Face à la Gambie, le plus important, c’est le résultat avant et même sans la manière. Une mission des plus délicates contre un adversaire des plus coriaces.


C’est vrai que la prestation de l’équipe de Tunisie devant la Mauritanie,  résultat et manière, a gommé la lourde et pesante déception de la sortie pas très réussie et même ratée face au Mali et a créé un nouvel état d’esprit plus conquérant et une dynamique de victoire, mais ce n’est pour autant une raison de croire que le match d’aujourd’hui contre la Gambie aura la même allure, la même physionomie et sera donc géré avec autant de facilité, la même approche, la même philosophie et la même stratégie de jeu. Mondher Kebaïer, qui a retrouvé son œil de tacticien et de bon lecteur de jeu, en est le premier conscient. C’est vrai que dans une compétition à plusieurs virages, il nous faut un match référence pour se lâcher et se libérer complètement au point qu’aucune équipe ne peut nous arrêter. Mais ce n’est pas le match contre la Mauritanie, où nous avons retrouvé notre jeu piquant et séduisant, qui demeure ce match référence. Si nous avons marqué 4 buts et manqué un cinquième avec ce penalty de Msekni sur le poteau, c’est en partie avec la complicité d’une défense adverse perméable qui n’a pas su bien coulisser et fermer les accès.  La Gambie, ça n’a rien à voir, c’est même tout le contraire. C’est un bloc équipe assez compact, c’est du solide, c’est du béton.  En sélectionneur intelligent, Mondher Kebaier ne doit pas donc jouer contre cette Gambie plus redoutable comme il a joué contre la Mauritanie plus faible et plus vulnérable. Ce sera plus serré, plus tendu, plus difficile et plus compliqué.  Avec beaucoup de stress et une pression plus forte et sans doute, le suspense et l’indécision jusqu’au bout.

Une gestion tactique différente

Les joueurs-clés de notre dispositif que sont Ali Mâaloul et sa doublure sur le flanc gauche de la défense Mohamed Amine Ben Hmida, Ghaylène Châalali et Mohamed Ali Ben Romdhane au milieu et Wahbi Khazri en attaque, touchés par le covid-19, seront absents pour ce match décisif,  ce qui n’est pas pour faciliter une tâche déjà très complexe. Comment va réagir notre sélectionneur dans de telles conditions pas très favorables pour présenter une équipe d’attaque,  à la hauteur du gros enjeu et de l’intensité du débat ? Bien entendu, il peut compter sur le retour de Mohamed Drager, Naïm Sliti et de Dylan Bronn même pas complètement rétablis pour colmater ces lourdes brèches dans le onze de départ et ces grosses fissures dans l’ossature, mais ce qui importe le plus, ce qui nous ouvrira la route du succès, c’est le bon choix du système, de l’animation aussi bien défensive qu’offensive , de l’équilibre de l’équipe qui doit être maintenu du coup de sifflet d’envoi jusqu’au coup de sifflet de la fin. Face à une équipe qui joue en contre, qui manie presque à la perfection les remontées de balle et la transition rapide défense-attaque, il serait dangereux d’opter pour un positionnement très haut et de mettre une toile d’araignée dans les trente mètres de cet adversaire qui peut nous surprendre à tout moment par des contres rondement menés dans le dos, alors que nous sommes en déséquilibre au milieu et en défense. Ce qui est sûr, c’est que Mondher Kebaïer doit réinventer autre chose,  changer de système, d’approche et de philosophie de jeu et ne pas  chercher à imposer aveuglément notre jeu sans l’adapter à celui de notre adversaire. La solution du retour à une défense à trois arrières centraux( Bronn-Talbi-Ifa), vu le forfait des deux demis récupérateurs de poids ( Châaleli-Ben Romdhane) et de la non complémentarité et assurance affichée de la seule paire de pivots  de rechange Skhiri- Laidouni, n’est pas une solution à exclure car une défense à quatre, avec un entrejeu pas très rassurant et pas très fort en repli et en travail défensif, ça pourrait être une mauvaise option et à double tranchant devant la rapidité et la redoutable efficacité des contres des attaquants gambiens. Vu aussi que nos latéraux, Mohamed Drager qui reprend le flanc droit, loin de sa forme de la Coupe arabe et Ali Abdi pressenti pour suppléer Mâaloul sur le côté gauche, ne seront pas un gage de sécurité totale sur les deux couloirs stratégiques. Vu aussi que le gardien Béchir Ben Saïd n’a pas eu jusqu’ici la possibilité de prouver qu’il est bon sur les ballons aériens et les prises de balle dans la mêlée dans les six mètres. C’est l’un des premiers paramètres dont on doit tenir compte pour l’arbitrage quant au système à adopter. Vu aussi que la bonne formule d’attaque qui a émergé avec l’association de deux pointes (Khazri- Jaziri), qui fixe la charnière centrale adverse et l’oblige à un boulot purement défensif et l’empêche d’être un élément de plus dans la relance et la transition, n’est plus possible avec le forfait de Khazri. Avec Jaziri, seul à la pointe du combat, la profondeur nous manquera comme face au Mali et la défense gambienne musclée,  athlétique, intraitable sur les centres balancés de loin et les balles arrêtées, aura sûrement le dessus.

Penser aux huitièmes

Il faudra donc revenir à un positionnement moins audacieux et un peu plus attentiste et plus prudent que celui choisi devant la Mauritanie. Le passage en huitièmes de finale passe par une victoire qui peut nous donner la première place ou la deuxième de notre poule selon le résultat de Mali-Mauritanie même s’il n’y a pas d’illusions à se faire sur l’issue de cette confrontation. Mais une victoire impérative, ça s’arrache par intelligence et non par emportement excessif et qui peut être déroutant.  Un match nul peut ne pas suffire pour arracher la qualification parce que, avec 4 points, on n’est pas sûrs jusqu’à ce jour de finir parmi les quatre meilleurs troisièmes rescapés qui auront le droit au rachat pour le passage au deuxième tour. Mondher Kebaïer est donc devant un nouvel examen, une autre rude épreuve,  un virage décisif à ne pas manquer cette fois, sinon ce sera la fin du voyage et de l’aventure. Malgré un effectif ravagé par le covid, et chambardé de force, l’équipe de Tunisie, avec tout son potentiel technique et la qualité de ses talents mis au service du collectif, peut passer le difficile cap gambien et entrer de plain-pied dans le second tour qui sera l’épreuve de vérité de cette Coupe d’Afrique.

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