Crédit : AP/Hani Mohammed


Par Abdel Aziz HALI

Guerre par procuration, bavures militaires, attentats terroristes, famine, dengue, choléra, malaria, chikungunya et Covid-19 : les Yéménites font face à la pire crise humanitaire de la planète.

Depuis le 26 mars 2015, le conflit opposant Riyad et sa coalition sunnite aux rebelles Houhtis — proxy local de Téhéran — a tué plus de 230.000 âmes, selon l’ONU, et provoqué un exode massif de population au sein du pays.

Parallèlement, plus de 24 millions de personnes, soit 80 % de la population du pays, ont besoin d’une aide d’urgence, et plus de la moitié de la population ne mange pas à sa faim, soit 7,4 millions de personnes souffrent de malnutrition, dont 2 millions d’enfants, précise Oxfam International (Oxford Committee for Famine Relief: une confédération de 20 organisations caritatives indépendantes à travers le monde-Ndlr).

Entre l’anéantissement de l’économie et l’effondrement des services de santé et d’approvisionnement en eau, voilà que la pandémie du nouveau coronavirus vient d’enfoncer l’ex-royaume de Saba dans les sentiers de la perdition.

«Un très fort afflux de patients gravement malades du Covid-19 nécessitant une hospitalisation à Aden (sud) et dans de nombreuses autres régions du pays», souligne un tweet de Médecins sans frontières (MSF), une ONG médicale humanitaire internationale d’origine française fondée en 1971 à Paris. «La forte augmentation des cas de Covid-19 au cours des dernières semaines est extrêmement alarmante et inquiétante», a également fait savoir Raphael Veicht, chef de mission de MSF au Yémen, cité dans un communiqué.

Or, la réponse d’urgence au Covid-19 des organisations humanitaires et soutien des donateurs internationaux est aux abonnés absents.
Pis encore, le matériel médical, les unités hospitalières patinent — seulement la moitié des unités hospitalières fonctionnent pleinement — et les professionnels de santé qualifiés manque à l’appel et la capacité des établissements à traiter les personnes en soins intensifs est «limitée», voire flirtant avec le zéro de Khawarezmi.

«Malheureusement, beaucoup de patients que nous voyons sont déjà dans un état critique à leur arrivée », mentionne Line Lootens, coordinatrice médicale de MSF au Yémen. D’après elle, leur prise en charge est «techniquement difficile et nécessite un très haut niveau de soins».

Si le pays compte environ 30 millions d’habitants, les autorités sanitaires et les ONG ont officiellement recensé quelque 3.900 cas d’infection, soit une centaine de nouveaux cas quotidiens — bien plus qu’au début de la crise —, dont 820 décès: des chiffres très éloignés de la réalité, en raison du manque de tests disponibles.

Devant un tel tableau, le comité chargé de lutter contre l’épidémie avait appelé le gouvernement à déclarer «l’état d’urgence sanitaire» et imposer un «couvre-feu partiel» face à une «seconde vague» de la pandémie.

Il est à rappeler qu’en 2017, le pays a été confronté à la plus importante épidémie de choléra jamais enregistrée. Oxfam International estime que plus d’un million de personnes ont contracté la maladie cette année-là et au moins 3.000 personnes en sont décédées.

Pendant ce temps-là, les Houthis et les forces loyalistes appuyées par la coalition arabe sous commandement saoudien, voire les combattants d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), poursuivent leur guerre sans fin, en faisant payer
aux pauvres civils affamés un lourd tribut.

Et les nations du monde libre ou les Brics (acronyme anglais pour désigner le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud) ont d’autres chats à fouetter.

Après tout, le Yémen, ce pauvre pays, n’est ni le Koweït ou l’Irak avec ses gigantesques gisements pétroliers ni la Syrie avec ses bases militaires si stratégiques pour le Kremlin.

Circulez, il n’y a rien à voir pour ne pas dire cachez ce drame qu’ils ne sauraient voir !

A.A.H.


 

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