L’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi) a conçu une approche pour résoudre un problème socioéconomique majeur en Tunisie, ainsi qu’à la Côte d’Ivoire, à savoir les taux de chômage élevés chez les jeunes et les femmes. Dans le contexte industriel, le problème principal réside dans le manque de politiques et de mécanismes dédiés ainsi que des capacités et des infrastructures permettant de tirer parti de l’industrie 4.0 dans la promotion de la croissance et de l’emploi des jeunes.

L’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi) et le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) ont organisé, sous l’égide de Neila Nouira Gongi, ministre de l’Industrie, des mines et de l’énergie, la cérémonie de lancement du projet « Employment 4 Youth-l’Industrie 4.0 pour favoriser l’emploi des jeunes en Tunisie et en Côte d’Ivoire », à Tunis. Cette initiative aide la Tunisie et la Côte d’Ivoire à accroître la compétitivité des PME et la création de l’emploi en plus d’améliorer les conditions de travail des jeunes en consolidant un écosystème d’économie numérique. Le projet permet également, d’améliorer la compétitivité des entreprises industrielles et leur insertion dans des chaînes de valeurs, fixés par la stratégie industrielle et d’innovation à l’horizon 2035, et ce, à travers le renforcement de l’écosystème entrepreneurial et à l’amélioration de la formation et à l’insertion sur le marché du travail.

Innovation et création de la valeur

Dans son allocution, Hichem Elloumi, vice-président de l’Utica, a déclaré que la situation économique est déjà très difficile suite à la guerre entre l’Ukraine et la Russie. « En effet, on retient dans le lancement de ce projet deux mots clés : L’Industrie 4.0 et l’Emploi des Jeunes : deux grands dossiers pour notre pays. Aujourd’hui, nous sommes à l’ère de la 5G, du Cloud, de l’IOT, des robots intelligents, des « Smart Cities, de l’industrie 4.0… Il faut être vigilant, l’évaluation des impacts de ce changement, le partage des savoir-faire, le développement de compétences, l’implication de l’administration avec des mesures fermes à prendre, l’implication du secteur privé et les différents types d’entreprises : Groupes, PME et start-up sont autant d’étapes indispensables à respecter pour aboutir à une vraie transformation qui soit un vecteur de développement pour notre économie ».

Fin 2012 et dans sa vision 2020 intitulée « des entreprises compétitives pour plus de croissance et plus d’emplois », l’Utica avait, selon Elloumi, comme ambition d’avoir une économie tirée par l’innovation et la création de la valeur: «C’est pour vous dire l’importance que nous accordons à ces thématiques ».

Elloumi a fait savoir que la centrale patronale est consciente de l’importance de l’innovation  pour  les différents secteurs économiques consommateurs de digital. Elle s’est lancée, en tant que représentant du secteur privé, de l’industrie, du commerce et des services, à travers le programme « Link4Inn », dans une dynamique d’actions pour promouvoir l’innovation et les technologies dans les diverses filières économiques, en partenariat avec les entreprises du numérique et les start-up tunisiennes et africaines.

Elloumi  a ajouté : «Nous sommes conscients que nos entreprises dans divers secteurs ont encore beaucoup de chemin à parcourir dans ce domaine, mais conscients aussi que ces secteurs ne pourront justement se développer dorénavant, au niveau régional ou mondial, sans s’investir dans cette innovation, par l’investissement direct ou par l’usage. Le développement des compétences a toujours été au cœur de la stratégie du développement numérique du pays. Certes, on dispose de ressources humaines de haut niveau, d’un réservoir de compétences reconnues, mais il est temps d’élaborer une politique de formation et d’emploi, visant à adapter la formation aux besoins des orientations stratégiques en termes de choix technologiques. L’humain doit être à la fois créateur de valeur, architecte de la transformation et accélérateur de l’innovation». Selon lui, réussir le passage vers la technologie 4.0 implique un leadership numérique fort de la part des gestionnaires. Ainsi, les décisions managériales jouent un rôle absolu dans la transformation digitale puisqu’elles ont une influence certaine sur la motivation et l’engagement des employés. La nouvelle mesure du XXIe siècle pourrait être « l’Initiative Nationale Industrie 4.0 » qui viserait à assurer une accélération industrielle et technologique de la Tunisie et de l’Afrique à l’horizon 2030, en apportant à l’entreprise le nouvel écosystème entrepreneurial dont elle a besoin aujourd’hui pour réussir dans la mondialisation.

De son côté, Fritz Jung, chef de la coopération allemande à l’ambassade de la République Fédérale d’Allemagne à Tunis, a mentionné ; « Nous sommes convaincus que l’Onudi, en tant qu’organisation internationale spécialisée, peut contribuer à former des éléments importants pour cette transition. C’est pourquoi le gouvernement allemand, à travers le ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement (BMZ), a mis à disposition les fonds nécessaires pour le projet de coopération de l’Onudi avec la Tunisie. Ce projet renouvelle donc notre engagement à soutenir notre partenaire national dans la création d’une industrie 4.0 prospère, créatrice d’opportunités et d’emplois ».

Industrie 4.0, une étape cruciale pour la Tunisie

En effet, l’Industrie doit intégrer des technologies avancées dans ses processus pour permettre à la Tunisie de faire un bond en avant dans la compétitivité mondiale. Au-delà de digitaliser les processus, le défi réside dans la sensibilisation des différents acteurs de l’écosystème sur la nécessité de cette transformation et l’accompagnement par le développement des compétences et de l’expertise permettant la maîtrise de nouvelles technologies. En 2018, l’initiative nationale « vers une industrie 4.0 » en Tunisie, lancée par le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Energie et appuyé par la GIZ, a vu le jour. Elle se traduit par un ensemble d’actions de diagnostic, de préparation, d’appui et d’accompagnement de différents acteurs de l’écosystème. Jusqu’ici, l’initiative soutenue par un grand programme de coopération bilatérale sur la transformation digitale a contribué à  la sensibilisation de 20.000 personnes, la création de 2.000 emplois , la formation de 800 formateurs, étudiants, startuppeurs, agents publics et employés d’entreprises.  Cette initiative a également permis la création de cinq centres de compétences en industrie 4.0, dont deux sont multisectoriels, à Sousse et à Sfax, et trois autres axés sur des secteurs prioritaires comme le textile, l’agroalimentaire et le secteur pharmaceutique, et ce, dans les technopoles des différentes régions (Monastir, Sidi Thabet et Bizerte). La coopération allemande a accompagné 100 PME industrielles pour l’intégration de solutions industrie 4.0, avec l’objectif d’atteindre 350 entreprises accompagnées d’ici mars 2024. « Aujourd’hui, nous nous réjouissons de l’arrivée de l’Onudi qui doit compléter le soutien à ce grand effort national public et privé vers une transition réussie de l’industrie tunisienne. Grand est le défi que nous souhaitons relever ensemble», a conclu Fritz Jung. 

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