Par Maître Ladeb Mohamed Laïd*


Ce qui s’est passé, le vendredi 17 octobre à Conflans-Sainte Honorine dans les Yvelines, à Paris, est un rime atroce, innommable et crapuleux. Un écervelé  tchétchène âgé de 18 ans a décapité un enseignant français de 47 ans, père de famille, pour la «bonne raison» qu’il a osé, dans son cours, en classe, montrer à ses élèves les caricatures du Prophète Mohamed publiées par Charlie-Hebdo, après avoir demandé à ceux qui ne veulent pas assister au cours de quitter la salle.

Un crime qui a traumatisé toute la France et toutes les nations éprises de paix et qui croient encore et toujours à un monde meilleur où l’amour, la fraternité et la paix ne sont pas de vains mots.

Dans son horreur et son atrocité, ce «meurtre» est un crime contre l’humanité. Il doit être pris comme tel. Il est imprescriptible et toutes les nations éprises de justice ont le droit et le devoir de juger son auteur et ses complices sur cette base. Pour éviter au maximum la répétition d’un tel crime crapuleux, nous appelons à l’établissement d’une stratégie  internationale contre le terrorisme (II) mais avant d’arriver là, essayons de délimiter, un tant soit peu, la genèse de cette hydre qu’est le terrorisme. (I)

Genèse du terrorisme

1) Une donnée fondamentale à souligner: cette hydre qu’est le terrorisme n’est pas propre à un siècle déterminé ni à un pays précis. Depuis que l’humanité est humanité et depuis des milliers d’années, ce phénomène a toujours existé sous des formes multiples et à des degrés divers.

L’incendie de Rome causé par Néron n’est-il pas un acte terroriste ? La déclaration de la Seconde Guerre mondiale à presque tout le monde et les horreurs qui s’ensurvirent, les trains de la mort et les chambres à gaz commanditées par le IIe Reich et son chef Adolphe Hitler ne constituent-ils pas des actes terroristes des plus ignobles et des plus inqualifiables ?

L’assassinat d’une centaine de fidèles musulmans par un «extrémiste»» sioniste, un jour de vendredi (encore), dans la mosquée sainte d’Al Aqsa, il y a presque vingt ans, le meurtre du petit Mohamed Eddorra, âgé presque de 9 ans, entre les bras de son père ne constituent-ils pas des actes terroristes d’une ampleur inouïe ?

Mais revenons à notre pauvre Samuel Paty. Victime d’un acte terroriste dont l’islam politique est le signataire. Cet acte n’est ni le premier et ne sera certainement pas le dernier? Malheureusement.

Les responsabilités sont multiples: la confrérie des Frères musulmans sous l’impulsion de Hassen Banna et Saïd Kotb, a marqué l’islam politique d’un sceau de sang, de larmes et de misère. Tous les partis, sans exception, qui se nourrissent de leur «idéologie» et qui n’est que le «rêve» sempiternel de la «réinstauration» du califat qui n’a d’ailleurs jamais existé. Lire à ce propos le livre phare de Ali Abderrazik «L’Islam et les fondements du pouvoir».

L’islam politique est «victime», si on ose dire, de cette «hallucination» ahistorique et qui est la source de tous les malheurs du monde arabo-islamique.

2e) L’Occident, et notamment les Etats-Unis d’Amérique, assume une part capitale dans tout ce qui s’est passé et se passe de par le monde. En implantant «Al Qaïda» de Ben Laden en  Afghanistan et partout dans le monde, ils ont balisé une «voie royale» pour le terrorisme sur une échelle planétaire.

Malheureusement, ils ont payé cher cette politique. Le 11 septembre 2001 restera dans les annales de l’humanité comme l’acte le plus dramatique et le plus sanguinaire du terrorisme international.

3e) L’aveuglement, le manque total de clairvoyance et la «haine» de tout ce qui est musulman et arabe ont conduit les Etats-Unis dans leu fureur et leur politique mensongère depuis les Bush, père et fils, à conquérir, envahir et détruire l’Irak.

Cette nation millénaire et dont l’histoire est celle de l’humanité entière. Blair a eu le courage de faire son autocritique. Trop tard. La démocratie ne s’importe pas sur les chars. Elle se construit petit à petit, par l’élargissement du nombre des écoles, des lycées et des facultés et surtout par la formation d’hommes ouverts, tolérants et clairvoyants.

Le même crime est en train de se répéter en Syrie. Les deux pays du monde arabe avec la Tunisie où musulmans, juifs et chrétiens ont toujours coexisté en paix et sous un climat fait d’amour et de fraternité. La Goulette en est un exemple vivace. Une approche nouvelle du monde arabo-islamique doit être instaurée. Elle doit prendre ses racines dans le legs, ô combien riche et unificateur de la civilisation arabo-islamique, celle de la tolérance, de l’amour et de la fraternité, celle du vrai islam à l’apanage ô combien exaltant des philosophes des lumières JJ. Rousseau, Voltaire et Diderot et Al Farabi et Averroès.

Il est encore temps de sauver la Syrie. L’histoire retiendra que M. Poutine l’a fait dans une large mesure.

