Accueil A la une Le gouvernement cherche à financer le budget de 2022 : Entre le marteau du FMI et l’enclume de l’explosion sociale

Le gouvernement cherche à financer le budget de 2022 : Entre le marteau du FMI et l’enclume de l’explosion sociale

Même si le discours officiel reste rassurant, le gouvernement Bouden est confronté à une épreuve majeure, celle du budget de l’année courante. Plein de trous et nécessitant la levée de fonds colossaux, le budget 2022 s’apparente à un véritable casse-tête pour le gouvernement, notamment dans cette conjoncture économique, sociale et politique inconfortable.

Il suffit de rappeler que le budget de l’Etat pour l’année en cours a été élaboré conformément à une hypothèse bien précise : conclure un accord avec le Fonds monétaire international (FMI). Pour les économistes, c’est un fait rarissime et qui démontre que l’Etat n’est plus capable de répondre à ses dépenses et exigences financières.

La situation est telle qu’actuellement, les finances publiques sont dans l’incapacité de trouver un équilibre indispensable pour le paiement des salaires, des dettes et du service de la dette, dans l’absence de financement du FMI.

Le budget de l’Etat pour l’exercice 2022 est fixé à 57.291 millions de dinars (MD), en hausse de 3,2% par rapport à la loi de finances rectificative de 2021, pour un déficit budgétaire de 8.548 MD, soit 6,2% du PIB. Le déficit budgétaire, compte non tenu des dons et des revenus de confiscations, s’élève à 9.308 MD, soit 6,7% du PIB. De ce fait, les besoins de financement s’établissent à 18 673 MD et les besoins de financement du Trésor à 1.310 MD, ce qui nécessite la mobilisation d’emprunts de l’ordre de 19.983 MD répartis entre 12 652 MD d’emprunts extérieurs et 7.331 MD d’emprunts intérieurs.

Face à cette situation, l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt) a appelé le gouvernement à prendre des mesures sociales urgentes et à moyen terme afin de remédier aux «grandes lacunes dans le budget de 2022» qu’elle a qualifié de «boiteux».

Dans un communiqué publié sur sa page officielle à l’occasion de son 76e anniversaire, l’Ugtt a estimé que le budget de 2022 est incapable de booster l’investissement et de créer un climat des affaires favorable, signalant que le maintien du même modèle de développement a augmenté les inégalités et a accentué la crise sociale.

La Centrale syndicale souligne la «nécessité de reprendre le dialogue social et de réajuster le pouvoir d’achat des agents de la fonction publique et du secteur public».

Blocage avec le FMI

Si le budget de l’Etat a été élaboré sur la base de l’hypothèse portant sur un accord avec le FMI d’ici au mois de mars prochain, c’est que la situation est vraiment grave. Pour certains économistes, le gouvernement Bouden aura besoin d’un miracle pour remédier à la situation et trouver les équilibres financiers de l’Etat. Pour l’économiste Ezzeddine Saidane, il est presque impossible de trouver un accord avec le FMI avant mars prochain, car selon ses dires, ces négociations techniques durent généralement plus de trois mois, et pour le cas tunisien, il faut même prévoir plus de temps au vu de la délicatesse de la situation. Il explique que la Tunisie n’aura pas une marge de manœuvre dans ses négociations avec ce bailleur des fonds, et ne fera qu’appliquer ses choix.

Pourtant, le gouverneur de la Banque Centrale et la ministre des Finances avaient, tous les deux, estimé qu’un accord était sur le point d’être conclu avec le FMI et que les indicateurs étaient bons. Mais pour le moment, aucune lueur d’espoir. Le dernier contact entre les deux parties a eu lieu en novembre dernier quand on a annoncé un retour à la table des négociations, mais ce retour était conditionné par la présentation d’une sorte de feuille de route pour mener un ensemble de réformes cruciales.

Le représentant du Fonds monétaire international (FMI) en Tunisie, Jérôme Vacher, a indiqué que des «réformes très profondes», notamment la réduction de la masse salariale de la fonction publique qui atteint l’un des niveaux les plus élevés au monde, sont impératives.

Vacher a souligné à l’AFP qu’en raison du coronavirus, la Tunisie est confrontée à la pire crise économique depuis son indépendance. Toutefois, il a souligné que «les problèmes du pays étaient bien présents avant la pandémie, en particulier les déficits budgétaires et la dette publique (près de 100% du PIB fin 2021) qui se sont aggravés».

Il a, par ailleurs, estimé que la croissance «reste faible et insuffisante» pour absorber le taux de chômage supérieur à 18%, soulignant qu’«une main-d’œuvre qualifiée, un capital humain de très bonne qualité et une localisation géographique favorable» sont des atouts pour le pays.

Vers des mesures douloureuses ?

Mais pour mener ces réformes qui s’annoncent indispensables pour un nouvel accord avec le FMI, la Tunisie doit convaincre sa population, ses travailleurs, ses employés et ses entreprises à adhérer à ce processus périlleux.

En effet, c’est surtout la Centrale syndicale qu’il faut convaincre pour pouvoir mener à bien ces réformes portant notamment sur la masse salariale, le système de compensation et les entreprises publiques, et éviter toute explosion sociale. Mais dès le départ, l’Ugtt s’est dite opposée à toute réforme qui touche aux droits des travailleurs et qui porte atteinte au pouvoir d’achat des citoyens. L’organisation a rejeté, dans ce sens, le draft fuité du document des réformes que compte adresser la Tunisie au FMI.

Parmi les urgences, la Tunisie doit intelligemment négocier le poids important de la fonction publique (16% du PIB), les salaires des 650.000 fonctionnaires absorbant plus de la moitié des dépenses annuelles de l’Etat, sans compter les collectivités locales et les entreprises publiques.

Pour résumer donc la situation, le gouvernement Bouden doit préparer le terrain pour l’annonce de mesures extrêmement douloureuses qui vont sans doute provoquer une grogne sociale afin de trouver un accord avec le FMI. Autrement, la Tunisie ne parviendra même pas à financer son budget, ni à payer les salaires de ses employés. D’où, également, un risque social sans précédent. En manque de solutions, le gouvernement semble être entre le marteau du FMI et l’enclume de l’explosion sociale.

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