LE principe de séparation entre la politique et l’administration a perdu ces dernières années son « innocence » à la fois éthique et morale. Au centre de controverses, certains partis ont pris l’initiative de définir, à leur manière, quel type de valeurs et d’orientation l’administration devrait adopter. En d’autres termes quels profils dans les postes clés administratifs. On pense de plus en plus aux responsables qui sont liés de très près aux ministres, tels que les chefs de cabinet et les chargés de mission. De sorte que la marge de manœuvre des ministres contestés, et à qui on avait pourtant accordé le vote de confiance, est réduite.

Généralement, la tendance à politiser l’administration tunisienne a engendré une certaine spécificité. Cela est visible dans la manière avec laquelle celle-ci est appréhendée et selon quelle vision politique. Il ne vient pas à l’esprit de ceux qui prennent garde à cette démarche de s’interroger sur les exigences actuelles du pays. Depuis 2011, nombreuses et variées sont les nominations conditionnées, et surtout inappropriées. Les plus évidentes sont celles qui renvoient et qui servent des enjeux à la fois politiques, économiques et sociaux. La crise et le malaise politiques font aujourd’hui écho à des anomalies sans précédent.

Il fut un temps où la réussite de l’administration tunisienne puisait sa raison d’être  de l’interdiction de toute ingérence politique. Elle n’avait rien à faire, ni à voir avec les luttes partisanes, ou encore idéologiques. La  compétence ne s’est jamais basée sur des calculs politiques, quelle qu’en soit la nature.

Cependant, si les partis impliqués n’en ont pas conscience ou refusent de l’admettre, Mechichi n’a pas cédé aux différentes pressions et a fait appel à des ministres indépendants. Un premier défi relevé, mais qui reste encore insuffisant dans la mesure où certains partis politiques tiennent toujours à avoir leur mot à dire sur ce sujet, en voulant nommer des responsables qui gardent un œil sur les ministres visés et auxquels ils ne font pas confiance.   

A bien des égards, on est dans une époque de suspicion, d’excès, de dépassements et de dérèglement. On y va du petit bourdonnement infondé, de la persistance d’une croyance absurde ou encore d’une vérité cachée. On explique l’inexplicable, on justifie l’injustifiable et on accrédite l’invérifiable. Les nominations recommandées ? Vaste sujet qui ne cesse de traverser les années depuis 2011 et qui s’invite de plus en plus dans les critères de choix des hommes et des femmes qu’il faut à la place qu’il faut. Un prisme politique pour celui qui parvient à s’en servir le mieux et le plus. Parée de toutes les vertus, mais  « victime » de sa réussite et de sa bonne réputation, l’administration tunisienne court aujourd’hui le risque d’être instrumentalisée. La tentation de l’utiliser, de la manipuler, de la contrôler est devenue grande, tant sa place est cruciale. Difficile de ne pas réagir devant un spectacle qui ne semble obéir qu’aux propres règles de ses initiateurs..

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