Pour le gouvernement Mechichi, la mission est de préserver la paix sociale en réussissant là où ses prédécesseurs ont échoué. Gérer les interminables crises sociales, déverrouiller le blocage socio-économique et entamer la restructuration du secteur public.  


En acceptant la désignation du Chef de l’Etat et en formant le nouveau gouvernement qui a obtenu la confiance du Parlement, le Chef du gouvernement, Hichem Mechichi, était conscient de l’énormité des attentes des Tunisiens, exaspérés par la récurrence des crises politiques et économiques. Des attentes, certes légitimes, d’autant plus que  dix ans après la révolution, leur situation socioéconomique n’a pas vraiment connu d’amélioration, notamment en raison d’un contexte économique défavorable. Ces attentes ne seront satisfaites que si le nouveau locataire de La Kasbah et son équipe parviennent à bien négocier la situation sociale qui va de mal en pis et gérer les dossiers sociaux les plus brûlants. Hichem Mechichi est donc placé devant son destin : prévoir tous les scénarios possibles et étudier toutes les solutions envisageables pour gérer des dossiers et réussir là où ses prédécesseurs ont échoué.  

En annonçant ses priorités, le Chef du gouvernement a placé les dossiers et la situation socioéconomique comme l’une de ses principales préoccupations. Et pour cause, un cumul de mauvaise gestion de ces dossiers dont chaque gouvernement décide de reporter le traitement à son successeur. Résultat du compte : la situation atteint un point de non-retour au vu de l’effervescence sociale. De ce fait, le gouvernement Mechichi se présente comme celui de la dernière chance pour sauver le pays de ce que certains sociologues appellent l’explosion sociale.

En tout cas, l’un des premiers dossiers sociaux à gérer n’est autre que celui d’El Kamour. D’une simple protestation à une crise sociale et économique sans précédent, ce dossier ne cesse de menacer la paix sociale et la sécurité nationale, comme le souligne la présidence de la République, d’autant plus qu’il met à mal le secteur pétrolier. En effet, l’actuelle crise de production de pétrole et de gaz trouve son origine dans le dossier d’El-Kamour, ce blocage qui dure depuis plus de trois ans et auquel les différents gouvernements qui se sont succédé n’ont pu trouver solution. Passant d’un simple mouvement de protestation à un état de blocage permanent et à une crise sociale et économique sans précédent, le dossier d’El-Kamour se complique davantage. Dernièrement, une délégation ministérielle composée de l’ancien ministre de l’Energie, des Mines et de la Transition énergétique, Mongi Marzouk, et de l’ancien ministre de la Formation professionnelle et de l’Emploi, Fathi Belhaj, n’était pas parvenue à un accord avec les membres de la Coordination du sit-in d’El-Kamour. En tout cas, la présidence de la République affirme avoir une conception pour sortir de cette crise, mais cela se fera en coordination avec la présidence du gouvernement.

Mohamed Trabelsi comme cheval de bataille

Outre ce dossier brûlant, le gouvernement Mechichi devra négocier une situation sociale inconfortable provoquée notamment par la hausse du taux de chômage sous l’effet de la crise du coronavirus. En effet, le taux de chômage a augmenté pour la première fois en Tunisie, et ce, depuis un an et demi. Il a atteint 15,1% au premier trimestre 2020. Le nombre de chômeurs s’est établi à 634.800 au premier trimestre de l’année en cours contre 623.900 au quatrième trimestre 2019. Ces nouveaux chômeurs qui s’ajoutent aux anciens ne feront qu’aggraver la situation socioéconomique du pays si l’on ne parvient pas à absorber ces nouveaux taux de chômage, notamment en dynamisant les circuits économiques et d’investissement.

En proposant Mohamed Trabelsi au portefeuille des Affaires sociales, Hichem Mechichi a certainement pensé à l’expérience dont jouit ce profil. Ancien ministre du même département dans le gouvernement Chahed, Trabelsi fait son retour au département qu’il connaît très bien. Il serait même le cheval de bataille de Hichem Mechichi pour entamer des dossiers sociaux dont il est certainement conscient de l’énormité et de la complexité. Mais le choix de placer Trabelsi aux Affaires sociales n’est pas certainement anodin, et serait un message destiné au partenaire social du gouvernement, la toute puissante centrale syndicale. Secrétaire adjoint à l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt) chargé de l’enseignement, puis de la communication et des relations internationales, Mohamed Trabelsi devra sans doute puiser dans ses excellentes relations avec ce partenaire social du gouvernement pour apaiser la tension sociale et faciliter notamment les différentes négociations sociales.

Effectivement, la relation que devra entretenir le nouveau gouvernement avec l’Ugtt serait cruciale et tributaire de son rendement au niveau de la gestion des dossiers sociaux. Négociations sociales, restructuration des entreprises et du secteur publics, gestion des crises sociales et autres, ces rapports entretenus avec la centrale syndicale doivent être au beau fixe pour faire sauter les différents verrous.

En tout cas, Hichem Mechichi, qui vient d’entamer sa mission, s’est immédiatement réuni avec le secrétaire général de l’Ugtt, Noureddine Taboubi, pour «fixer les priorités et la méthode de travail durant la prochaine étape ainsi que les moyens de parfaire la gestion du service public», indique un communiqué de la présidence du gouvernement.

Idem pour la centrale patronale, le gouvernement Mechichi est appelé également à soigner ses relations avec ce principal acteur du tissu économique et entrepreneurial en Tunisie. L’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) se dit, en tout cas, prête à collaborer avec le gouvernement Hichem Mechichi. Elle indique que les grandes priorités définies par ce gouvernement constituent une base de dialogue pour la mise en place d’un programme de sauvetage consensuel qui rassemble toutes les forces nationales. Il est à rappeler, dans ce sens, que le nouveau Chef du gouvernement s’est engagé à placer l’investissement, la justice fiscale, la réforme du secteur public, la lutte contre la pauvreté et le rééquilibrage des finances publiques en tête de ses priorités.

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