Impactée par la conjoncture économique et par les perturbations dans les secteurs du pétrole et du gaz naturel : La production d’électricité est-elle réellement menacée ?

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Le secteur de la production des énergies ne connaît pas ses meilleurs jours en Tunisie. Les mouvements sociaux interminables mettent à mal la production nationale de pétrole et de gaz naturel qui, déjà, ne couvre pas les besoins nationaux. Et au cœur d’une crise économique où le pays peine à assurer les devises nécessaires pour s’approvisionner en énergie, la production d’électricité en subit les effets pervers.

Cette situation de blocage ne pouvait pas rester sans conséquences sur l’activité de production d’électricité en Tunisie, et c’est la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) qui sort impactée par cette situation. Nous apprenons dans ce sens que cette société publique qui monopolise la production d’électricité en Tunisie fait face à des difficultés au niveau de son rendement au vu de l’interruption de l’approvisionnement en gaz naturel et en pétrole. C’est, en tout cas, ce que révèle à La Presse, Slim Bouzidi, secrétaire général adjoint de la Fédération générale de l’électricité et du gaz relevant de l’Ugtt qui explique dans ce sens que la Steg fait face bel et bien à des difficultés de production et que si la situation se poursuit de la sorte, durant les mois à venir des coupures d’électricité seront à prévoir. Lui qui explique que les récentes coupures d’électricité ne résultent pas de cette difficile conjoncture économique, mais plutôt des pics de consommation.

Il ajoute dans cet ordre d’idées que l’Algérie, principal fournisseur de la Tunisie, avait arrêté l’approvisionnement de notre pays en gaz naturel suite à un cumul d’impayés. «A l’issue de l’intervention du Conseil d’administration de la Steg, du gouverneur de la Banque Centrale et de la Fédération générale de l’électricité et du gaz, cet approvisionnement vient de reprendre, samedi dernier», a-t-il expliqué. Et d’ajouter que la Steg a été doublement sanctionnée puisque le blocage de production de gaz et de pétrole dans le Sud tunisien prive la société d’un taux de 10% de gaz nécessaire à la production de l’électricité.

Risques à moyen terme

Une source au ministère de l’Energie, des Mines et de la Transition énergétique nous a également expliqué que le blocage impacte indirectement l’activité de la Steg qui pourrait ne plus être en mesure de satisfaire la demande en électricité si la situation se poursuivait de la sorte.

Cette source nous a expliqué que même si le blocage se poursuit dans ces sites de production, la Steg conserve pour le moment sa capacité à produire de l’électricité mais à long ou même à moyen terme, elle pourrait arrêter ou limiter sa production au vu de ses problèmes financiers, mais aussi sous l’effet de toute la conjoncture économique et de blocage de la production énergétique nationale, ce qui provoquerait des interruptions d’électricité.

Pourtant, les gouvernements tunisien et algérien étaient parvenus à un accord à long terme qui accorde à la Tunisie une réduction de 10% des achats de pétrole et de gaz du voisin algérien jusqu’en 2027. En effet, conformément aux dispositions de cet accord, la Steg a bénéficié d’une réduction de 10% du prix d’achat du gaz algérien par rapport à l’ancien prix contractuel. Mais le renouvellement de l’accord a coïncidé avec la crise du coronavirus durant laquelle la Tunisie a été incapable de régler certains engagements envers son principal fournisseur de gaz naturel.

Une situation qui s’est aggravée sous l’effet du blocage de la production nationale de pétrole et de gaz, creusant davantage le déficit énergétique. Hier, dans les colonnes de notre journal, Kamel Cherni, membre du cabinet ministériel de l’Energie, des Mines et de la Transition énergétique a dévoilé même que «des compagnies pétrolières menacent d’arrêter leur activité étant face à un cas de force majeure» à cause du climat social tendu.

Il y a quelques semaines, le ministère de l’Energie, des Mines et de la Transition énergétique avait mis en garde contre la poursuite du blocage de la production de pétrole et de gaz naturel dans le Sud tunisien. Le département précisait que la Tunisie fait face à des difficultés au niveau de l’approvisionnement en gaz naturel au vu du blocage de la production mais aussi en raison de la crise financière. Cette situation, explique le département, pourrait paralyser la production d’électricité.

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