Si à Gabès les formes de protestation sociale ont provoqué une pénurie au niveau de l’approvisionnement en bouteilles de gaz, la situation n’est pas meilleure dans d’autres gouvernorats et l’image est toujours la même : Kasserine, Béja, Kairouan et autres. El-Kamour aurait entraîné un effet boule de neige, la grogne sociale ne cesse de grandir et les protestations des diverses régions oubliées se multiplient.

En concluant l’accord avec la coordination du sit-in El-Kamour, le gouvernement pensait avoir résolu l’une des crises sociales les plus profondes, mais il ne savait pas que quelques jours après, les protestations et les sit-in allaient éclater de partout. S’agissait-il d’un mauvais exemple donné aux Tunisiens encourageant la prise en otage les sites de productions et les richesses nationales ? Si pour le gouvernement il est question d’une nouvelle approche privilégiant le dialogue avec les citoyens, l’expérience El-Kamour aurait engendré un effet boule de neige, la grogne ne cesse de grandir et les protestations des diverses régions oubliées se multiplient.

La situation est telle que plusieurs mouvements sociaux ont été déclenchés simultanément et dans plusieurs gouvernorats quand des protestataires ont pris d’assaut des zones industrielles, des sites de production et d’autres sites en vue de les bloquer. C’est notamment à Gabès où la situation semble échapper à tout contrôle, où des jeunes manifestants bloquent depuis quelques jours la zone industrielle, provoquant une pénurie des bouteilles de gaz à usage domestique. D’ailleurs, le président de la Chambre syndicale nationale des distributeurs de bouteilles de gaz domestique, Mohamed Mnif, a appelé le gouvernement à déployer tous les efforts pour mettre fin à ce blocage.

Au fait, cette zone industrielle de Gabès produit 90 mille unités par jour, l’équivalent de la moitié de la production nationale quotidienne de bouteilles de gaz domestique. Elle avait été investie par les protestataires, ce qui a bloqué la production pendant plusieurs jours. Toujours selon Mohamed Mnif, les autres zones industrielles de Tunis et de Bizerte ne peuvent pas à eux seules couvrir la demande. D’ailleurs, plusieurs gouvernorats du Sud tunisien, dont notamment Sfax, Gabès, Kébili et Gafsa, connaissent de grands problèmes d’approvisionnement en bouteilles de gaz. Résultat : à Sfax, de longues files d’attente sont observées depuis quelques jours devant les vendeurs de bonbonnes de gaz en rupture de stock.

D’ailleurs à Skhira, dans le gouvernorat de Sfax, des protestataires ont bloqué, hier, la route principale et les camions de transport de ces bouteilles de gaz en signe de protestation contre l’absence de développement et le taux de chômage. 

Béja en grève générale !

Si à Gabès ces formes de protestation sociale ont provoqué une pénurie au niveau de l’approvisionnement en bouteilles de gaz, la situation n’est pas meilleure dans d’autres gouvernorats et l’image est la même. Grogne, population insatisfaite et revendications sociales innombrables, le ras-le-bol est exprimé. A Béja, les protestations sont relativement plus encadrées. La coordination des organisations nationales du gouvernorat de Béja avait annoncé une grève générale régionale qui sera observée demain, mercredi. Confirmée, la grève générale devrait s’inscrire dans le cadre de l’exclusion du gouvernorat de Béja et de l’inaction du gouvernement quant à ses revendications.

Même image à Kairouan où le secrétaire général de l’Union régionale de travail à Kairouan, Saïed Sbouï, a assuré que le bureau exécutif élargi a approuvé la grève générale prévue le 3 décembre prochain. Au fait, les différentes organisations nationales et les associations de la société civile relevant de ce gouvernorat réclament l’application des décisions ministérielles prises en 2017 au profit de Kairouan, gouvernorat qui occupe la première place du taux de suicide et de criminalité.

Dans le gouvernorat de Kasserine, à défaut de vanne à bloquer, les protestataires ont ciblé, il y a quelques jours, le réservoir d’eau qui alimente d’autres régions, telles que le gouvernorat de Sfax, en eau potable et ont menacé de couper l’eau en signe de protestation contre la marginalisation de leur gouvernorat et l’absence de programmes de développement. Cette initiative intervient aussi face à la politique «d’atermoiements adoptée par le gouvernement», soulignent les sit-inneurs.

Prenant comme mauvais exemple la résolution du dossier El-Kamour, des protestataires des quatre coins du pays, ont adopté la même stratégie et le même modus operandi de manifestation. Les cris de victoire des sit-inneurs d’El-Kamour semblent donner en effet des idées à d’autres. Cette mosaïque de revendications qui menace la stabilité du pays, frappé déjà par une crise économique et sanitaire inédite, met à mal encore plus le gouvernement Mechichi qui peine déjà à boucler le budget de l’année en cours. 

Pour Romdhane Ben Amor, chargé de l’information au Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (Ftdes), le gouvernement est le seul responsable de cette situation jugée difficile compte tenu de sa manière de traiter les dossiers sociaux et les manifestations populaires. Dans une déclaration à La Presse, il a affirmé que les différents gouvernements, depuis la révolution, ont poussé les protestataires à envisager les solutions de protestation les plus extrêmes comme le blocage des vannes de pétrole.

«Malheureusement en Tunisie, les gouvernements poussent les manifestants jusqu’à leurs limites, nous sommes en train de sanctionner les manifestations pacifiques pour donner un mauvais exemple privilégiant les méthodes de protestation telles que la prise en otage des sites de production», a-t-il expliqué, affirmant que le gouvernement est appelé à revoir sa copie en ce qui concerne la gestion des crises sociales.  

En tout cas, à l’ouverture de la conférence des gouverneurs, le Chef du gouvernement, Hichem Mechichi, avait annoncé, dernièrement, une nouvelle approche de développement différente pour résoudre le dossier du développement régional. Promettant une nouvelle démarche pour répondre aux aspirations des citoyens, notamment dans les régions intérieures du pays, il a affirmé que des experts se déplaceront sur place dans tous les gouvernorats dans le but de mettre en œuvre les projets en partenariat avec les organisations nationales et la société civile. «Ce processus participatif rompt avec la prise de décision unilatérale et centralisée. Car elle ne tient pas compte des spécificités de chaque région», a-t-il expliqué.

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