La population est nettement divisée au sujet de la révolution. Alors que certains pensent qu’il s’agit d’un simple soulèvement populaire qui a été confisqué par une classe politique incapable de conduire le pays, pour d’autres il s’agit d’une véritable révolution ayant chassé la dictature et apporté un air de liberté inédit dans le contexte arabe.

Pâle, sans couleur et sans goût, telle a été la célébration du 14 janvier, en l’absence de toute cérémonie officielle. Certes le confinement général décrété depuis jeudi dernier a fait que la situation soit marquée par cet abandon de festivités, mais les Tunisiens ont remarqué que durant les dernières années et en dépit des conditions sanitaires, les festivités du 14 Janvier n’attirent plus personne.

Jeudi, premier jour du confinement mais aussi date de commémoration des événements du 14 Janvier ayant chassé la dictature de Ben Ali, aucune forme de célébration officielle ou populaire n’a eu lieu à Tunis ou ailleurs dans le pays. Ce constat ne s’explique pas seulement par les dispositions du confinement général annoncé mardi dernier, mais plutôt par le désespoir de la population et notamment la colère des jeunes une décennie après. En effet, les différents pouvoirs n’ont prévu aucune festivité à l’occasion de cette célébration, à l’exception de quelques apparitions médiatiques de hauts responsables, le président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Rached Ghannouchi, en l’occurrence.

En effet, tel un président de la République, le chef de l’ARP a pris, jeudi, le devant de la scène médiatique en multipliant les apparitions médiatiques et sur les réseaux sociaux avec un seul message : la révolution et la Tunisie sur la bonne voie. En effet, pour le patron du parti Ennahdha, il était essentiel d’agir pour rappeler les principes de la révolution, mais aussi pour adresser des messages politiques à son parti et à son allié Qalb Tounès, en se montrant confiant de l’innocence de Nabil Karoui.

Pour sa part, le Chef du gouvernement, Hichem Mechichi, s’est contenté d’un message textuel publié sur les réseaux sociaux pour présenter ses vœux aux Tunisiens et réitérer «l’attachement de son équipe gouvernementale aux revendications de la révolution».

Saïed brille par son absence !

Enfin, ce qui a interpellé, jeudi dernier, les Tunisiens était sans aucun doute l’absence du Président de la République Kaïs Saïed. Aucune déclaration, aucun geste, aucun clin d’œil, silence radio du côté de Carthage, le président de la République semble être attaché au 17 décembre, comme  date symbolique pour commémorer la révolution tunisienne.

Mais loin de cette absence de festivités protocolaires qui s’expliquent en partie par le respect des dispositions du confinement général, un désaveu populaire a été également observé, comme si, une décennie après, ces commémorations étaient devenues insensées. Comment expliquer ce constat ? Pourquoi dix ans après la révolution, ces festivités perdent de plus en plus leur goût ? S’agit-il d’une déception généralisée au vu de la détérioration de la situation socioéconomique ?

En tout cas, la population est nettement divisée au sujet de la révolution. Alors que certains pensent qu’il s’agit d’un simple soulèvement populaire qui a été confisqué par une classe politique incapable de conduire le pays, pour d’autres il s’agit d’une véritable révolution ayant chassé la dictature et  apporté un air de liberté inédit dans le contexte arabe.

Un dernier sondage réalisé par Emrhod Consulting, montre que pour 55% des Tunisiens, cette date du 14 Janvier représente une révolution alors que pour 10% des Tunisiens elle est liée à la fuite du président déchu et pour 7% à la liberté. Ce sondage montre également que pour les Tunisiens, les libertés individuelles ont significativement évolué depuis 2011 alors que le prestige de l’Etat et les valeurs morales sont, eux, au plus bas.

Cependant, en dépit des mesures du confinement général décrété à partir de jeudi dernier, quelques individus ont bravé les consignes et règles sanitaires, en manifestant sur l’avenue Habib-Bourguiba, à l’occasion de la commémoration de la révolution du 14 janvier 2011. Ces manifestants, notamment des proches des blessés et des victimes de la Révolution, ont scandé des slogans hostiles au gouvernement et ont exigé la publication de la liste et le dédommagement des victimes de la révolution.

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Un commentaire

  1. Abidi

    17/01/2021 à 08:43

    Cessez de nous prendre pour des idiots, j’avoue que dans un sens vous avez raison puisque nous nous laissons gouverner par ghanouchi moussi et compagnie mais quand même de quel révolution parlez vous et au contraire l’odeur fétide de cette pseudo révolution n’a cessé de croître surtout ajouté à la poubelle italienne d’autres parts la couleur est devenue terne les barrages sont secs le nord à perdu sa verdure et les gens sont noircis par la pauvreté le crime et le vol systèmatique opéré par nos politiques et compagnie, paix à l’âme de Ben Ali

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