Vers un nouveau code des eaux : Quelles solutions pour faire face à la crise de l’eau ?

 

En Tunisie, les ressources en eau sont vitales pour la vie quotidienne, l’agriculture, l’industrie et l’écosystème, la question de la gestion de l’eau revêt une importance cruciale. Cependant, cette gestion est de plus en plus complexe en raison des défis croissants liés au stress hydrique.

La situation de l’accès à l’eau inquiète de plus en plus en Tunisie. Malgré les récentes précipitations, le niveau d’alerte demeure élevé, alors que le pays se prépare à un nouvel été difficile, notamment dans les zones intérieures.

En effet, à l’approche des grandes chaleurs, le niveau de remplissage des barrages est toujours en deçà des moyennes et les préicipitations saisonnières se font de plus en plus rares, laissant craindre une aggravation du stress hydrique. C’est dans ce contexte que le gouvernement se penche actuellement sur un nouveau code des eaux dans l’ambition de faire face à cette situation extrêmement inconfortable pour les citoyens comme pour les autorités.

Si la situation inquiète, la question de l’accès à l’eau est suivie au plus haut niveau tant par le Chef de l’Etat que par le Chef du gouvernement. D’ailleurs, Ahmed Hachani a présidé récemment un conseil ministériel restreint consacré à l’examen du projet du nouveau code des eaux. Autant rappeler que le code des eaux adopté en 1975 n’est plus en adéquation avec la situation actuelle, notamment avec les répercussions du changement climatique sur la région méditerranéenne.

Dans ce cadre, le ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Abdelmonem Belati, a présenté un exposé sur les grandes lignes du nouveau Code des eaux visant à réformer la gouvernance de la propriété publique de l’eau, à mettre en place des mécanismes de gestion intégrée et durable. Ce code vise, également, à s’adapter au changement climatique, à préserver et à valoriser les ressources hydriques.

Une approche globale

Si le Conseil des ministres a recommandé d’élaborer une version finale du projet en question, ses grandes lignes sont désormais connues. Cela tourne principalement autour de la gestion durable des ressources hydriques, la gouvernance et la planification, le financement et l’investissement, la promotion, l’innovation et les nouvelles technologies, outre les aspects légaux et la protection des ressources hydriques publiques, notamment les nappes phréatiques.

En effet, l’objectif principal étant de mettre en place une approche globale de la gestion de l’eau, prenant en compte tous les aspects de la gestion des ressources, y compris l’approvisionnement en eau, l’assainissement, l’irrigation. Cet aspect inclut également la promotion de l’adoption de technologies efficaces pour l’utilisation de l’eau dans l’agriculture, l’industrie, les municipalités et les ménages, et notamment la question du dessalement de l’eau de mer.

D’après ce premier draft, l’intégration de la gestion des ressources en eau dans les stratégies d’adaptation aux changements climatiques, en tenant compte des variations attendues des précipitations, de l’évaporation et des températures, demeure une priorité.

90% des ressources utilisées pour l’eau potable ou l’irrigation proviennent des eaux souterraines

Pour revenir à ce nouveau code, l’experte internationale dans la gestion intégrée des ressources en eau et l’adaptation au changement climatique, Raoudha El Guefraj, contactée par notre journal, explique que cette première version doit détailler davantage certains aspects surtout en lien avec les lois.

Cependant, elle estime que les efforts pour mettre en place un tel code, notamment dans cette conjoncture difficile, sont louables. «Mais il s’avère nécessaire de diagnostiquer la situation hydrique du pays convenablement, avant de finaliser ce projet car la Tunisie vit des épisodes récurrents de sécheresse et est en situation de stress hydrique depuis trente ans», rappelle-t-elle.

Appelant à une approche participative dans l’élaboration du nouveau code, Guefraj fait remarquer que l’Etat doit se pencher sur la situation des eaux souterraines car «90% des ressources utilisées pour l’eau potable ou l’irrigation proviennent des eaux souterraines, alors que le gouvernement concentre ses efforts sur les eaux de surface».

Le dessalement, une arme à double tranchant ?

Si le stress hydrique bat son plein en Tunisie et risque de s’aggraver davantage, le gouvernement semble se diriger vers la multiplication des stations de dessalement d’eau de mer. En effet, le dessalement de l’eau de mer est souvent considéré comme une solution potentielle pour atténuer les effets du stress hydrique, notamment dans les régions où les ressources en eau douce sont limitées et où les besoins en eau sont élevés.

En Tunisie, plusieurs projets de ce genre ont été lancés pour faire face à cette situation extrêmement difficile.

A Sfax, la plus grande station devra être opérationnelle fin juin.

Cependant, pour les experts, le dessalement s’avère une arme à double tranchant. Riadh Jelassi, expert et ancien chef de district à la Sonede, soutient que le dessalement peut être une solution viable, mais les coûts environnementaux, économiques et énergétiques ne sont pas négligeables. «Outre l’énorme coût financier, le processus de dessalement nécessite une quantité importante d’énergie, ce qui peut contribuer à l’empreinte carbone globale et accroître le phénomène de dépendance envers les combustibles fossiles, à moins que des sources d’énergie alternatives ne soient utilisées», explique-t-il.

De même, il ajoute que l’impact environnemental est important dans la mesure où ces stations provoquent un impact sur l’environnement marin, notamment en raison du rejet de saumure concentrée dans la mer, ce qui devrait affecter la vie marine et les écosystèmes côtiers.

«En somme, le dessalement peut offrir une solution potentielle pour atténuer le stress hydrique dans certaines régions. Il est important de prendre en compte ses aspects économiques, environnementaux et sociaux avant de décider de sa mise en œuvre à grande échelle. Le dessalement peut être une composante utile d’une stratégie globale de gestion de l’eau, mais il devrait être complété par d’autres mesures telles que la conservation de l’eau, l’utilisation efficace des ressources et la protection des écosystèmes aquatiques», conclut-il.

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