Pour l’instant, ce qui préoccupe les entreprises du secteur et horripile les investisseurs, c’est sans aucun doute la position de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz, qui oppose toujours un niet au raccordement des centrales solaires aux réseaux d’électricité.

La Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect) a organisé hier une conférence autour des énergies renouvelables, avec pour principal objectif de mieux faire connaître ces énergies et leurs impacts à moyen et long termes sur le porte-monnaie du citoyen et les finances de l’Etat. Il s’avère, en effet, que le Tunisien n’est pas suffisamment averti quant aux potentiels bénéfiques de la transition énergétique. Pour les organisateurs de la conférence, l’enjeu est important, puisque c’est de cette appropriation par le public que dépend le « plan solaire » élaboré par l’Etat et les parties prenantes. Un plan qui peine encore à se concrétiser sur le terrain en raison de plusieurs difficultés. Selon les objectifs de ce plan, la Tunisie prévoyait d’atteindre 35% d’utilisation d’énergies renouvelables d’ici 2030.

« Nous sommes aujourd’hui en 2022, et nous n’avons pu atteindre que 3% ». Dès sa première prise de parole, Abdellatif Hammouda, président du groupement des producteurs d’énergies renouvelables, à la Conect, annonce la couleur. En se comparant à d’autres pays, le conférencier cite les bons et les mauvais élèves en espérant que la Tunisie suivra les bons. « L’Allemagne a par exemple atteint 60% et de son côté le Liban, qui n’a pas fait ce qu’il fallait, est aujourd’hui presque plongé dans le noir », a-t-il indiqué.

Ce retard cumulé dans la réalisation des objectifs est en grande partie imputable à l’immobilisme de l’Etat dans ce cadre, et notamment, explique Hammouda, la garantie de l’Etat pour les investisseurs dans le domaine, qui a tardé à venir. Autre problématique soulevée, et qui représente un frein à l’investissement dans le domaine, la question foncière. Le ministère de l’Agriculture, selon Abdellatif Hammouda, rechigne souvent à changer la vocation des terrains. « Attention ! Là on ne parle pas de terres véritablement agricoles, il s’agit simplement de terres classées à vocation agricole qui ne le sont pas », avertit le conférencier. Du côté du ministère de la Défense, des problématiques liées notamment à des enjeux sécuritaires subsistent et empêchent l’installation d’éoliennes. Des arguments qui ne suffisent pas à convaincre les acteurs du secteur, qui estiment que, malgré tout, il faudrait trouver un compromis.

Mais pour l’instant, ce qui préoccupe davantage les entreprises du secteur et horripile les investisseurs, c’est sans aucun doute la position de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz, qui oppose toujours un niet au raccordement des centrales solaires aux réseaux d’électricité.

La fédération de la Steg veut garder le monopole sur la fourniture de l’électricité. La loi sur la transition énergétique prévoit, en effet, la possibilité de négocier directement entre le fournisseur de l’énergie solaire et le bénéficiaire, tout en utilisant uniquement le réseau de la Steg. Malgré cela, la société nationale oppose un veto.

« Aujourd’hui, des investisseurs sont bloqués et sont frileux à l’idée d’investir, avec un risque de se retrouver avec un lourd investissement bloqué par la Steg », indique Hammouda.

Pour les acteurs du secteur, la transition énergétique est de toutes les manières indispensable, mais la Tunisie accumule de plus en de retards.

Pour le président de la Conect, Tarak Cherif, il est regrettable que sur cette question, chacun campe sur ses positions pour garder ses privilèges et sa situation de rentier. « Il est temps de laisser les gens travailler », a-t-il martelé.

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Un commentaire

  1. Walid Bessrour

    23/06/2022 à 13:45

    Suggestion de revision du titre
    Energies renouvelables : Une transition sabotee depuis le debut par la STEG et l’UGTT
    Energies renouvelables : Une transition que la STEG et l’UGTT refusent et bloquent depuis des annees
    Energies renouvelables : Des investisseurs et une transition energetique, otages de la STEG et de l’UGTT

    Suggestiond de correction :
    (…) un niet au raccordement des centrales solaires au réseau (AU SINGULIER) d’électricité.

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