Cette nouvelle saison risque d’enregistrer un chiffre record de noyades et de pertes humaines.

Quelques jours nous séparent du mois de juin qui, de tradition, marque le début de la saison estivale. Déjà, les plages commencent à s’animer. La chaleur est là et le seul moyen  de se rafraîchir est bien «d’aller se baigner».

Mais voilà, les statistiques sont impitoyables : nous risquons cette saison de battre un nouveau record de noyades, en nous rapprochant du chiffre de six cents pertes humaines !

Avec les douze mille victimes du covid-19 (cela ne s’arrêtera pas là !), en additionnant ceux qui perdront leur vie en voulant tenter de traverser et de gagner l’autre rive, il y a de quoi être inquiet.

C’est que jusqu’à présent, et ce n’est pas la première fois, nous n’avons enregistré aucun appel par voie de presse ou par l’intermédiaire d’autres organes d’information, incitant les jeunes à se former ou à se recycler en vue de faire office de «maîtres nageurs sauveteurs».

On a, certes, lu quelque part que l’on a commencé à nettoyer des plages, qu’un groupe de jeunes s’est attaché à créer un fonds pour équiper des plages en… poubelles (c’est louable !), mais se préparer pour que les 1.200 kilomètres de côtes tunisiennes soient les plus sûres possible, cela ne semble pas encore à l’ordre du jour.

Il va sans dire que la formation de maîtres nageurs sauveteurs n’est pas, n’est plus, une question de stages de courte durée. C’est un métier pour lequel il faudrait avoir des prédispositions, des qualités athlétiques et sportives, et bien entendu des qualités humaines et morales irréprochables.

Le maître nageur sauveteur est un homme ou une femme qui sait ce qui l’attend une fois confronté au danger qui guette un baigneur imprudent. Sans hésitation possible, il est formé, préparé, à mettre sa propre vie en danger pour sauver autrui. C’est donc un métier qui s’apprend. C’est un métier et il faudrait que ces futurs diplômés soient de véritables «sauveteurs», qui sont prêts à tout pour sauver des vies humaines.

Un véritable métier

Il fut un temps où on formait sur le tas. Ces temps sont dépassés et cela est devenu un véritable gisement d’emplois pour les jeunes qui sont recrutés par les hôtels ou par les municipalités côtières.

Le triste record, évoqué plus haut, prouve que nous sommes loin du compte. Y aurait-il un seul décès par noyade ? Ce sera toujours trop, car on dira toujours qu’avec des moyens appropriés il aurait été possible de l’éviter.          

C’est dire que le fait de s’y prendre trop tard ou de ne pas y penser avec suffisamment de recul est un grand tort. Un manquement au devoir d’assistance qui nous coûte chaque saison estivale des drames et des regrets.

Nous avons soulevé ce problème, l’année dernière. Il semble que c’est tombé dans  les oreilles d’un sourd. Aucune réaction de la part de ceux qui sont concernés. La meilleure preuve, c’est qu’on nous parle de sable, et de poubelles et aucun responsable ne soulève cette question de sécurité qui prévaut sur tout le reste.

Le point de la situation

Les responsables au niveau des régions côtières, ceux de la protection civile, qui subissent tout le choc de ces drames, ceux du ministère de la Jeunesse et des Sports et de la Fédération concernée par la formation auraient dû se réunir et faire le point de la situation. Une situation qui nous semble assez importante pour qu’on lui accorde un minimum d’attention. La préparation de la saison estivale ne se limite pas à nettoyer le sable, poser des parasols ou à rafistoler les points de guet qu’utilisent les maîtres nageurs.

Il faut du matériel, lourd et léger, des embarcations (que l’on peut engager deux ou trois municipalités limitrophes à acquérir en commun), un minimum d’équipements pour les premiers secours et, bien entendu, un nombre suffisant de sauveteurs. Dans l’état actuel des choses, on agit par pur empirisme : un maître nageur sur des centaines sinon des kilomètres, quelques bouées et une tente faisant office d’abri, un portable pour appeler la Protection civile au secours en cas de drame. En 2021, cela n’est plus suffisant !

Incompréhensible

Le ministère de la Jeunesse et des Sports, qui en chapeaute  et agrée toute dispense d’un diplôme d’Etat, devrait commencer à s’inquiéter.

La Fédération concernée, pour ce qui la concerne, devrait avoir les moyens d’agir et le fait de la mettre hors circuit, à la veille de la saison estivale, alors qu’elle devrait être en pleine action de formation , pour des raisons que nous ne chercherons pas à comprendre, étant donné que ce qui nous intéresse est relatif à la sécurité des milliers de jeunes et de moins jeunes, est incompréhensible.

Il aurait peut-être fallu temporiser pour mieux comprendre le problème et, surtout, à la rigueur, mettre en place un comité provisoire pour éviter le blocage qui s’est produit.

Au lieu de tout cela, c’est l’engagement d’une bataille de procédures qui ne sert aucunement les intérêts de ce secteur et qui risque de nous valoir un nouveau record macabre.

Charger plus d'articles
Charger plus par Kamel GHATTAS
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire