Crise sanitaire, renforcement du système hospitalier, loi de finances pour l’exercice 2021, état des finances publiques et autres, le Chef du gouvernement, Hichem Mechichi, a fait le point, hier, dans sa première interview télévisée.

Au début de son interview, le Chef du gouvernement a reconnu que la situation sanitaire est actuellement «très difficile» et risque de se détériorer davantage durant la prochaine période, tout en rassurant que l’Etat est capable de faire face à cette pandémie tant que tout le monde se montre solidaire. Insistant sur le fait que scientifiquement, il n’existe pas une première et une deuxième vague, Hichem Mechichi a encore une fois écarté la possibilité de recourir à un confinement général. «Nous avons adopté cette solution en mars dernier car les conditions et les circonstances étaient différentes, aujourd’hui nous connaissons un état de contamination généralisée. La seule solution n’est autre que de respecter les mesures et les gestes barrières. Nous n’allons pas agir de la même manière, puisque l’ancienne méthode a montré ses limites», a-t-il noté.

Appelant les Tunisiens à appuyer les efforts de l’Etat en matière de lutte contre la pandémie, notamment par le biais du respect des mesures barrières, Mechichi a annoncé que prochainement, 10 millions de masques seront fournis aux couches sociales à besoins spécifiques.

Evoquant, par ailleurs, la mauvaise gestion des fonds et des aides qu’a reçus la Tunisie dans le cadre de la coopération internationale pour lutter contre cette pandémie, Mechichi a épinglé ce qu’il a appelé les barrières bureaucratiques, ajoutant que les dons collectés au profit du fonds 1818 n’ont pas été encore dépensés «car nous gérons cette crise comme si nous n’étions pas en état de guerre contre la pandémie».

Pour appuyer ce qu’il a appelé la «guerre contre le coronavirus», le Chef du gouvernement a annoncé que le gouvernement recourra exceptionnellement au recrutement de 1.300 cadres médicaux et paramédicaux durant la période à venir. Et d’ajouter qu’il a ordonné le décaissement de cent millions de dinars au profit de la Pharmacie centrale pour faire face à la pénurie de certains médicaments et vaccins.

Réquisition du secteur privé ?

En ce qui concerne les dépassements commis par certaines cliniques et laboratoires durant ces temps de crise, le Chef du gouvernement a assuré que des décisions ont été prises contre cette «minorité infime», rappelant que le gouvernement est en train de multiplier les opérations de contrôle. «L’Etat est appelé à protéger les citoyens. Pour le moment, nous avons assez de lits de réanimation, mais quand nous ferons appel au secteur privé, l’Etat doit prendre en charge ces frais», a-t-il expliqué, notant que la réquisition du secteur privé sera à l’ordre du jour si la situation empire.

Réagissant aux préoccupations des travailleurs et artistes du secteur culturel, le Chef du gouvernement a affirmé qu’il en était conscient et que l’Etat œuvre actuellement pour trouver d’ici quelques jours la meilleure solution pour qu’ils reprennent leur activité.

Le locataire de La Kasbah est revenu également sur le projet de loi de finances pour l’exercice 2021, affirmant que la Tunisie sera encore une fois contrainte de recourir à l’endettement auprès des bailleurs de fonds pour renforcer son budget. «Nous sommes dans une approche de vérité avec les Tunisiens mais aussi avec nos partenaires étrangers et nos bailleurs de fonds», a-t-il expliqué, ajoutant que la Tunisie respectera ses engagements avec tous les acteurs concernés, citant également des réformes fiscales et des mesures exceptionnelles pour renflouer les caisses de l’Etat.

Hichem Mechichi a également prôné l’intégration du secteur parallèle dans les circuits économiques, notamment par le biais des réformes fiscales, réitérant «l’engagement de l’Etat à sanctionner tous les hors-la-loi». «Personne ne peut être couvert ou protégé par des parties politiques, nous sommes dans un Etat de droit, et personne ne pourra bénéficier d’une immunité politique», a-t-il martelé, appelant à la révision des cadres légaux et législatifs dans l’objectif de faire sauter certains verrous bureaucratiques, jugeant primordial de libérer l’initiative.

Pour ce qui est de la réforme des entreprises publiques, Hichem Mechichi a assuré que l’Etat doit honorer ses engagements envers le secteur public avant de penser à la restructuration de ces entreprises. «Quatre milliards de dinars seront décaissés pour payer la dette de l’Etat envers le secteur public et au profit de certaines autres entreprises, l’Etat ne doit pas être un mauvais payeur», a-t-il insisté.

Aucun conflit avec Carthage 

Interrogé au sujet de la crise d’El-Kamour, Mechichi a nié le fait que l’Etat soit en train de négocier avec une coordination de protestataires, mais se penche plutôt sur la manière de trouver des solutions avec les habitants de Tataouine et les différents intervenants sociaux. Et d’affirmer que «l’Etat ne tolérera plus le blocage du secteur pétrolier dans ce gouvernorat qui lui coûte à l’Etat huit milliards de dinars de manque à gagner».

Evoquant le décès d’un citoyen dans la démolition d’une construction anarchique à Sbeïtla dans le gouvernorat de Kasserine, Hichem Mechichi a rappelé qu’une enquête judiciaire est en cours, insistant sur le fait que l’Etat est responsable dans ce genre de situation. «Le gouverneur a été démis de ses fonctions pour montrer que l’Etat assume ses responsabilités. Le gouverneur est compétent, certes, mais nous devons assumer nos responsabilités en tant que représentants de l’Etat», a-t-il noté.

Revenant sur sa relation avec le Président de la République, Mechichi a nié l’existence de tout conflit, expliquant que la Constitution détermine les rapports entre les deux institutions de l’exécutif. Citant le cas du limogeage du ministre des Affaires culturelles, Walid Zidi, le Chef du gouvernement a justifié sa décision par des «manquements commis au niveau de la discipline gouvernementale». 

Hichem Mechichi a rappelé, à la fin de son interview, que son gouvernement est indépendant mais jouit d’une ceinture politique, et qu’il «ne tournera pas le dos aux partis politiques». 

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