La Tunisie connaît une crise financière sans précédent. Le coronavirus n’est pas la seule cause, il s’agit d’un cumul de mauvaises décisions et d’une absence de réformes depuis une décennie. Le FMI l’a dit clairement, la Tunisie a besoin d’une nouvelle direction économique. Une situation qui rappelle le scénario grec.

Entre la Tunisie et le Fonds monétaire international, les relations ont toujours été mitigées. Coopération et assistance financière, tensions et manque de collaboration, mais aussi soupçons de diktats et d’ingérence. La  Tunisie, à l’économie lourdement fragilisée, est appelée à clarifier ses relations avec les institutions financières internationales.

L’agence de notation américaine Moody’s a annoncé, mardi 23 février 2021, la dégradation de la note souveraine de la Tunisie de B2 à B3 assortie de perspectives négatives. Cette dégradation a été justifiée par l’agence de notation par la situation politique et économique de la Tunisie. «Les perspectives négatives saisissent les risques à la baisse liés à de nouveaux retards dans la négociation et la mise en œuvre d’un programme financé par le FMI, un objectif défini par le gouvernement».

Cette nouvelle note attribuée à la Tunisie tombe vraiment mal. Elle en dit long sur la fragilité de l’économie tunisienne et notamment des finances publiques. Pour certains économistes, cette nouvelle notation sera dégradée davantage durant les semaines à venir, ce qui veut dire que la Tunisie sera pour la première fois dans l’incapacité de payer ses dettes, en d’autres termes c’est l’effondrement des finances publiques.

C’est dans ce contexte socioéconomique extrêmement compliqué que le Fonds monétaire international (FMI) a appelé, on ne peut plus clair, à la mise en place d’une nouvelle direction économique en Tunisie pour conduire les réformes nécessaires.

Au fait, depuis la révolution, et avec le premier programme de coopération et d’assistance financières entre les deux parties, le FMI appelait à opérer les réformes nécessaires, notamment en ce qui concerne la gestion de la masse salariale et des entreprises publiques.

Ingérence ou conseil ?

«La Tunisie a besoin d’une nouvelle direction économique, une direction qui soit différente de celle de la décennie passée». La déclaration de Chris Geiregat, chef de la mission menée par une équipe du Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre de la consultation pour 2020 au titre de l’Article IV pour la Tunisie n’est pas passée inaperçue. Le FMI veut-il imposer ses propres choix jusqu’à exiger une nouvelle direction économique à la tête du pays ou s’agit-il d’un simple conseil pour surmonter cette crise économique inédite ?

Selon lui, «l’avenir économique de la Tunisie dépendra de l’élaboration et l’adoption d’un plan ambitieux de réformes qui devrait être élaboré par les autorités tunisiennes et qui lancerait l’économie dans une nouvelle direction». Chris Geiregat a ajouté que l’adoption d’un tel plan doit passer par un dialogue national afin d’obtenir l’aval des Tunisiens et des partenaires internationaux de développement, soulignant que des réformes difficiles ne peuvent être achevées que si tout le monde comprend les aboutissants.

Le FMI recommande aussi à la BCT d’éviter tout financement monétaire du déficit budgétaire, de permettre au taux de change de s’ajuster aux développements du marché et de continuer à suivre de très près le secteur financier pour détecter tout signe de détresse des emprunteurs et des créances douteuses.

En tout cas, pour certains observateurs, le FMI ne lancera aucune nouvelle coopération avec la Tunisie sans imposer ses conditions. Il est notamment question de la maîtrise de la masse salariale, la réforme et la restructuration des entreprises publiques.

Les économistes unanimes !

Si ce conseil et ces recommandations faits de la part du FMI prennent la forme d’un dernier avertissement pour opérer les réformes nécessaires, la situation économique et celle des finances publiques inquiètent les économistes. Pour certains, le pays est à un pas de l’effondrement financier et de la faillite.

L’expert économique Radhi Meddeb a qualifié la situation économique en Tunisie de «catastrophique». Rappelant que «l’économie tunisienne a reculé de 8.2%», il a laissé entendre que «ce recul est sans précédent». «Jamais la Tunisie n’a connu une telle situation économique, cela n’est pas lié uniquement à la pandémie car depuis plus de 10 ans, aucune réforme structurelle et fondamentale n’a été faite pour sauver l’économie», a-t-il ajouté.

Pour sa part, l’économiste Moëz Joudi a pointé du doigt toute la classe politique, compte tenu de l’actuelle crise politique, affirmant qu’il est très probable de voir la notation de la Tunisie dégradée à la catégorie C, «ce qui veut dire la faillite officielle de l’Etat tunisien».

Echos à l’étranger

La crise socioéconomique et politique qui frappe de plein fouet la Tunisie fait écho à l’étranger. La situation inquiète, en effet, les partenaires de la Tunisie qui veulent une stabilité politique dans ce pays présenté depuis la révolution comme un modèle de la construction démocratique.

En effet, l’Allemagne est le premier pays européen à exprimer sa position quant à la situation en Tunisie. L’ambassadeur d’Allemagne en Tunisie, Peter Prügel, a déclaré que son pays espère que la Tunisie «surmontera l’impasse politique pour que les forces nationales et les institutions puissent s’adonner à leurs rôles et orienter leur énergie vers les défis à relever». Reçu par le président du Parlement Rached Ghannouchi, au Bardo, l’ambassadeur d’Allemagne a appelé l’Assemblée des représentants du peuple à  «développer les textes législatifs de manière à réduire les difficultés et permettre une meilleure coopération», indique un communiqué de l’ARP.

Dans des déclarations médiatiques, ce même diplomate est allé jusqu’à dire que la Tunisie nécessite actuellement un gouvernement capable de mener à bien les réformes économiques nécessaires et que cette situation d’instabilité nuit à la coopération tuniso-allemande.

L’économie tunisienne a enregistré en 2020 une baisse, sans précédent, de 8,8% (-8,8%) par rapport à l’année 2019, a indiqué l’Institut national de la statistique (INS) dans un communiqué publié sur son site électronique. Au cours du quatrième trimestre de 2020, le produit intérieur brut (PIB) a diminué de 6,1% (-6,1%) par rapport au quatrième trimestre de 2019, et ce, aux prix de l’année précédente, a expliqué l’INS. Par rapport au troisième trimestre de cette année, le PIB a diminué de 0,3% (-0,3%), rapporte l’agence TAP.

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