«Les alliés ne sont pas obligés de se ressembler », c’est ainsi que Seif Eddine Makhlouf justifie l’alliance annoncée entre Al Karama et Qalb Tounès, un parti dont il a souvent contesté l’existence et la vocation après une expérience décevante avec le mouvement Echaâb et le Courant démocratique.

Aux yeux du président du Bloc parlementaire Al Karama, le flambeau de la révolution passe ainsi d’Echaâb et du Courant démocratique à  Qalb Tounès. Paradoxalement, il affirme que lui et son parti resteront « une barrière infranchissable face aux nostalgiques de la haine, de la tyrannie et la rétrogradation », oubliant que les hommes du parti auxquels il tend la main ont déjà existé avant 2011.

Comment justifier et expliquer une alliance entre deux forces politiques que tout divise et rien ne rassemble ? Il semble qu’Al Karama et Qalb Tounès ont un adversaire commun à écarter : le Président de la République. Les interventions des députés des deux blocs lors du vote de confiance au chef du gouvernement avaient déjà annoncé la couleur. Plus encore, les déclarations après le vote de confiance accordé à Mechichi.   

L’abandon progressif des principes, des orientations et de la cohérence au profit des approches personnelles, où interviennent généralement les intérêts individuels a conduit à la création d’alliances au sein de groupes parlementaires qui jouent le jeu, qui se plient à toutes sortes de pratiques étrangères au champ politique.

Il s’est avéré que lorsqu’on parle aujourd’hui d’alliance, on ne pense plus au bien commun. On fait comme si l’intérêt général n’était plus que la somme d’intérêts particuliers que les politiques des temps modernes sont ponctuellement invités à défendre. Dans leurs différentes réactions et leurs prises de position paradoxales, ils ne sont plus que des lobbyistes des intérêts privés, des intérêts de clans. C’est à partir de là que la culture des arrangements douteux a pris forme, s’est développée depuis 2011 et se poursuit encore. L’on continue à se tromper non seulement de priorité, mais aussi de conjoncture et d’opportunité. Essentiellement dans un contexte défavorable, qui ne respecte pas la charte politique, qui ne valorise pas l’éthique et qui ne favorise pas un environnement de reconstruction. On ne sait plus où l’on va. Ni avec quel guide ni avec quelle boussole.

Mais plus que des histoires d’alliance et de rapprochement, le paysage politique offre aujourd’hui les contours d’un abandon évident des principes et des fondamentaux. La logique des conspirations a atteint présentement son paroxysme. Elle humilie et abaisse les valeurs de la révolution. Ceux qui se donnent le droit d’en dicter le mode d’emploi sont dans l’incapacité de faire valoir une vision et un projet de reconstruction sociale et économique. La crainte pour l’avenir du pays est plus que jamais avérée. Tout cela dépasse le débat autour des alliances politiques contre nature.  Le mal est beaucoup plus profond. Il touche aux racines d’un milieu qui n’a ni projet ni ambition.

Les positionnements dans lesquels se sont réfugiés la plupart des élus renvoient l’image d’un Parlement coupé du peuple. On ne fait plus honneur à une institution qu’on semble de plus en plus déshonorer sans y prendre garde…

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