Deux affaires étranges ont éclaté simultanément pour alerter contre certaines idées et pratiques radicales qui peuvent s’emparer de nos écoles. A Mahdia, des enseignants assurent les cours en habit afghan alors qu’à Tunis, le propriétaire d’une école privée a obligé les élèves à se faire raser la tête. 

L’affaire s’est répandue comme une traînée de poudre. Des enseignants dans une école primaire à Chorbane, dans le gouvernorat de Mahdia, assuraient les cours en habit afghan. Accusés de radicalisation et de changement des programmes éducatifs d’enseignement, ils ont tout nié, alors que le ministère de l’Education a dû ouvrir une enquête pour revenir sur les dessous de cette affaire.

Au fait, c’est une enquête réalisée par Radio Monastir qui révélait ces dépassements commis dans cette école primaire publique. Habit afghan, changement des programmes éducatifs, interdiction des photos, images et visualisations, l’enquête tire la sonnette d’alarme compte tenu des formes de radicalisation dans certaines écoles privées dans ce gouvernorat.

Suite à une correspondance envoyée par la délégation régionale de l’éducation à Mahdia, le ministère de l’Education a décidé d’ouvrir une enquête pour déterminer les responsabilités dans cette affaire. Il a affirmé son intention d’envoyer des inspecteurs sur place pour investiguer et a appelé la délégation régionale de l’éducation à suivre de près l’affaire. Cette dernière a menacé de suspendre les enseignants en question s’ils ne changent pas leur aspect vestimentaire.

Mongi Mansser, délégué régional de l’éducation dans le gouvernorat de Mahdia, a confirmé ces informations, affirmant que des «avertissements ont été émis contre ces enseignants et qu’ils seront convoqués prochainement pour audition auprès de la délégation régionale». «Ils se sont engagés à changer leur aspect vestimentaire», a-t-il indiqué, insistant sur le fait qu’ils seront suspendus dans le cas contraire.

Cependant, le responsable a démenti les informations selon lesquelles ces enseignants ont changé les programmes éducatifs. «Ils ont parfaitement respecté les programmes, ils n’ont en aucun cas changé leurs contenus», a-t-il insisté.

Photos interdites ?

Sauf que selon des témoignages d’élèves collectés, les enseignants auraient en effet interdit l’affichage de photos et d’images dans les salles de classe. «On nous dit que les photos sont un péché», confirme un petit écolier. En effet, selon l’enquête journalistique, certains enseignants vont jusqu’à leur dire que les photos sont «haram», et qu’il était interdit de les afficher en classe. Chose qui a été démentie par les services de la délégation régionale de l’éducation.

Commentant cette affaire, le ministre de l’Education, Fethi Selaouti, a dénoncé ce genre d’agissements dans les écoles, affirmant que le port de ce type d’habits est refusé et rappelant qu’il faut respecter la note qui impose aux différents fonctionnaires publics des normes relatives à leur aspect vestimentaire.

Au fait, l’enquête met en garde contre des formes de radicalisation  qui commencent à s’installer dans certaines écoles primaires de la délégation de Chorbane, à Mahdia.  Sauf que pour les enseignants eux-mêmes, ces accusations sont infondées, dans la mesure où ils confirment n’avoir changé aucun programme éducatif, ni imposé certaines idées aux élèves. «L’aspect vestimentaire ne change rien, je n’ai imposé aucun contenu aux élèves, et je n’ai pas interdit les photos dans les salles de classe. Au contraire, elles servent de support pour les cours», explique dans ce sens un enseignant de langue française dans cette école primaire.

Cependant, cet aspect vestimentaire assez étrange qui pourrait choquer les élèves ne semble pas poser problème pour le directeur de l’école en question. Il confirme que tant que ces enseignants n’ont pas changé les programmes d’enseignement, «ils sont libres de porter ce qu’ils veulent».

Un député visé !

Réagissant à ces informations et mettant en garde  contre «la daechisation du gouvernorat de Mahdia et de ses écoles primaires», le député du Bloc national représentant Mahdia, Imed Ouled Jebril, affirme avoir reçu des menaces de mort. Il a révélé qu’une correspondance adressée au Parlement confirme que cette école ne serait pas la seule à accueillir ce qu’il a appelé des «éléments en habits extrémistes».  «Il existerait plusieurs écoles dans la région de Chorbane où des enseignants portent des vêtements afghans, prient à l’intérieur des classes et interdisent toutes les photos sur les murs», a-t-il rapporté.

Aussitôt cette affaire s’est calmée, une autre a éclaté à la cité Ettahrir à Tunis, lorsque le propriétaire d’une école privée a obligé les élèves, les garçons d’entre eux, à se faire tous raser la tête, dans un geste qui a provoqué le désarroi des parents. La délégation régionale de l’éducation de Tunis a dû intervenir et a ouvert une enquête pour revenir sur les dessous de cette affaire.

Affirmant qu’il a agi de bonne foi, les explications du propriétaire de l’école n’ont pas calmé les esprits des parents qui ont exigé l’intervention du ministère de l’Education pour garantir le droit de leurs élèves.

S’agit-il d’une exagération ? Est-il question de pratiques et d’incidents isolés ou faut-il réellement s’inquiéter compte tenu de l’immunisation de nos élèves contre certaines idées radicales ? En tout cas, le ministère de l’Éducation est amené à garantir les meilleures conditions d’enseignement dans nos écoles. 

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