Coopération économique, échanges commerciaux et liaisons aériennes: L’Afrique, notre présent et notre avenir ?

La coopération avec l’Afrique revêt une importance stratégique majeure pour la Tunisie, tant sur le plan économique que politique. En favorisant des partenariats solides avec les nations africaines, la Tunisie peut bénéficier d’opportunités économiques significatives, stimulant ainsi la croissance et le développement, alors que le monde entier semble faire les yeux doux à notre continent.


La Tunisie, comme plusieurs autres pays, aspire à développer sa coopération et ses échanges commerciaux et économiques avec l’Afrique. Mais si la Tunisie fait bel et bien partie de ce continent, elle a toujours orienté ses stratégies vers le nord et vers des partenaires dits classiques. Aujourd’hui, il est grand temps de choisir un modèle d’ouverture aux pays africains subsahariens.

Cette ouverture a été confirmée par les nombreux accords de libre-échange signés avec le continent africain au cours de la dernière décennie, sauf que pour les économistes, ces efforts restent en deçà des attentes tant que des pays concurrents ont déjà conquis ce marché hautement prometteur.

Si, sur le plan économique, les échanges avec le continent noir se sont développés, d’autres aspects sont à la traîne notamment en ce qui concerne les liaisons aériennes et les représentations diplomatiques dans certaines capitales africaines. A fin août 2023, les échanges commerciaux entre la Tunisie et les pays africains ont atteint 9.608,9 millions de dinars contre 7.697,7 millions de dinars au cours des huit premiers mois de l’année 2022, soit une augmentation d’environ 25%. Ces échanges commerciaux ont atteint à fin novembre 2023 un montant de 13 milliards de dinars, soit une augmentation considérable par rapport à l’année d’avant. Cependant, 46% des échanges commerciaux de la Tunisie avec les 53 pays africains se font exclusivement avec l’Algérie ce qui pose un problème au niveau de la diversification des marchés africains ciblés.

De même, selon les chiffres de l’INS, sur la période allant de janvier à novembre 2023, les importations de la Tunisie en provenance des pays africains ont atteint 7 186,2 millions de dinars. La valeur des exportations tunisiennes vers les pays africains a atteint à fin novembre 2023 un montant de 5 875,9 millions de dinars, soit un déficit de la balance commerciale avec les pays africains de 1,3 milliard de dinars. D’où la nécessité de développer nos exportations vers certains marchés africains.  

Faciliter l’accès à l’information

Que faut-il donc faire pour développer davantage la présence de la Tunisie et des entreprises tunisiennes en Afrique et dans certains marchés africains ? Sarra Sassi, présidente d’un holding de 13 filiales en Afrique et ancienne membre du bureau exécutif de la Conect international, livre son témoignage et plaide en faveur d’un accompagnement de la part de l’Etat. « Nous avons toujours dit que l’Afrique est l’avenir, mais nous, nous le vivons actuellement et concrètement. C’est à l’Etat donc de mettre sa stratégie de développement de sa coopération avec l’Afrique subsaharienne, d’autant plus que des puissances mondiales font les yeux doux à ces marchés », a-t-elle dit.

Selon ses dires, le premier obstacle face au développement de la présence tunisienne en Afrique demeure le manque d’information. « Ce continent manque d’information, et tous les investisseurs sont sanctionnés par ce problème car la source fiable de l’information est rare », a-t-elle expliqué à La Presse, insistant sur le rôle de l’Etat dans l’accompagnement des sociétés tunisiennes qui veulent s’installer en Afrique dans la recherche d’information et dans le réseautage.

Et de souligner que le difficile accès aux marchés africains reste un défi à relever pour les sociétés tunisiennes. En effet, elle explique que l’Afrique est composée de nombreux pays, chacun ayant ses propres lois, réglementations, langues et cultures. La diversité économique et politique entre les pays peut rendre complexe l’adaptation d’une stratégie unique pour toute la région, mais, ajoute-t-elle, l’Afrique reste une grande opportunité en dépit de plusieurs contre-vérités.

Et de conclure que l’amélioration du cadre d’information et d’accompagnement au profit des entreprises tunisiennes qui souhaitent s’installer en Afrique est l’un des leviers importants pour développer la compétitivité économique de la Tunisie et renforcer sa position au niveau continental, outre le développement des exportations et des liaisons aériennes.

Faible liaison aérienne

En effet, la Tunisie souffre d’une faible liaison aérienne avec son continent. Hormis les capitales voisines, comme Alger, le Caire ou encore Rabat, la Tunisie n’a pas pu, historiquement, développer son trafic aérien avec l’Afrique noire. Il suffit de consulter le site du transporteur national, Tunisair, pour savoir que Tunis est reliée seulement à six capitales africaines subsahariennes souvent par le biais de vols hebdomadaires.

Même si la demande reste faible sur certaines connexions avec des pays africains, une liaison aérienne directe facilite toujours le transport des marchandises entre la Tunisie et d’autres pays africains. Cela pourrait stimuler les échanges commerciaux en réduisant les délais de livraison et les coûts associés au transport. De même, une liaison aérienne directe peut attirer davantage de touristes en provenance d’autres pays africains. Cela contribuerait à stimuler le secteur du tourisme en Tunisie, créant ainsi des emplois et générant des revenus pour l’économie locale.

Dans ce sens, une source au sein de Tunisair nous explique que la compagnie étudie actuellement le lancement progressif de certaines liaisons avec des capitales subsahariennes, même si l’ancienne expérience a montré que ces liaisons ne sont pas forcément rentables. On nous explique que dans une première étape Tunisair envisage de lancer une nouvelle ligne avec Douala la capitale économique du Cameroun.

Une africanité à ne pas oublier !

A un certain moment, même sur le plan culturel et identitaire, le Tunisien semble avoir oublié son africanité et son ancrage historique lié à ce continent auquel la Tunisie avait donné le nom d’Ifriqiya. Cependant, le discours officiel plaide en faveur du développement de la présence de la Tunisie en Afrique. D’ailleurs, le Chef de l’Etat ne rate aucune apparition médiatique pour évoquer l’attachement de la Tunisie à sa dimension africaine et à son identité ancrée dans ce continent. Le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Nabil Ammar, qui participe aux travaux de la 44e session du Conseil exécutif de l’Union africaine a également souligné que la Tunisie s’inscrit totalement dans une démarche africaine.

Dans une allocution prononcée, mercredi, Nabil Ammar a souligné la nécessité d’impliquer davantage le secteur privé dans la promotion du commerce afro-africain et du développement du réseautage entre les hommes d’affaires africains. Il a, à cette occasion, mis l’accent sur les mesures prises par la Tunisie dans la mise en œuvre de cet important acquis africain, dont notamment l’adhésion récente de la Banque centrale de Tunisie au système de paiement et de règlement panafricain (Papss), selon un communiqué du département des Affaires étrangères.

Cet attachement se matérialise, selon ses dires, par sa politique étrangère, économique, mais aussi par l’accueil sur son sol de plus de 7 500 étudiants subsahariens, qui suivent leurs études supérieures chaque année en Tunisie, a-t-il laissé entendre. 

Laisser un commentaire