Le sort de Rached Ghannouchi à la présidence de l’ARP reste, encore une fois, entre les mains de Qalb Tounès. Ce qui renforce davantage la position politique de ce parti au cœur d’un échiquier politique extrêmement compliqué.

Cela fait plusieurs mois qu’on évoque la deuxième motion de censure contre le président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Rached Ghannouchi. En effet, les tractations et les négociations autour de cette nouvelle motion de censure remontent au mois de février dernier. Depuis, on ne cesse de retarder son dépôt auprès du bureau d’ordre du Parlement faute de consensus et en manque des voix nécessaires pour faire tomber Rached Ghannouchi de son perchoir.

Encore faut-il le rappeler, cette motion a été initiée par des députés du Bloc démocratique, notamment après les incidents de violence au sein du Parlement dont a été victime le député de ce bloc Anouar Ben Chahed. Plusieurs députés ont dans ce sens accusé Rached Ghannouchi de parti pris et de couverture politique à la violence au sein du Parlement. Une motion qui a été fortement appuyée par les députés du Parti destourien libre (PDL) qui veulent à tout prix le départ de Rached Ghannouchi.

Sauf que trois mois après, cette motion est toujours au point mort et Rached Ghannouchi pourrait compter encore sur sa fragile alliance avec Qalb Tounès. Mais dernièrement, ce sont les déclarations de la députée Samia Abbou qui marquent un nouveau rebondissement dans cette affaire. Selon ses dires, on y est presque, puisqu’il ne manquerait plus que sept signatures pour que Rached Ghannouchi fasse enfin l’objet d’un retrait de confiance. «Au total, 102 élus de l’ARP ont signé la motion», a-t-elle souligné, réitérant son appel au départ de Rached Ghannouchi qui, d’après elle, entrave le bon fonctionnement de l’ARP.

Des propos qui ont été confirmés par le député du Bloc national, Ayachi Zammel, qui affirme même que  la motion de censure engagée à l’encontre du président de l’ARP, Rached Ghannouchi, a récolté les 109 signatures nécessaires. «Huit députés Qalb Tounès soutiennent cette motion, nous avons donc dépassé le nombre de signatures nécessaire. Avant de déposer la motion au bureau d’ordre, il a été convenu que nous discutions d’abord de l’après-Ghannouchi et de qui sera désigné pour le remplacer», a-t-il expliqué.

Qalb Tounès ou le double jeu ?

Au fait, la position de Qalb Tounès sera décisive dans ce dossier. Parti aux positions peu claires et fluctuantes, il se trouve que son vote sera crucial pour ce qui est de cette motion de censure. Encore faut-il le rappeler, c’est ce parti qui avait sauvé Rached Ghannouchi lors de la première motion de censure qui a failli mettre fin au pouvoir du président d’Ennahdha. Rappelons également que Qalb Tounès a soutenu l’ascension du chef du parti islamiste au perchoir. Sauf que l’alliance entre Ennahdha et Qalb Tounès serait fragile et peut connaître des rebondissements à tout moment. C’est d’ailleurs dans ce sens qu’intervient le départ du leader de Qalb Tounès, Iyadh Elloumi, qui avait évoqué un chantage que subit le parti sans donner plus de détails.

C’est aussi dans ce contexte que le député du bloc démocratique Haykel Mekki affirme que «plusieurs députés de Qalb Tounès souhaitent, dans leur for intérieur, le retrait de confiance au président du Parlement, Rached Ghanouchi». Pour lui, «il faut attendre les députés de Qalb Tounès pour signer la pétition de retrait de confiance de Ghanouchi, et donner au Parlement l’occasion d’exercer».

Donc, en résumé, le sort de Rached Ghannouchi reste, encore une fois, entre les mains de Qalb Tounès, ce qui renforce davantage la position politique de ce parti au cœur d’un échiquier politique extrêmement compliqué.

Pour Hichem Ajbouni, député du bloc démocratique, il est temps de voir Rached Ghannouchi quitter la présidence du Parlement. Dans une déclaration à La Presse, il accuse le président de l’assemblée de parti pris et de couverture de la violence politique. «Le bloc démocratique s’est dès le début inscrit dans cette mouvance visant à destituer Rached  Ghannouchi, car son rendement catastrophique et sa partialité ne lui permettent plus de gérer les affaires du Parlement», explique-t-il.

Cette nouvelle motion intervient au cœur d’un paysage politique hautement tendu et marqué notamment par un blocage entre les trois présidences. En effet, un grand conflit oppose surtout le Président de la République au président de l’ARP sur fond de l’installation de la Cour constitutionnelle. Kaïs Saïed accuse des intentions de vouloir politiser cette Cour, alors que Rached Ghannouchi voudrait accélérer sa mise en place pour limiter le pouvoir du Chef de l’Etat, notamment en ce qui concerne l’interprétation de la Constitution. Il convient de rappeler que, selon l’article  51 du règlement intérieur de l’ARP, «l’Assemblée des représentants du peuple peut retirer sa confiance de son président ou l’un de ses vice-présidents à la majorité absolue des membres de l’Assemblée, et ce, par une demande écrite et motivée présentée au bureau de l’Assemblée par au moins un tiers des membres, soit 73. La demande est soumise à la séance plénière pour voter sur le retrait de confiance ou non dans un délai ne dépassant pas trois semaines de son dépôt au bureau d’ordre».

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