Ahmed Landolsi, acteur principal dans le film “Saffeh Nabeul” (Even God Won’t Forgive) de Karim Berhouma, à La Presse : «Avec le recul, les images du film me donnent des frissons !»

 

C’est le premier thriller tunisien qui traite le sujet d’un tueur en série. C’est l’histoire du fameux «Saffeh Nabeul» (Le bourreau de Nabeul), pédophile et tueur d’enfants. Une histoire qui a secoué la Tunisie dans les années 80. Le personnage est nouveau dans notre cinéma et c’est Ahmed Landolsi qui porte ce rôle sur ses épaules. Il nous a accordé cet entretien.

De quelle manière avez-vous été casté pour interpréter le rôle de Naceur Damergi (Saffeh Nabeul) dans ce film ?

C’était un peu surprenant pour moi, d’autant plus qu’il n’y a pas une grande ressemblance physique entre Saffeh Nabeul et moi.  Lorsque le réalisateur Karim Berhouma m’a proposé le rôle, j’ai évoqué la question de la ressemblance, mais, lui, il privilégiait l’acting sur la ressemblance. J’avoue que chaque acteur rêve de jouer ce rôle s’il lit la manière dont le film a été écrit. C’est le genre de rôle qui vous hisse vers une catégorie supérieure d’acteurs.

Le film a tout de même traîné cinq ans… Des problèmes financiers sans doute … ?

Effectivement ! C’est un film qui n’est pas subventionné et à un certain moment nous avons constitué une coproduction avec plusieurs amis, je suis moi-même entré dans la coproduction avec Mejdi Husseini, Nebil Chaouch, Oussama Safi, Zied Ben Ahmed. Nous avons aussi travaillé sur le «low budget» et j’encourage ce genre de production qui ouvrira beaucoup de portes à nos jeunes qui sortiront bientôt des écoles de cinéma. Il suffit juste de développer un parc de salles important en Tunisie…    

Vous avez effectué un rôle de composition. Comment vous vous êtes préparé pour entrer dans la peau de Naceur Damergi qui demeure, jusque-là, l’unique tueur en série dans l’histoire de la Tunisie ?

Au fait, tout est lié aux objectifs de l’acteur.

D’ailleurs, je me considère toujours comme un projet d’acteur, aujourd’hui le terme acteur est  galvaudé…. L’acteur doit passer par différentes étapes pour mériter ses galons, c’est comme à l’armée… Fethi Haddaoui, Sleh Msadek et Kamel Touati par exemple on peut leur donner le qualificatif «acteur». Mon objectif c’est atteindre le grade qui permettra de me désigner comme acteur. Mon ambition est de devenir acteur et ce rôle est une belle opportunité pour moi.

C’est un rôle que j’ai composé du geste au regard et jusqu’à la démarche du personnage. Le travail de recherche sur Naceur Damergi m’a beaucoup aidé dans ce sens.

En regardant ses vidéos  après son arrestation, j’ai découvert par exemple qu’il était gaucher. Un détail que personne ne connaît et que j’ai introduit dans mon jeu.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées pour acter ce rôle ?

Le plus difficile était de se débarrasser d’Ahmed Landolsi l’ordinaire et Ahmed Landolsi le père très tendre avec les enfants. Je me retrouve dans ce film à interpréter Naceur, un assassin qui a fait beaucoup de mal aux enfants…

Aujourd’hui, avec le recul, les images du film me donnent des frissons, c’est comme si je refusais le fait que j’ai interprété ce rôle.

Après le tournage, vous avez eu du mal à se débarrasser de ce personnage ?

Bien sûr que cela marque, mais personnellement je crois beaucoup à la technique de l’acteur. Cette technique m’a beaucoup aidé à me débarrasser de la peau du bourreau de Nabeul.

D’autant plus qu’en sortant de ce film sur le bourreau de Nabeul je suis  entré dans la production d’un film pour enfants  avec toute la tendresse que cela représente.

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