Le monde arabo-islamique n’a pas besoin à l’heure actuelle de «démocratie». La Tunisie de la Troïka, Ennahdha en tête, en a fait l’amère expérience  malheureuse qui dure jusqu’à l’heure actuelle et qui porte sur son front les stigmates des assassinats de Chokri Belaïd, de Mohamed Brahmi et de Lotfi Naghd et traîne avec des boulets de feu qui s’appellent endettement, corruption et perte de la pérennité de l’Etat (affaire d’El Kamour et des phosphates de Gafsa).

Enfin, la politique des deux poids et deux mesures mise en œuvre par tout l’Occident sans exception dans le conflit israélo-arabe est une des causes, et non la moindre, dans la genèse du terrorisme. Les dirigeants français depuis Charles de Gaulle, Jacques Chirac et Macron sont conscients de cette «tare» qui est la règle de deux mesures et de deux poids dans le conflit israélo-palestinien.

On ne peut pas venir à bout de tous les facteurs qui ont permis la genèse et le développement du terrorisme. Le problème du terrorisme n’est pas proprement islamique… Il est aussi chrétien (le crime crapuleux qui s’est produit il y a quelques années en Nouvelle-Zélande avec le meurtre de cinquante musulmans par une mitraillette), il est juif (les  crimes innommables du sionisme constituent une véritable marque de fer sur le front non seulement de l’Etat sioniste mais sur le front de l’humanité entière, et ce, depuis 70 ans. Il est enfin hindou. A voir ce qu’endurent les populations chinoises musulmanes, l’on demeure coi, amer et stupéfait.

Les têtes coupées (Samuel Paty en France), en Tunisie (Soltani le berger) et envoyées dans des couffins, les corps brûlés de Med Soltani à Bab Souika en 1989 fument jusqu’à l’heure actuelle et répandent nuit et jour des senteurs nauséabondes terribles tant en Tunisie, en France qu’en Israël pour dire tout haut que l’Islam politique et le sionisme sont les deux malédictions de tous les temps.

Que faire ? C’est le propos de la deuxième partie.

Pour une stratégie internationale contre le terrorisme

Il est temps que les Etats épris de paix comme la France, la Tunisie, l’Egypte et l’Algérie appellent à une conférence mondiale qui sera intitulée «Tous contre le terrorisme et le sionisme».

1) La première démarche c’est d’établir une justice internationale équitable loin de celle des deux poids, deux mesures

2) Au niveau de l’Islam politique, essayer d’établir un «blocus» contre les Etats qui encouragent ce «fléau», tels la Turquie ottomane et le Qatar. Etablir un contrôle strict et rigoureux quant aux finances des associations islamiques qui ne sont que des tentacules de l’Islam politique et du terrorisme.

3) Il est plus qu’urgent d’appeler à la dissolution des partis d’obédience politique religieuse qui appellent à la réinstauration du Califat comme les partis Attahrir et Ennahdha, s’ils ne renient pas publiquement et de façon clair et nette leurs liens avec la confrérie des Frères musulmans et qu’ils se déclarent «corps et âme» parti civil loin de toute coloration religieuse. En tant que juriste, je sais que l’œuvre de «civiliser» le parti Ennahdha n’est pas pour demain mais la pression internationale de pays comme la France, l’Allemagne et les Etats-Unis d’Amérique peut porter ses fruits. Cette démarche peut être appliquée aux autres pays arabo-islamiques tels le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie, l’Egypte et le Soudan.

Il faut le dire clairement et le crier sur tous les toits : tant que l’islam politique régnera sur nos contrées, nous ne récolterons que sang, misère et sous-développement.

Nous sommes pour la liberté totale des gens et notamment la liberté de conscience et la liberté de parole. Nous sommes pour le respect des religions et de leurs adeptes. Mais nulle place au fanatisme et à l’obscurantisme. L’Islam est une belle religion si on éloigne d’elle les érudits de la vingt-cinquième heure, tels les Quaradhaoui et les Wejdi Ghenim.

Conclusion :

Le sionisme est une forme poussée de judaïsme. L’Islam politique ou «islamisme» est une forme «déformée» de l’Islam.

Tant que ces deux phénomènes «gèrent les affaires du monde, surtout au Moyen-Orient, l’humanité ne connaîtra ni paix, ni bien-être, ni prospérité.

L.M.L.

(*) Avocat à la Cour de cassation et ancien universitaire

(**) Article écrit à Tunis le 9/10/2020

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1) Voir notre ouvrage : Tunisie : une nouvelle stratégie de développement à l’ère de la globalisation, préface de M. Philippe Séguin et Hafes Ben Salah, voir surtout la lettre ouverte à M. Clinton p. 381 et Sagep 1999

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Un commentaire

  1. David Kacem

    29/10/2020 à 12:44

    Bravo: « tant que l’islam politique régnera sur nos contrées, nous ne récolterons que sang, misère et sous-développement… Tant que ces deux phénomènes «gèrent les affaires du monde, surtout au Moyen-Orient, l’humanité ne connaîtra ni paix, ni bien-être, ni prospérité. »

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