Dans ce contexte particulier de la crise sanitaire que nous traversons, nous n’avons ni le choix ni le temps d’être passifs face à la pénurie de médicaments : un problème de taille qui touche le citoyen dans ce qu’il a de plus précieux, sa santé.

Depuis le déclenchement de la crise sanitaire de Covid-19 et en raison d’un contexte socio-économique défavorable, des informations ne cessent de circuler sur la toile sur un manque inquiétant d’approvisionnement en médicaments. Pour les professionnels du secteur, le pays fait face à une crise structurelle, qui ne date pas d’aujourd’hui et qui a de multiples facettes: approvisionnement, rupture de  stock, contrebande…etc.

Pénurie de 300 médicaments

Le vice-président du Syndicat des propriétaires de pharmacies privées, Naoufel Amira, a indiqué, lors de son passage sur les ondes d’une radio privée, qu’il est plus que jamais temps de se pencher sur les obstacles et les difficultés que rencontrent l’industrie de médicaments d’une manière générale et plus particulièrement la Pharmacie centrale de Tunisie (PCT).

Cette dernière a été particulièrement pointée du doigt à cause de son rôle atypique d’importateur exclusif de médicaments et sa place centrale et exclusive dans l’approvisionnement des structures de santé. «La crise sanitaire du coronavirus à travers le monde, l’instabilité politique, les tensions sociales, les conflits d’intérêt…ont largement contribué à cette situation de crise.

En cette période très particulière, la Tunisie fait face à un manque de disponibilité de  médicaments dans les officines et dans les hôpitaux. On parle, aujourd’hui, d’une liste de 300 médicaments manquants ou en rupture de stock, dont certains sont classés vitaux et essentiels », souligne-t-il, tout en appelant à soutenir la Pharmacie centrale qui assure la régularité de l’approvisionnement et préserve le pays des médicaments contrefaits ou de qualité inférieure.

Plus de possibilités de rééchelonnement des dettes

Amira a ajouté que cette crise sera plus sévère que celles observées en 2017 et 2018 puisque la conjoncture internationale liée à la pandémie de Covid-19 a fait que les fabricants et les fournisseurs de médicaments à l’échelle internationale réclament leurs dus auprès des clients et n’offrent plus de possibilités de rééchelonnement des dettes.

« La Pharmacie centrale aurait autour de 500 millions de dinars de dettes envers ses fournisseurs étrangers. C’est un chiffre qui est encore amené à croître si les autorités concernées n’interviennent pas pour rationaliser le financement du système de santé et celui de la dispensation des médicaments…

Malheureusement, dans ce contexte particulier, les laboratoires étrangers, partenaires de la Pharmacie centrale, pourront ne pas accepter de revoir les échéances et les calendriers de paiement de leurs factures. Ce qui va compliquer davantage cette situation qui perdure depuis un bon moment. Sur un autre plan, les dettes de la PCT auprès des hôpitaux et les fonds sociaux sont estimées à 1,4 milliard de dinars. Un chiffre qui démontre un grand problème de liquidités qui serait à la base d’une nouvelle crise de médicaments…Encore une fois, c’est la santé des Tunisiens qui serait mise en péril », a-t-il regretté.

L’absence d’un laboratoire national de contrôle

En arrêt total depuis le déclenchement de cette crise sanitaire du coronavirus, le Laboratoire national de contrôle des médicaments (Lncm) a joué, depuis sa création, un rôle incontournable et déterminant dans le processus de qualité, d’évaluation technique et d’expertise.

Cette instance, qui regroupe le Syndicat des propriétaires de pharmacies privées, la Pharmacie centrale de Tunisie et l’administration (représentée par le ministère de la Santé), avait comme mission principale d’effectuer des études, des analyses et des essais à même de promouvoir le secteur des médicaments et de contrôler la qualité de ces médicaments ainsi que la mise en application de la législation et de la réglementation y afférentes.

Le laboratoire se charge aussi par le contrôle de la qualité des médicaments et de leur conformité aux normes à l’importation, à la commercialisation et à l’exportation. Cette unité a, également, fait des expertises des médicaments mis sur le marché, et ce, à la demande des tribunaux et des organismes publics.

« L’absence d’un laboratoire national de contrôle qualité des médicaments conforme aux normes internationales constitue un handicap majeur pour ce secteur…Un médecin peut prescrire un médicament qui est en rupture de stock ou qui ne figure pas dans le présent guide pharmaceutique.

Ce qui fait que tout le monde tourne dans un cercle vicieux à l’heure où le système de santé publique en Tunisie mérite davantage de rigueur et une meilleure organisation», a affirmé Amira, ajoutant que face à tous ces enjeux, et dans le but de mieux gérer les médicaments et éviter de nouvelles pénuries, le Laboratoire national de contrôle des médicaments devrait reprendre ses activités le plus tôt possible.

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