IL ne manquait plus que cela : des instituteurs originaires de Gafsa ont été empêchés de travailler à Tataouine. En effet, des maîtres d’école ont mené, vendredi 25 septembre, des protestations devant la délégation régionale à l’éducation de Tataouine, refusant la nomination de ces enseignants, se considérant prioritaires pour ces postes et justifiant leur acte par le fait que le ministère de l’Education aurait dû les recruter dans des établissements de leur région. 

A travers autant de dérapages, de dérèglements et d’excès, la Tunisie post-révolution  voit de jour en jour se volatiliser ses rêves, ses idéaux et les aspirations des initiateurs d’une nouvelle ère.  Il y a pourtant toute une histoire autour de cela. Des hommes et des femmes qui ont défié la dictature, passant même le cap de l’impossible, sans la moindre intention de céder. Les revendications pour lesquelles ils se sont battus n’ont plus la même signification que celles réclamées et endossées de nos jours. Face aux protestations d’aujourd’hui, du reste de plus en plus dénaturées, la nostalgie nous donne beaucoup de regrets. Ces protestations telles qu’elles sont revendiquées sont mues par des considérations et des arguments qui n’ont aucun rapport avec la réalité. La remarque n’est pas anodine, puisque le sens de la responsabilité ne fait plus partie des priorités absolues des manifestants. Tout cela dépasse largement le débat autour de l’idée que l’on se fait des droits et des devoirs de chacun. On pourrait soustraire les problèmes de fond et de forme auxquels est confronté le pays, les crises économiques et leurs retombées sociales. Mais les questions essentielles pour l’avenir de la Tunisie restent toujours sans réponses.

L’image véhiculée par ces instituteurs traduit les  dérives dans lesquelles le pays est entraîné et que les différents gouvernements se sont montrés incapables de contenir. Ils en assument visiblement une grande partie. Mais tout cela n’est pas uniquement une affaire d’un gouvernement particulier. C’est le propre de tous ceux qui se sont succédé depuis 2011.

Une nouvelle catégorie et de nouveaux profils de protestataires se donnent aujourd’hui le droit de se faire raison. De contester, de polémiquer et défendre à tort ou à raison leurs idées. Il semble d’ailleurs entendu que les valeurs de la révolution et toute la signification qui s’y rattache soient conditionnées outre mesure. Elles n’ont plus la même teneur, la même portée. L’inconscience est en train de tout détruire. L’espoir fait place au doute. Les standards et les règles communément respectés sont bafoués. Plus personne ne semble satisfait par les décisions de l’Etat.  Pire, les protestations destinées à empêcher les instituteurs originaires de Gafsa de travailler à Tataouine risquent de provoquer des tensions entre les deux régions. On crie au régionalisme et la bulle spéculative qui s’est emparée des uns et des autres risque d’éclater à tout moment. N’est-il pas temps d’inciter les différentes parties à plus de modération et à une véritable prise de conscience qui, en définitive, leur profiteraient mieux et plus. Plutôt que de fermer les yeux et d’attendre sans rien faire, comme on l’a fait pour d’autres dossiers brûlants et d’autres maux de la société tunisienne ?

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