Tension politique, guéguerre et soupçons d’incendies criminels : La crise s’enflamme !

La crise politique frappe de plein fouet en Tunisie, et les derniers rebondissements risquent d’approfondir davantage cette situation de rupture politique. Tous les Tunisiens s’accordent sur ce constat, le pays est confronté à une crise multidimensionnelle mêlant guéguerre politique, impasse économique et tension sociale.

A l’occasion de l’Aïd al-Fitr, après avoir souhaité ses meilleurs vœux aux Tunisiens, le Président de la République n’a pas omis de revenir sur la situation politique dans le pays, mais aussi de mettre en garde contre les plans visant à y semer le trouble.

S’il a mis au jour certaines étapes de son processus politique, ses annonces ne sont pas passées, comme d’habitude, inaperçues. Le Président de la République Kaïs Saïed a annoncé, en effet, la création d’un haut comité auquel sera confiée la mission de préparer au mieux l’instauration d’une nouvelle République dans les plus brefs délais.

Ce haut comité se penchera sur des questions et des orientations aux contours clairs, a précisé le Président Saïed lors d’une allocution prononcée dimanche soir à l’occasion de la célébration concomitante de la fête de l’Aïd al-Fitr et de la fête du Travail.

Ledit haut comité, a ajouté Saïed, sera constitué de deux organes. Le premier sera chargé des questions liées au dialogue national et sera composé du quartet Union générale tunisienne du travail (Ugtt), Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), Ordre national des avocats (Onat) et Ligue tunisienne de défense des droits de l’homme (Ltdh).

Ce dialogue national sera « différent » des précédents, a assuré le Président de la République, soulignant qu’il ne sera ouvert qu’à ceux qui sont « crédibles envers le mouvement correctif amorcé le 25 juillet 2021 ».

Ceux qui ont vendu leur conscience, qui sont « dépourvus de patriotisme » et qui n’ont cessé de « saccager, d’affamer et de malmener le peuple tunisien », ne seront pas présents à ce dialogue, a martelé le Chef de l’Etat. 

Les travaux de cet organe seront soumis au peuple par voie de consultation nationale avant que les recommandations et les propositions formulées ne prennent corps dans un projet soumis à l’approbation populaire dans le délai préétabli du 25 juillet 2022, a-t-il précisé.

Quels sont les partis concernés ?

Au vu de cette annonce qui éclaircit relativement les prochains pas du processus du 25 juillet et qui doivent déboucher sur un dialogue national, on commence à y voir plus clair concernant les composantes et les partis politiques qui prendraient part à ce rendez-vous tant attendu. Autant dire que les organisations nationales telles que l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt), l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap) ou encore la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (Ltdh) et l’Union nationale de la femme tunisienne (Unft) doivent participer activement à ce dialogue national. Quant aux partis politiques concernés, l’image est toujours floue. D’ores et déjà, des partis comme Ennahdha, Qalb Tounès, Al-Karama sont exclus de cette initiative, au vu des positions hostiles envers le processus du 25 juillet, le Courant démocratique ne sera pas également le bienvenu, pour le locataire de Carthage.

Cependant, d’autres partis comme le Mouvement du peuple ou encore Tahya Tounès, qui ont ouvertement soutenu le 25 juillet en dépit de quelques réserves sur l’état des libertés, pourraient prendre part à ce dialogue et représenter la classe politique que le Président de la République accuse de corruption.

Au fait, Kaïs Saïed accuse certains partis de vouloir saborder les institutions de l’Etat, exacerber les tensions et envenimer le climat général dans le pays, pour étouffer le processus du 25 juillet. Ces parties font figure de « forces réfractaires », a-t-il fait savoir, affirmant que la Tunisie fait face actuellement à « une guerre d’usure menée par ces forces », promettant en contrepartie de « les vaincre ».

Saïed a ajouté que ces forces s’évertuent à provoquer des crises, à dresser l’étranger contre leur pays en évoquant des « statistiques erronées » fournies par de «pseudo-experts ». « Ces forces seront décidément écartées du dialogue national prévu prochainement », a assuré le Chef de l’Etat, rappelant qu’il n’y a plus de place « à la réconciliation, à la négociation et à la reconnaissance avec ceux qui ont ruiné le pays ».

