquels repose l’action politique. Tenir aujourd’hui une comptabilité des dérives engendrées par les manquements et les erreurs avérées relève d’un exercice de haute voltige. On a toujours espéré que la classe politique pourra un jour tenir un discours constructif et positif, mais c’était sans compter  avec le fait qu’elle soit toujours entraînée par la révélation d’un possible démon intérieur. On ne peut forcément se retenir devant un tel gâchis. On ne saurait, non plus, s’interdire de penser à tout ce qui aurait dû s’accomplir si la confiance, les convictions et les certitudes étaient autres. Et ce n’est point appartenir à une ère nouvelle que de rompre avec les mauvais réflexes et les mauvaises habitudes.

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