Depuis la Mosquée Zitouna : Kaïs Saïed a-t-il annoncé la guerre à l’islam politique ?

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Entre Ennahdha et le Président de la République, les relations ne sont toujours pas au beau fixe. Jour après jour, on s’aperçoit que la rupture est consommée et qu’on a atteint le point de non-retour. Les dernières déclarations de Kaïs Saïed à son retour d’une visite officielle de trois jours en Egypte sont perçues comme des messages codés adressés au temple de Montplaisir. Allons-nous vers une confrontation directe entre lui et Ennahdha ? C’est ce que laisse croire l’actuelle conjoncture politique, d’autant plus que le Président de la République a toujours fait allusion à son opposition à toutes les positions d’Ennahdha et notamment celles de son chef, Rached Ghannouchi.

Il faut remonter à la période des négociations autour du gouvernement Habib Jemli pour trouver les origines du conflit entre Rached Ghannouchi et Kaïs Saïed. Alors que ce dernier voulait intervenir pour mettre fin au blocage qui a frappé le processus de mise en place de ce gouvernement, Rached Ghannouchi avait repoussé une telle intervention refusant toute intervention du Président de la République. Depuis, les relations entre les deux hommes se sont dégradées et les échanges et messages implicites entre eux illustrent ces derniers moments politiques.

Dernièrement les clins d’œil du Président de la République compte tenu de sa position quant à l’islam politique ont été bien reçus à Montplaisir.  Depuis la mosquée Zitouna et à l’occasion de la présentation de ses vœux pour le Ramadan, le Président de la République n’a pas omis de montrer pour le première fois de cette manière son refus du projet de l’islam politique en Tunisie. En effet, après son discours aux Tunisiens, Kaïs Saïed s’est adressé à des fidèles présents sur place, tenant à préciser que l’amalgame fait entre «musulmans» et «islamistes» n’a pas lieu d’être, que le terme islamiste n’a aucun sens et qu’il s’agit d’un discours adopté «par certains» pour semer la discorde dans le pays.

Le Président de la République a réitéré l’attachement de la Tunisie à l’islam modéré et son refus à toute forme d’extrémisme ou d’instrumentalisation de la religion.  C’est la phrase qu’il a prononcée au Caire en réponse aux positions de la Tunisie quant aux questions religieuses.

Il est clair que la récente visite du Chef de l’Etat tunisien en Egypte ne peut pas être dissociée de ce contexte de conflit avec le parti Ennahdha, d’autant plus que le président égyptien est l’un des plus grands ennemis des islamistes. Une visite, enfin, qui a été perçue comme un message politique adressé au parti Ennahdha, qui n’a raté aucune occasion médiatique pour critiquer ce voyage présidentiel.

Faut-il craindre le pire ?

Dans ce conflit opposant Kaïs Saïed au parti Ennahdha qui se confirme jour après jour, plusieurs observateurs mettent en garde contre une déstabilisation encore plus accentuée de la vie politique en Tunisie. On craint même que ce conflit ne bascule dans la violence. Mabrouk Korchid, député et ancien ministre, est de cet avis. Dans une déclaration à La Presse, il pense que le président de la République Kaïs Saïed, a choisi la mosquée Zitouna pour annoncer «le début d’un combat contre l’Islam politique en Tunisie». Pour lui, «si le Président de la République parvenait à libérer la Tunisie de l’islam politique, ce serait une très bonne chose». Le député pense qu’aujourd’hui le conflit est officialisé entre Ennahdha et Kaïs Saïed et que la récente visite du Président de la République au Caire intervient dans ce contexte.

«L’Islam politique est un réseau qui met en péril la sécurité du pays, l’étau se resserre autour d’Ennahdha mais il faut craindre certaines réactions de violence», a-t-il expliqué, rappelant que le parti Ennahdha détient un appareil secret et qu’il «craint des actes de violence».

Internationaliser les conflits internes ?

Au fait, plusieurs critiques ont été adressées au Président de la République compte tenu de sa récente visite en Egypte et surtout en relation avec le dossier de l’Islam politique. C’est dans ce contexte que le parti Amal a, dans une lettre ouverte envoyée au Président de la République Kaïs Saïed, estimé qu’évoquer le sujet de l’islam politique en Egypte s’apparente à un appel à l’ingérence étrangère. Selon le parti, il s’agit d’un problème strictement interne, et en parler en dehors du territoire tunisien pourrait s’avérer perturbateur pour la sécurité nationale, et ce même lorsqu’il s’agit d’un pays frère comme l’Egypte.

La réponse à ces accusations parvient de Walid Hajjam, attaché du département diplomatique du bureau présidentiel, qui a souligné que «le Président Kaïs Saïed cherche à avoir de bonnes relations sur le plan international pour l’intérêt de la Tunisie». Il a ajouté dans ce contexte que le Président de la République n’a évoqué aucune affaire interne à l’extérieur du pays, à l’exception de sa rencontre dans l’ambassade  de Tunisie au Caire avec des membres de la délégation tunisienne en Egypte quand il s’est exprimé sur un sujet politique.

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