L’inclusion financière à l’ère digitale | Adam Mokrani, chercheur en droit économique à La Presse : «La digitalisation offre une opportunité d’augmenter la compétitivité des entreprises sur le marché international»

 

La digitalisation de la finance a le potentiel d’augmenter significativement l’interconnexion numérique avec l’administration tunisienne. Cela est particulièrement pertinent pour la digitalisation des services administratifs et leur suivi, notamment par l’administration fiscale. Les procédures actuelles représentent souvent un fardeau bureaucratique pour de nombreuses entreprises, en particulier les PME.

Quel est l’impact de la digitalisation sur l’inclusion financière en Tunisie ?

La transformation numérique en Tunisie a un impact profond sur l’inclusion financière. Elle ouvre les portes des services financiers à des segments plus larges de la population, notamment dans les zones rurales et parmi les communautés moins desservies. Avec l’avènement du banking mobile et des transactions en ligne, les obstacles traditionnels tels que la distance et le coût diminuent, permettant une intégration plus large dans le système financier. Cette évolution est un levier pour l’économie numérique, favorisant une participation plus équitable et étendue.

Parallèlement, l’éducation financière joue un rôle crucial. Il est impératif de familiariser la population, notamment les moins connectées, avec les outils numériques. Des programmes d’éducation et de sensibilisation doivent être mis en place pour garantir que la digitalisation ne constitue pas un obstacle, mais plutôt un levier d’inclusion financière.

Depuis quelques années, la digitalisation de la finance s’accélère et est en forte progression dans les entreprises. Facturation numérique, gestion automatisée des données financières de l’entreprise, suivi et analyse de données… Comment ces entreprises peuvent-elles profiter pleinement du processus de digitalisation ?

Pour que les entreprises tirent pleinement parti de la digitalisation, plusieurs étapes clés doivent être suivies. Premièrement, l’automatisation de la gestion des données financières est primordiale.

Cela garantit non seulement une plus grande précision et réduit les erreurs, mais libère également des ressources pour des initiatives stratégiques. Deuxièmement, l’exploitation des outils d’analyse de données est essentielle pour obtenir des perspectives approfondies sur les performances de l’entreprise et les tendances du marché. Troisièmement, la sécurité des données est un aspect crucial. Les entreprises doivent adopter des mesures de cybersécurité solides et respecter les normes réglementaires.

Enfin, promouvoir une culture d’entreprise qui valorise l’innovation numérique et la formation continue est essentiel pour rester compétitif dans un paysage en constante évolution.

Par ailleurs, la digitalisation de la finance a le potentiel d’augmenter significativement l’interconnexion numérique avec l’administration tunisienne. Cela est particulièrement pertinent pour la digitalisation des services administratifs et leur suivi, notamment par l’administration fiscale. Les procédures actuelles représentent souvent un fardeau bureaucratique pour de nombreuses entreprises, en particulier les PME. La digitalisation offre une opportunité de moderniser ces processus et d’augmenter la compétitivité des entreprises tunisiennes sur le marché international. En allégeant les charges administratives et en facilitant la croissance des entreprises, la digitalisation de la finance se présente comme un pilier central de l’économie tunisienne.

Quelles sont vos perspectives pour les années à venir, et quels plans faut-il envisager pour promouvoir davantage le Digital en Tunisie, notamment dans le secteur financier ?

En tant qu’avocat spécialisé dans le droit des affaires, j’essaye de m’impliquer dans le mouvement de digitalisation qui transforme l’économie tunisienne.

Mon activité professionnelle s’oriente de plus en plus vers l’accompagnement des acteurs de ce secteur dans leur transition numérique. J’ai récemment eu l’opportunité d’accompagner l’un des premiers prestataires potentiels en Crowdfunding en Tunisie, en rédigeant des modèles contractuels conformes aux exigences légales. Ce travail s’inscrit dans une démarche plus large de sensibilisation et de développement du droit du numérique en Tunisie, un domaine crucial pour faciliter l’accès aux services financiers et permettre une évolution harmonieuse du secteur financier face aux défis de la digitalisation.

La Tunisie est en effet à l’avant-garde de la révolution numérique, notamment dans le domaine financier. L’adoption croissante des technologies digitales par les institutions financières est un signe prometteur. L’essor des applications bancaires mobiles et des services en ligne est une tendance qui devrait s’intensifier, marquant une ère de modernisation et d’efficacité accrue. Dans ce contexte, le Crowdfunding se présente comme un moteur potentiel pour la digitalisation financière. En promouvant les plateformes de financement participatif, nous ouvrons de nouvelles voies de financement pour les entrepreneurs et encourageons l’adoption des transactions numériques parmi la population. Mon engagement en tant qu’avocat auprès de divers organismes vise à promouvoir cette culture de financement participatif, essentielle pour faciliter l’accès au financement et digitaliser les formes traditionnelles de financement communautaire.

Par ailleurs, la collaboration avec les entreprises FinTech est essentielle pour apporter des innovations telles que les paiements mobiles et la gestion numérique des actifs. L’éducation et la sensibilisation jouent un rôle crucial pour faciliter la transition vers un écosystème financier numérique, tant pour les professionnels du secteur que pour le grand public.

Enfin, un aspect fondamental de mon travail concerne le volet réglementaire. Il est impératif que le cadre législatif et réglementaire évolue pour accompagner et soutenir cette transition numérique. Des réformes sont nécessaires pour intégrer les nouvelles technologies, simplifier les procédures, protéger les données et sécuriser les transactions en ligne, d’où ma collaboration avec des plateformes simplifiant les démarches administratives comme Idaraty.tn. En tant qu’avocat, je travaille sur les aspects liés à la protection des données personnelles et à la Cyber sécurité, éléments vitaux pour sécuriser la transformation numérique du secteur financier. Cette transformation doit répondre à deux impératifs : la sécurité et la rapidité. Il est de notre rôle, en tant qu’avocats, d’assurer la sécurité juridique des opérations, conformément aux textes nationaux et aux standards internationaux.

Notre cabinet d’avocats se développe dans ces segments car le rôle de l’avocat évolue.

Nous ne sommes plus seulement des prestataires intervenant en phase contentieuse, mais des acteurs économiques accompagnant les entreprises tout au long de leur développement pour prévenir les failles réglementaires et administratives. Je m’implique également avec les organisations de la société civile pour sensibiliser davantage les communautés à l’importance de l’éducation financière, en valorisant les modalités de financement en Tunisie.

Cette sensibilisation ne doit pas être limitée aux grandes villes, mais étendue aux régions moins développées, d’où mon engagement en faveur du Crowdfunding. Les tables rondes et ateliers auxquels je participe servent d’outil de plaidoyer pour moderniser le cadre réglementaire, assurant ainsi une transition numérique sécurisée et efficace pour le secteur financier tunisien.En conclusion, la Tunisie doit s’engager résolument dans la voie de la digitalisation de son secteur financier, avec un accent particulier sur l’inclusion financière et l’innovation technologique. Les entreprises, en embrassant pleinement cette transformation numérique, peuvent non seulement améliorer leur efficacité mais aussi jouer un rôle déterminant dans l’économie numérique émergente du pays.

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