Une  image de décomposition s’est imposée progressivement à la Tunisie. Des dérapages, aussi cruels soient-ils, ont participé ainsi à lui donner une certaine insipidité. Notamment quand celle de la majorité des parties prenantes est entachée d’un manquement évident.      

La dégradation de la note souveraine de la Tunisie par l’agence Moody’s n’est malheureusement pas une surprise. Reconnaissons que les prémices de cette dégénérescence s’étaient manifestées de manière assez nette depuis quelques années et que rien n’a été entrepris depuis pour y faire face. L’attractivité de la destination Tunisie pour les investissements directs étrangers avait commencé à pâlir et personne ne voulait en convenir. Par crainte? Par égarement ? Sans faire de parallèle, et encore moins verser dans des commentaires d’accusation et de procès ouverts aux différentes interprétations, on peut tout de même penser que ceux qui sont liés de près ou de loin aux affaires du pays se sont montrés inconscients, et surtout incapables de réhabiliter la crédibilité de la Tunisie.

Le problème est grave. Il risque d’entraîner de lourdes répercussions sur la situation générale du pays. A l’origine, l’incapacité des gouvernants à imposer des réformes pressantes, voire impératives et devenues au fil des années déterminantes. La faiblesse de la gouvernance face à la montée des contestations et des revendications sociales a sensiblement réduit les marges de manœuvre du gouvernement et son  aptitude à maîtriser le déficit budgétaire et à gérer les problèmes de fond.  Au fil du temps, tout ce qui se conçoit est devenu une crainte avérée, surtout lorsque les choses prennent une tournure inquiétante et que la crise économique et financière perdure et s’éternise. Nous déplorons à cet effet qu’il n’y ait eu personne pour l’avertir avant et pour rappeler à l’ordre après.

S’il est aujourd’hui de plus en plus question d’instruire le procès généralisé d’une classe politique plus que jamais divisée, notre devoir serait également de pointer ce que nous considérons comme des erreurs, des manquements ou des dérives. Il ne s’agit pas de suivre le courant des hostilités dans lesquelles baignent les commentaires et les accusations lancées, à tort ou à raison, par les différents intervenants. Simplement, il y a de ces acteurs politiques qui s’érigent en mauvais exemple pour la Tunisie et pour sa Révolution. 

Il y a tout un travail de remise à l’ordre et de prévention à mener. Mais encore faudrait-il avoir les moyens d’agir… Il n’en demeure pas moins que la dégradation de la note souveraine de la Tunisie devrait déclencher un dialogue national entre toutes les parties prenantes autour des réformes économiques à entreprendre, mais aussi sociales et politiques. Et si la dégradation de notre note souveraine en elle-même  servait à la réconciliation ? Au-delà des suppositions et des approximations, au-delà même de tout ce que l’on peut imaginer de pire pour le pays, il y a encore la certitude qu’on peut être mieux, qu’on pourrait mériter mieux. Et c’est bien à ce sentiment que nous espérons que tous les acteurs se laissent aller, sans calcul, sans remords. Et surtout sans rancune…

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