Taxis individuels : Il faut aller au fond des choses…

Ce qui nous a encouragés à aborder cette question des taxis, ce n’est nullement la grève qu’ils ont décrétée. Nous y reviendrons par ailleurs, mais bien une situation que nous avions vécue mi-juillet alors que sévissait une chaleur de plus de quarante degrés sous le soleil.

Une mère tenait dans les bras un enfant qui devait avoir deux-trois ans et qui essayait d’arrêter un taxi pour aller à l’hôpital d’enfants de Bab Saâdoun. « Cela fait au moins un quart d’heure que je suis là. Une dizaine de taxis sont passés. Aucun n’a voulu nous prendre en charge. Les uns nous ont réservé un regard vide comme si nous n’existions pas. D’autres nous ont signifié d’une main insolente que cela ne les intéressait pas. Nous n’étions pas dans la direction vers laquelle ils allaient. Il ont pourtant bien vu que j’avais mon gosse dans les bras. Voilà, nous attendons. Mon fils a de la fièvre et est sujet à des vomissements. Je dois le conduire à l’urgence de l’hôpital de Bab Saâdoun ».

Un automobiliste a vu cette bonne dame et s’est arrêté pour lui demander où elle voulait aller. Il l’a prise en charge. Heureusement qu’il y a encore des « êtres humains » dans notre société.

Des pourcentages et des faits

Le jour de la grève, nous avons essayé de voir de quelle manière se passaient les choses. Au feu rouge central d’El Menzah 6, des taxis circulaient. Ils n’avaient pas de numéro. Certains passaient regard droit devant. D’autres s’arrêtaient, discutaient ( ?!) et embarquaient le client. La course était sans doute intéressante. Comme le responsable syndical avait pris soin d’informer l’opinion publique que la grève était réussie à quatre vingts pour cent, ces taxis qui « travaillaient» faisaient sans doute partie des vingt pour cent… C’est dire que, pour les chiffres annoncés, il faudrait être plus circonspect, car ils sont difficilement vérifiables. Mais ce n’est point là la question qui devrait apostropher les responsables de ce secteur. A tous les niveaux.

Les taxis, qu’ils soient collectifs ou individuels, constituent de véritables problèmes. Des problèmes qui méritent d’être traités avec soin et réalisme. Les taxis collectifs à propos desquels il faudrait revenir avec plus d’éléments, pour leur majorité, constituent un Etat dans l’Etat. Ils ont leur propre loi. Ils l’appliquent et rien ne semble les dissuader. Signalons au passage qu’ils ont largement profité de la dernière grève de leurs congénères individuels, en donnant libre cours à leur inspiration. Ils prenaient le double du nombre de passagers tolérés. Personne ne les inquiétait. Espérons qu’il n’y a pas eu d’accidents.

Les taxis individuels, tels que nous l’avions constaté, ont décrété une grève ouverte à partir du mercredi 21 septembre 2022. Ils revendiquent l’augmentation des tarifs, une garantie pour leur sécurité, un accord avec les banques concernant la méthode d’octroi des crédits et la révision des prix des voitures. C’est leur droit de faire grève. Mais, encore une fois, le consommateur, ce citoyen que personne ne respecte, que devient-il ?

Des applications qui font mal

Déjà se pose le problème relatif aux courses en ayant recours aux «applications» qui ont plumé plus d’un. Le ministère concerné a beau rappeler qu’ «il y a un tarif pour le transport via taxis qui est préfixé par le ministère depuis 2019. Tout chauffeur ou société qui ne respectent pas ce tarif sont hors la loi et s’exposent à une amende ».

Promulguer une loi, c’est bien, mais comment l’appliquer et la faire respecter? Doit-on mettre un policier dans chaque taxi pour prendre la main dans le sac ceux qui refusent des courses en ayant recours aux différentes applications qui deviennent d’ailleurs de plus en plus nombreuses et qui sont hors la loi ?

Depuis quelques années, les Tunisiens subissent le joug de plusieurs sociétés censées mettre à disposition un service de transport via taxis, accessible sur une application mobile. Les prix des courses ont subi des augmentations insupportables. Par voie de conséquence, aux côtés des prix exorbitants, il y a la difficulté de trouver un chauffeur de taxi ‘’régulier’’. Bon nombre d’entre eux ont rejoint les sociétés, préférant engranger de plus larges profits que la tarification imposée par les autorités.

