Pourquoi la Tunisie peine-t-elle à mettre en valeur le génie tunisien qui, lorsqu’il part ailleurs, parvient à faire des merveilles ? On les compte par milliers les Tunisiens qui ont décidé de tout plaquer pour voir d’autres horizons certainement plus prometteurs à leurs yeux, mais aussi dans la réalité.

Le grand dilemme de la fuite des cerveaux et des difficultés à valoriser le génie tunisien a été, de nouveau, dénoncé par la ministre chargée des Relations avec les instances constitutionnelles et avec la société civile, Thouraya Jeribi, qui a accusé une grande perte nationale provoquée par la fuite du talent tunisien. En effet, lors de la séance plénière à l’Assemblée des représentants du peuple, Jeribi a dressé un bilan inquiétant de la situation des compétences et des talents tunisiens, au point qu’elle a mis en garde contre l’accentuation de ce phénomène durant les années à venir.

Pour elle, le constat est sans appel : la Tunisie peine à valoriser sa matière grise, elle ne parvient toujours pas à mettre en place des mécanismes à même d’encourager les jeunes talents et les innovateurs, qui, en l’absence de toute structure d’encadrement et de valorisation, se trouvent dans l’obligation de plier bagage. C’est dans ce contexte que Thouraya Jeribi a laissé entendre que des logiciels développés par des Tunisiens, notamment en cette période de crise sanitaire, ont séduit plusieurs pays qui ont réclamé l’achat de ces programmes. Rappelant que ces applications ont été conçues pour soutenir l’État tunisien dans la lutte contre le coronavirus, elle s’est désolée du fait que ces innovations technologiques n’ont pas été mises en valeur. « Leurs efforts ne sont pas valorisés et ils ne sont pas encouragés », a-t-elle ajouté.

En effet, cette crise pandémique a marqué un essor technologique en Tunisie, et ce sont notamment les jeunes et les start-up qui ont pris l’initiative et ont multiplié les solutions intelligentes et les logiciels pour venir en aide de l’Etat, mais aussi des Tunisiens en vue de faire face à cette pandémie. C’est exactement dans ce contexte que plusieurs écoles d’ingénieurs ont rejoint l’élan de solidarité et d’appui au profit du ministère de la Santé pour faire face à la propagation de ce virus, par le biais de la technologie. D’ailleurs, la présidence de la République avait annoncé qu’elle soutiendra le projet des masques imprimés en 3D lancé par une équipe d’ingénieurs de l’Ecole nationale d’ingénieurs de Sousse. Sauf que ces initiatives n’ont pas été assez encouragées, la crise du coronavirus aurait pu créer de nouvelles dynamiques d’entrepreneuriat et d’innovation, mais à défaut d’encadrement et surtout de financement, elles ont été abandonnées.

Absence d’encadrement 

Comme le soulignent plusieurs sociologues, c’est surtout le manque ou carrément l’absence de mécanismes d’encadrement et de solutions de réussite qui réside derrière le phénomène de la fuite des compétences et des talents tunisiens. En effet, face à des contextes défavorables à l’innovation et à la création, de nombreux jeunes talents et même artistes tunisiens optent pour la migration, en quête de meilleurs horizons. En effet, ce constat ne touche plus uniquement les médecins, les ingénieurs ou encore les enseignants universitaires, il porte désormais sur les jeunes talents, les informaticiens, les artistes et implique de plus en plus des familles tunisiennes entières.

Rappelons que dernièrement, ce sont les données et les déclarations alarmantes avancées par le ministre de la Défense, ayant pris la forme d’un cri d’alarme, qui nous ont rappelé cette triste réalité. En effet, le ministre de la Défense, Ibrahim Bartaji, avait affirmé que plus de 95 mille compétences tunisiennes ont quitté le pays depuis 2011, la plupart d’entre elles travaillent dans la médecine, l’ingénierie et les technologies de l’information. « Ceci induira des répercussions négatives sur la sécurité nationale d’autant plus que les compétences nationales représentent un capital intellectuel et scientifique, une locomotive pour l’économie  et un moteur de développement par rapport aux priorités nationales à l’heure actuelle », s’est-il inquiété. Ces chiffres présentés à l’issue des travaux et recherches de l’Institut de défense nationale attestent que les pays européens ont recruté 60% de ces compétences, tandis que les États-Unis d’Amérique et le Canada en ont attiré 25%, et les pays du Golfe et l’Afrique 15%.

Quelles solutions ?

D’après les indicateurs de 2018 de l’Office des Tunisiens à l’étranger (OTE), environ 8.200 cadres supérieurs, 2.300 ingénieurs, 2.300 enseignants-chercheurs, 1.000 médecins et pharmaciens et 450 informaticiens ont quitté le pays, dans une tendance qui ne cesse d’évoluer vers la hausse. Si les causes de ce phénomène sont connues : manque d’encouragement, absence de mécanismes d’encadrement et problèmes socioprofessionnels, l’Etat tunisien doit se pencher sur les moyens à même de stopper cette hémorragie. Fuite des cerveaux pour les uns, mobilité des compétences pour d’autres, selon plusieurs études statistiques menées sur la question, la Tunisie perd, en effet, en matière grise à un rythme de plus en plus effréné depuis l’année 2011.

Selon les explications de Samar Louati, présidente de l’Association des Tunisiens des grandes écoles, Atuge, le monde entier s’est lancé dans une chasse aux talents et aux compétences, à laquelle la Tunisie ne s’est pas préparée. « La guerre des talents est devenue une guerre globale où même les plus grandes multinationales peinent à garder leurs éléments les plus brillants. Les Etats et entreprises décuplent d’efforts pour attirer les meilleures compétences », a-t-elle expliqué. Et d’ajouter qu’il est primordial de s’attaquer aux raisons de fond qui suscitent la fuite, à commencer par la corruption et la bureaucratie.

Cherchant de nouvelles solutions à ce dilemme, d’autres experts préconisent la mise en place de réseaux de connaissances dans l’objectif de connecter les membres de la diaspora tunisienne entre eux et avec leur pays d’origine pour des échanges de capacités et de connaissances. Il est également question de penser à des formules par le biais desquelles les compétences tunisiennes devraient être capables d’effectuer de brefs retours dans leurs pays pour des consultations dans le cadre de projets de développement et de collaborations avec les universités locales.

  • Solidarité: Une diaspora comme on aime !

    Partis exercer ailleurs, sous d’autres cieux, notamment en Allemagne, les jeunes méd…
Charger plus d'articles
Charger plus par Mohamed Khalil JELASSI
Charger plus dans à la une

Un commentaire

  1. Sandrine

    03/12/2020 à 04:44

    Ce pays est tenu par des technocrates et parasites noyés dans un monde de paperasseries. Chacun a une solution pour résoudre tous les maux tunisiens, mais aucun ne met en pratique 1% de ce qu’il dit. Comme dit la chanson de Dalida « Paroles paroles paroles… », je rajouterai : « Jalousie et hypocrisie ».

    Répondre

Laisser un commentaire