Les régions intérieures du pays qui s’étalent sur plus de 85% du territoire et qui abritent plus du tiers de la population constituent une chance pour la croissance et pour le développement du pays. Dans les dix prochaines années, toute œuvre de développement doit s’opérer dans le but d’extraire les régions de leur dépression économique et permettre à leurs populations d’avoir les mêmes chances que le reste de la population du pays.

Dans son rapport économique intitulé «La Tunisie en 2025», l’Institut tunisien des études stratégiques (Ites) a proposé un projet de «Plan régions» qui esquisse une nouvelle vision du développement régional, des villes, des infrastructures et de l’aménagement du territoire.

Diagnostic

En établissant un diagnostic exhaustif, le rapport montre que tous les indicateurs de l’activité économique, du chômage, de la pauvreté et du développement humain sont faibles dans les 14 gouvernorats de l’intérieur. «Les politiques des années 1990 et 2000 n’ont pas corrigé ce déséquilibre régional, voire l’ont creusé ». Paradoxalement, et en termes d’investissements publics dans les régions, l’Etat n’a pas failli. «Ce sont les investissements privés dans les secteurs productifs les plus porteurs qui ont déserté les régions. En réalité, les politiques publiques sont responsables de la faiblesse des investissements privés dans les régions, puisqu’elles ont encouragé plutôt les investissements sociaux de rattrapage et non ceux qui devraient créer les conditions les plus à même d’attirer et de pérenniser les entreprises dans les régions intérieures».

Il a été suggéré dans le diagnostic le retour aux investissements publics dans les régions non pas sous la forme de création d’entreprises publiques, mais plutôt sous la forme d’infrastructures de transport, de communication, de technologie et de logistique pour créer l’environnement adéquat à la création d’entreprises économiques.

Autant dire que ces infrastructures «ne seraient pas efficientes sans une vision plus claire, en termes d’aménagement du territoire. En effet, et pour des raisons économiques évidentes, il n’est pas permis aujourd’hui de disperser les moyens financiers et humains sur tout le territoire des régions intérieures », précise l’Ites dans son rapport. Bien au contraire, il est vivement recommandé « de concentrer les efforts d’équipements en infrastructures et en logistique sur les nœuds, les points, finalement les villes les plus importantes, en termes de taille démographique et économiques. Celles-ci devraient, par la suite, polariser, à leur tour, les villes qui se trouvent en bas de l’échelle de l’armature urbaine régionale ».

Vision prospective

La nouvelle vision de l’Ites pour les régions est fondée sur une refonte de l’aménagement du territoire et un redéploiement géostratégique du positionnement de notre pays dans le monde.

Cette vision pour les régions à l’horizon 2025 se résume ainsi: «Toutes les régions seront interconnectées et contribueront activement à l’insertion de la Tunisie dans l’économie mondiale. Cette insertion donnerait aux régions intérieures la possibilité d’attirer les entreprises tant nationales qu’internationales, et de contribuer à la diversification de leur base productive», selon la même source. Les régions seront une chance supplémentaire pour la croissance et le développement du pays et non une charge.

Pour concrétiser cette vision, l’Ites estime qu’il faut que certaines conditions sine qua non soient réunies, dont le rétablissement de la sécurité et la paix civile sur tout le territoire, la confirmation d’une approche étatique volontariste vis-à-vis du développement régional. Par ailleurs, «un changement de paradigme au niveau de l’aménagement du territoire est indispensable afin d’encourager une métropolisation littorale efficiente et concentrer les efforts de développement dans les régions sur des ’’métropoles d’équilibre’’, se limitant à dix villes».

Cette vision pourrait être concrétisée par l’initiation d’un plan d’action d’envergure, un véritable Plan Marshall Régions.

Orientations stratégiques et mesures prioritaires

Le Plan Régions proposé se décline en deux orientations stratégiques : une composante infrastructure et logistique et une composante aménagement du territoire. La composante infrastructure et logistique vise à désenclaver et connecter définitivement, et à un niveau de qualité international, les régions intérieures aux régions du littoral Est et au monde. «Cela nécessite un grand rattrapage en équipements de tous les réseaux (autoroutes, routes, pistes, chemins de fer, réseaux TIC, ports et aéroports, plateformes logistiques, zones franches, etc.).

La composante aménagement du territoire consiste en une correction, sur le long terme, des armatures urbaines des régions intérieures. Celle-ci «vise la création de dix ’’métropoles d’équilibres’’ capables d’impulser le développement en attirant les investissements privés nationaux et étrangers».

Un tel Plan Régions produira ses résultats les plus tangibles au cours du Plan de développement 2023-2025.

Selon les statistiques fournies dans ce rapport, les zones de développement régional bénéficieront de 50 % des investissements publics, soit 55 milliards de dinars sur la période, tandis que les investissements privés dans ces régions seront d’un montant de 65 milliards de dinars. Soit un volume global d’investissements publics et privés pour le Plan Régions de 120 milliards de dinars durant les dix prochaines années, c’est-à-dire une moyenne annuelle d’investissement global de 12 milliards de dinars.

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