L’Ugtt réagit

Réagissant à ces annonces présidentielles, la Centrale syndicale, qui fêtait le 1er-Mai, est, à son tour, revenue sur les derniers rebondissements sur la scène nationale. Dans une allocution prononcée à l’occasion de la commémoration de la fête du Travail dimanche 1er mai 2022, le secrétaire général de l’Ugtt, Noureddine Taboubi, a appelé le Président de la République à superviser le dialogue national, « en commençant immédiatement avant qu’il ne soit trop tard ».

Taboubi appelle dans ce sens le Président de la République à lancer ce dialogue après s’être mis d’accord sur ses objectifs et ses partis, ses axes, agendas de discussion. « Il s’agit du dernier gilet de sauvetage », a-t-il encore dit.

Il a indiqué que le syndicat rejette l’accumulation du pouvoir et le changement unilatéral des lois et des législations. Et de souligner via la chaîne YouTube de l’Union  que « l’enjeu est aujourd’hui grand et grave; et personne n’est autorisé à passer à côté de l’élan manifesté par les Tunisiens, le 25 juillet 2021, pour se retrouver dans une situation déplorable, telle que celle qui prévalait avant cette date ».

Et d’ajouter : « Il n’est pas non plus permis que l’état actuel d’ambiguïté et d’exclusivité des opinions persiste. Cela ne fera qu’aggraver les vrais problèmes du peuple, empirer la situation et accélérer l’effroyable effondrement de l’Etat », a-t-il dit.

Pour sa part, le parti Al Joumhouri a, dans un communiqué, rendu public, critiqué le contenu du message de vœux adressé par le Président de la République à l’occasion de l’Aïd. Al Joumhouri considère que ce message renvoie à un contexte de division plutôt qu’un appel à l’unité. « Saïed s’est, ainsi, éloigné de son rôle symbolique en axant son discours sur les accusations gratuites envers ses opposants », regrette le parti.

Al Joumhouri critique également l’annonce par le Président de la République portant sur l’organisation d’un dialogue national « auquel seules les parties soutenant le Président participent, pour asseoir les fondements d’une nouvelle République et l’élaboration d’une Constitution taillée sur mesure ».

Ennahdha ou la récupération politique

Au cœur de cette scène politique marquée par une tension interminable, le parti Ennahdha ne cesse de jeter de l’huile sur le feu. Le jour de l’Aïd, une série d’incendies simultanés a frappé plusieurs endroits dans différents gouvernorats : usine à Ben Arous, souk à Gabès, entrepôts à Bizerte… La journée était littéralement brûlante !

Juste quelques instants après, Ennahdha a publié un communiqué pour critiquer l’intervention des autorités, notamment suite à l’incendie dans un souk à Gabès.

Ennahdha a critiqué l’intervention de la Protection civile en l’accusant d’avoir trop tardé de façon que le feu a atteint les maisons voisines du marché, et d’avoir mobilisé trop peu de moyens au regard de l’ampleur du sinistre. Une position infondée et qui se base sur des images et des informations issues des réseaux sociaux. 

Sauf que selon les premiers éléments de l’enquête, cet incendie porterait réellement les traces d’une piste criminelle. D’ailleurs, le secrétaire général adjoint du syndicat général des Forces de sécurité intérieures, Moez Debbabi, a fustigé la déclaration du mouvement Ennahdha accusant les agents de la Protection civile de négligence lors de leur intervention pour éteindre l’incendie du marché de Jarah à Gabès le jour de l’Aïd, évoquant « une manœuvre politique ».

Par ailleurs, il a confirmé que des criminels ont provoqué les incendies qui ont éclaté simultanément le jour de l’Aïd dans de nombreux endroits, en particulier le marché de Jarah à Gabès. « 23 incendies se sont déclarés simultanément à plusieurs endroits, bien que le temps ne soit pas trop chaud pour être un indicateur d’incendies naturels, aucun facteur n’explique cela », a-t-il insisté.

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