Au-delà des faits divers, la violence quotidienne dans nos rues et nos villes est un véritable phénomène. Attirés par le gain facile, de plus en plus de jeunes criminels s’adonnent au vol à l’arraché, aux braquages et au crime organisé.

En plein Ramadan, les Tunisiens vivent au rythme de la vie chère, mais aussi de la violence meurtrière qui touche notre pays. En ce début du mois saint, deux faits divers particulièrement horribles ont secoué l’opinion publique. D’abord, le meurtre survenu peu avant le coucher du soleil à Sidi Hassine Sijoumi, lorsqu’un jeune poignarde son ami et le tue, après un malentendu autour d’un montant ne dépassant pas les deux dinars et cinq cents millimes.

Plus récemment, dimanche, une mineure a été la malheureuse victime d’un braquage sordide, qui a mal tourné. Après que les agresseurs lui ont  arraché son portable, la jeune fille a tenté de résister, elle a terminé sa course sous les roues d’un train.

Au-delà du fait divers, la violence quotidienne dans nos rues et nos villes est un véritable phénomène. Attirés par le gain facile, de plus en plus de jeunes criminels s’adonnent au vol à l’arraché, aux braquages et au crime organisé.

Walid, 40 ans, père de deux adolescentes, nous explique qu’il a l’impression de vivre dans un environnement peu sécurisé.

«Je suis vraiment en colère, c’est le mot qui me vient à l’esprit maintenant, nous explique-t-il. Colère et frustration contre l’insécurité, le manque d’encadrement social et l’échec de l’école dans son rôle social, mais aussi de la colère contre la banalisation de ces actes et de la violence dans la télévision et dans les réseaux sociaux».

Le transport public, déconseillé aux femmes, aux enfants et aux personnes âgées

Bien que l’auteur du braquage, âgé de 25 ans, ait été arrêté par la police, les Tunisiens ne décolèrent pas. Ils attendent que les autorités prennent leurs responsabilités pour endiguer ce phénomène qui menace quiconque use de son droit fondamental de se déplacer. Les moyens de transports publics deviennent un danger pour ceux qui les emprunte et complètement déconseillés aux femmes, aux enfants et aux personnes âgées. Malheureusement, il n’est pas toujours possible pour les Tunisiens de se déplacer en voiture ou en taxi. Certains n’ont pas les moyens. Il est donc urgent que le gouvernement prenne des mesures concrètes pour garantir la sécurité des usagers.

Chef de police dans un quartier populaire, T. B s’est illustré depuis quelque temps par plusieurs coups de filet dans les milieux du banditisme et de la petite délinquance. Pour lui, dans son quotidien, ce qui frappe est l’implication dans les crimes de plus en plus de mineurs et même d’enfants. Pour Dorsaf, 45 ans, mère de deux enfants, ces informations font froid dans le dos. «Nous ne sommes en sécurité nulle part, dit-elle. Et tout ça pourquoi ? Pour un sac, un téléphone d’une valeur insignifiante par rapport à une vie humaine !». Contacté par le journal La Presse, le sociologue Sami Nasr confirme l’explosion de ce phénomène de la violence. Selon lui, 40% des crimes sont liés aux braquages, tandis qu’il y a un peu plus de 10 ans, ce taux était de seulement 4%.  «Il y a une montée du comportement violent chez les Tunisiens, dans toutes les sphères de la société, explique le sociologue. Deux phénomènes doivent nous interpeller. D’abord la montée en puissance de la violence pour réaliser les objectifs, comme les braquages avec violence, et en même temps la banalisation de la violence et l’absence d’une réaction sociétale».

Sami Nasr nous explique notamment que dans la société individualiste dans laquelle nous vivons, peu sont enclins à intervenir lorsqu’ils sont témoins de scènes de violence ou de braquage. C’est l’une des raisons qui font que les agresseurs se sentent superpuissants.

Le sociologue regrette que la réponse judiciaire ne soit pas en phase avec l’ampleur du phénomène.

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