Programme gouvernemental des réformes : Des mesures de fer dans un gant de velours

Globalement, le programme de réformes du gouvernement tourne autour de 7 axes principaux, à savoir : libérer l’initiative et renforcer la concurrence, soutenir la solidité du secteur financier, augmenter la performance et la compétence du secteur public, booster le numérique, valoriser le capital humain, soutenir l’inclusion sociale et travailler à pérenniser la croissance.

En temps de crise sociale et économique, le gouvernement marche sur des œufs. De plus, il lui est  impossible de demeurer immobile devant les urgences budgétaires et les injonctions à peine voilée du Fond monétaire international, et, d’autre part, il lui est difficile d’embarquer les Tunisiens dans des réformes douloureuses, qui pourraient peser sur le porte-monnaie et le relatif confort des fonctionnaires de l’Etat et salariés du service public.

Hier, à l’auditorium de la cité de la Culture, l’équipe gouvernementale était en tout cas presque au complet. Chaque ministre a présenté, sans panache à vrai dire, le programme de son département et sa vision pour les années à venir.

Ce que nous pouvons retenir de ces interventions, c’est sans aucun doute le volet économique et financier, qui se traduit par la nécessaire volonté de réduire le train de vie de l’Etat, ou, en tout cas, comprimer les dépenses. A cet égard, le gouvernement prévoit notamment de remplacer de manière progressive le système des subventions par un système qui permet de transférer directement l’aide financière aux ménages. Selon la ministre des Finances, Sihem Boughdiri-Nemsia, dès 2023, cette politique du transfert direct des aides aux familles sera déployée. Grâce à l’identifiant unique, l’opération pourra se faire sans encombre.

Selon la ministre, et avec le concours de ce dispositif, le gouvernement espère atteindre l’application des prix réels en 2026.

Globalement, le programme de réforme du gouvernement tourne autour de 7 axes principaux, à savoir : libérer l’initiative et renforcer la concurrence, soutenir la solidité du secteur financier, augmenter la performance et la compétence du secteur public, booster le numérique, valoriser le capital humain, soutenir l’inclusion sociale  et travailler à pérenniser la croissance.

Des grandes lignes d’un programme, qui, s’il est possible de l’appliquer, permettrait selon ses auteurs de rétablir un climat de confiance pour les investisseurs privés et retrouver une économie saine, capable de faire face aux chocs géopolitiques.

Très confiante quant à la capacité du gouvernement actuel d’aller au bout des réformes, la ministre des Finances, Sihem Boughdiri Nemsia a annoncé dans la foulée que, dans les jours qui viennent, une date sera donnée pour le coup d’envoi des négociations avec le Fonds monétaire international.

« Il y a des révisions qui ont été effectuées à l’échelle mondiale en ce qui concerne le taux d’inflation et le taux de croissance. La Tunisie n’est pas à l’abri de ces changements. Le pays a réussi à faire face à de grands défis économiques dont l’invasion russe en Ukraine. Il est vrai que les pourparlers avec le Fonds monétaire ont tardé mais nous avons réussi à trouver de nombreuses solutions. Les indicateurs sont positifs et nous nous attendons à ce que la date du démarrage des négociations soit dévoilée dans les jours à venir », a déclaré la ministre.

Lourdement endettées, les entreprises publiques n’ont pas été épargnées du programme de réforme national. Sans véritablement donner des chiffres et des pistes pour la réalisation concrète des réformes, la ministre des Finances s’est engagée à mettre en place une politique qui permettrait d’éponger les ardoises des entreprises publiques.

Toutefois, commentant le programme de réforme gouvernemental, l’expert économique Aram Belhadj a critiqué son manque de réalisme et également l’absence d’appropriation de la part des parties prenantes, à leur  tête l’Ugtt, qui n’a pas été partenaire dans la mise en place de ce programme.

Pour lui, il s’agit d’un programme qui n’est pas très différent de ceux qu’avaient présentés les gouvernements précédents.

« Une grande partie des Tunisiens n’est pas prête à faire davantage de concessions, surtout après la détérioration du pouvoir d’achat et l’érosion de la classe moyenne », explique-t-il.

Toujours est-il que le porte-parole du gouvernement, le ministre des Affaires sociales Malek Zahi, a tenté de rassurer l’opinion publique : ces réformes tiendront compte des catégories vulnérables et des mesures d’accompagnement seront prévues.

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