Nombre et efficacité

La Tunisie avec ses 12 millions d’habitants compte plus de taxis qu’un pays 5 fois beaucoup plus peuplé, comme la France. La flotte des taxis individuels est estimée à plus de 30.000 véhicules répartis sur l’ensemble des gouvernorats du pays, dont environ 17.000 opérant dans le Grand-Tunis.

Mais réellement le Grand-Tunis compte plus de 25.000 taxis et plus de 30.000 chauffeurs assurant le transport de plus de 1.500.000 passagers par jour. C’est dire que tout est à revoir dans ce domaine bien particulier. Cela va de la gestion de ce parc, aux services qu’il rend, en passant par la filtration des autorisations à donner.

Les solutions relatives aux moyens de transport qui opèrent actuellement dans un flou artistique qui n’arrange pas les choses, pour le moment, lèse la clientèle, sont à trouver et en urgence.

La controverse autour de l’application mobile «Bolt» s’amplifie à l’heure où les applications mobiles de transport individuel commencent à connaître des difficultés, à cause de leur illégalité et du vide juridique qui régit leur activité…

Réglementations violées

Les sociétés étrangères implantées en Tunisie depuis 2019 sont actives dans une trentaine de pays. En opérant tel qu’elles le font actuellement, elles violent la réglementation des ‘’données personnelles’’. Chawki Gaddes, président de l’Instance nationale de protection des données personnelles, précise que ‘’l’application Bolt viole la loi concernant les données des utilisateurs. Ces sociétés n’ont pas effectué de demande ni de déclaration auprès de l’Instance. En effet, si elles traitent les données personnelles des clients, elles doivent faire auparavant une demande de traitement auprès de l’INPDP’’.

L’application Bolt étant étrangère, les données sont stockées à l’étranger. Or, selon Gaddes, Bolt Tunisie aurait dû effectuer une autorisation de transfert des données de l’étranger. “L’activité de Bolt est illégale du point de vue des données personnelles. Nous avons le droit de fermer l’application, mais nous n’irons pas jusque-là. Plusieurs applications ne respectent pas les règles et ne sont pas pour autant fermées”. Dans ce cas, à quoi sert une loi ?

Des…avantages quand même

De toutes les façons, la polémique ne s’arrêtera pas là et le dossier n’est pas près d’être convenablement ficelé. Pour éviter un extrémisme de mauvais aloi, il faudrait reconnaître que les courses par «application » ont leurs avantages : plus de sécurité, surtout pour les personnes âgées, les dames seules, la ponctualité, etc. C’est pour cela que le dossier est important et qu’il faudrait conserver ce qui est valable, opérationnel et utile et écarter ce qui pourrait donner l’impression que l’on piège le client en appliquant des tarifs dépassant tout entendement.

Il n’est un secret pour personne que des taximen refusent de prendre des clients parce qu’ils ne sont pas sur leur chemin. Cette pratique est aussi illégale. « Il faut que le client à ce moment-là dénonce le chauffeur en relevant la plaque et en déposant plainte au ministère. Une enquête sera alors ouverte ». Comment ? A qui s’adresser ? Cette alternative n’est-elle pas une voie de garage proposée pour noyer le poisson dans l’eau ? Elle n’est franchement pas opérationnelle et il faut trouver autre chose.

Reconnaissons quand même qu’il y a des sanctions prises à l’encontre d’un bon nombre de ces fraudeurs, mais la situation est beaucoup plus sérieuse et exige que l’on mette fin à cette violation de la loi par des mesures concrètes.

Une autre flotte de taxis

La solution, pour protéger les utilisateurs de taxis, mettre un terme à ce que beaucoup considèrent comme du…  banditisme, appliquer la loi, et certainement donner la chance à ceux qui chôment de travailler en toute légalité, pourrait peut-être venir de la création d’une nouvelle flotte de taxis dont les chauffeurs s’engagent à appliquer strictement et uniquement les tarifs du compteur. Ce sera aux clients de faire leur choix en prenant leurs responsabilités et aux taximen de choisir dans quel créneau ils voudraient opérer. Il y aura une levée de boucliers contre cette proposition, mais les chauffeurs de taxis devraient se mettre à la place de cette clientèle qu’ils maltraitent et que les départements concernés sont tenus de protéger.

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