Le plus grand rassemblement a eu lieu à l’avenue Mohamed V où des affrontements ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre. Ces dernières, en faisant usage de la force et du gaz lacrymogène, ont empêché les protestataires de rejoindre l’avenue Habib-Bourguiba.

Comme prévu, en réponse à des appels lancés par plusieurs partis, mouvements et personnalités politiques, des centaines de personnes sont descendues hier dans la rue à Tunis pour manifester contre le Président de la République.

On avait annoncé des manifestations historiques. Les appels à descendre dans la rue, hier à l’occasion du 14 janvier, étaient nombreux au point qu’on s’attendait à de gros rassemblements populaires.

Jusqu’à 13h, la vie était normale à l’avenue Habib-Bourguiba et la circulation était habituelle en dépit de la grande présence sécuritaire.

Au fait, le plus grand rassemblement a eu lieu à l’avenue Mohamed-V où des affrontements ont eu lieu entre manifestants et forces de l’ordre. Ces derniers, en faisant usage de la force et du gaz lacrymogène, ont empêché les manifestants de rejoindre l’avenue Habib-Bourguiba.

Le ministère de l’Intérieur a même fait usage de canons à eau pour disperser les centaines de personnes descendues manifester.

A 15h, la tension était à son comble, des personnes ont été arrêtées, dont des personnes âgées.

Pour justifier le recours à ces canons d’eau, le ministère de l’Intérieur a estimé que malgré les mesures sanitaires annoncées le 12 janvier et bravant l’interdiction de tous les rassemblements, «1.200 personnes ont quand même tenté d’accéder à l’avenue Habib-Bourguiba prétextant vouloir célébrer le 14-Janvier et tentant d’agresser les sécuritaires et de forcer les barrages. Avec la plus grande retenue, les unités de sécurité ont eu recours aux jets d’eau pour disperser les gens et appeler tous les citoyens à se conformer aux décisions», a-t-on communiqué.

Autant dire que depuis les premières heures du matin, les accès à l’avenue Habib-Bourguiba étaient tous fermés par la police. En effet, les forces de l’ordre ont fermé, dès les premières heures d’hier vendredi, tous les accès conduisant à l’avenue Habib-Bourguiba à Tunis. Un important dispositif sécuritaire a été déployé autour de cet axe principal du centre-ville, en prévision de ces manifestations. Les forces de l’ordre ont installé aussi des barrages pour fouiller les piétons et leurs sacs. Elles ont également garé leurs véhicules, ainsi que ceux de la Protection civile, le long de l’avenue Habib-Bourguiba pour y empêcher toute manifestation.

Dans les rues adjacentes, à Jean-Jaurès, les mêmes scènes ont eu lieu et plusieurs manifestants ont été arrêtés par les forces de l’ordre suite à des affrontements qui ont eu lieu. Des personnalités politiques, comme le député gelé Nabil Hajji, se sont dites agressées par les forces de l’ordre. «Les forces de l’ordre n’ont pas encore assimilé le concept de la police républicaine, on va tous partir, mais elles doivent comprendre que les manifestants ont des droits», a déclaré ce député.

Présent également lors de ces manifestations, l’homme politique Issam Chebbi a dénoncé le traitement sécuritaire de ces manifestations, estimant que le Président de la République Kaïs Saïed, a privé les Tunisiens de fêter leur Révolution à l’emblématique avenue Habib-Bourguiba.

crédit photo : © Abdelfattah BELAÏD
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Arrestations et argent saisi

«Citoyens contre le coup d’État», l’initiative qui lutte contre les mesures prises le 25 juillet dernier par le Président Kais Saied, a annoncé, hier, que des manifestants ont été arrêtés par les forces de l’ordre. Selon «Citoyens contre le coup d’État», ces manifestants ont été arrêtés notamment à l’avenue Habib-Bourguiba et à l’avenue Mohamed V pour avoir participé aux manifestations célébrant l’anniversaire de la Révolution et pour protestation contre les mesures de Kaïs Saïed.

Pour sa part, dans un communiqué rendu public, le ministère de l’Intérieur a annoncé l’arrestation de plusieurs personnes à cité Ettadhamen et Ibn Sina qui tentaient de distribuer des sommes d’argent estimées à 130 mille dinars en vue d’inciter des jeunes à commettre des actes de vandalisme.

En effet, selon le ministère, les unités de la Garde nationale à la cité Ettadhamen ont arrêté deux individus en voiture, transportant la somme de 42 mille dinars, de source inconnue, qu’ils comptaient distribuer à des saccageurs. Les forces de sécurité relevant du district de Jbal Jloud ont également interpellé, dans le quartier Ibn Sina, quatre individus en possession de 94 mille dinars ainsi que deux drones. Le département annonce avoir pris les mesures nécessaires pour préserver l’ordre public et faire respecter les mesures préventives contre la pandémie annoncées récemment.

Notons que plusieurs personnalités politiques ont pris part à ces manifestations.

Il est notamment question de figures islamistes comme Samir Dilou, Saida Akermi, Jamila Ksiksi, et de l’activiste politique Jawhar Ben Mbarek. Ils revendiquent «le retour à la démocratie et le respect des droits et des libertés».

En dépit de la situation sanitaire et des mesures préventives annoncées, plusieurs partis dont notamment Ennahdha ont appelé aux manifestations pour faire face à ce qu’ils appellent «le coup d’Etat».  

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