Le raisonnement sent le subterfuge : le président du Conseil de la choura d’Ennahdha, Abdelkerim Harouni, et le député du même mouvement, Mohamed Goumani, ont annoncé que «leur parti est prêt à soutenir les forces de sécurité pour faire régner l’ordre». Ils appellent ainsi à des prérogatives bien au-delà des attributions de leur mouvement et de celles des autres partis politiques. Plus encore : condamnant les actes de vandalisme et de pillage et considérant que «les mineurs impliqués dans les protestations nocturnes sont exploités par des parties politiques en faillite et n’ayant aucun poids sur le terrain», ils estiment «qu’Ennahdha est capable de gérer les mouvements et les conflits sociaux» et rassurent que «les enfants du mouvement islamiste seront sur le terrain pour soutenir les efforts des forces de sécurité».

Inquiétant. Car certains partis politiques donnent bien trop souvent le sentiment d’une descente dans les bas-fonds. Le paysage politique, générateur de plus en plus de pratiques et de forces contradictoires, s’est transformé en un spectacle dominé par le dérèglement, l’égarement, voire la perversion, confirmant l’idée que les déficits de ses principaux acteurs sont devenus chroniques, en raison notamment d’une gestion conséquente et contrariée, de jugements inappropriés et à coups d’arguments inaudibles. Mais ce n’est au fait que la conséquence de toute une série d’attitudes et d’adoption de valeurs qui se répètent et qui se ressemblent. 

Plusieurs personnalités nationales et de nombreux citoyens ont vite réagi aux propos des dirigeants nahdhaouis. Ils ont adressé une lettre ouverte à Kaïs Saïed, en sa qualité de président du Conseil de sécurité nationale, l’exhortant à «assurer le suivi de cette affaire dans la mesure où il s’agit d’une menace à la sûreté nationale, la paix civile et un appel aux citoyens pour s’entretuer».

Il est évident que certaines parties sont à présent définitivement intégrées dans la sphère des conflits, des affrontements et des altercations de tous bords. Inconstitutionnel et menaçant, le discours de certains dirigeants nahdhaouis frise chaque fois l’inimaginable. Le fond et la forme sont habituels. Mais cela devient impérieux pour la Tunisie et son avenir. Il faut dire que, depuis quelque temps, les erreurs de casting au sein du mouvement islamiste se multiplient. Des réactions et des prises de position souvent pas au niveau escompté, ou complètement en déphasage avec ce qui est revendiqué. Des positions qui, contrairement à ce qu’on veut laisser croire, ne séparent pas la politique et la religion. Dans le lot, les dérapages successifs sont faciles à détecter.  Mauvaises approches, cadres défaillants et décevants, les maux sont devenus récurrents à Ennahdha. Un parti en manque d’équilibre et avec un avenir en pointillé.

Le tort du mouvement islamiste réside dans le fait qu’il n’a pas suffisamment évolué. Ce qui est vraiment triste, c’est que certains de ses membres veulent, à chaque fois que le pays passe par une mauvaise posture, profiter du malaise pour ressurgir. Ils amplifient les situations afin de montrer qu’ils sont les seuls à pouvoir gérer les crises.

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