Liberté de la presse: Un acquis toujours menacé

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Le journalisme ne peut prospérer que dans un climat de liberté. Tout se mesure sur le terrain, où l’exercice du métier s’est souvent heurté à des conflits d’idées et d’intérêts. Et la situation a toujours fini par dégénérer !


A quelques jours de la Fête mondiale de la liberté de la presse, célébrée le 3 mai de chaque année, le spectre de musellement des médias pour les réduire au silence semble planer encore. Et les menaces policières à l’encontre des journalistes se multiplient à n’en plus finir. Sans scrupules ! Ce qui s’est passé dernièrement à la Tap, suite à la nomination jugée parachutée de Kamel Ben Younes en tant que Pdg de cette agence de presse officielle, fut, de l’avis des observateurs nationaux et internationaux, un signe révélateur d’une récupération politique à peine dévoilée. Ainsi, une telle incursion policière dans les locaux de la Tap a été catégoriquement rejetée.  La FIJ, Fédération internationale des journalistes, l’avait vivement dénoncée.

Métier en danger

Certes, un tel incident barbare et irréfléchi n’aura pas été sans suite. Premier contrecoup, le classement mondial de la Tunisie en matière de liberté de la presse a reculé d’un point, passant cette année de la 72e à la 73e place. C’est ce que vient d’annoncer, tout récemment, le rapport annuel de Reporters Sans Frontières (RSF), lors d’une conférence de presse à Tunis. Ce constat est perçu comme une tentative de confiscation d’un droit chèrement acquis depuis la révolution, celui de la liberté de la presse et d’expression. Selon le rapport, le fait de voir des politiciens, des parlementaires et des partis extrémistes rentrer dans la mêlée, n’hésitant plus à s’en prendre aux médias, diffusant à leur encontre le discours de la haine et de la violence, est une sérieuse menace qui pèse lourd sur l’exercice journalistique. Aujourd’hui, le journaliste, cheville ouvrière du secteur, n’est plus à l’abri de tous ces dangers. A titre de rappel, « 200 journalistes ont été victimes de 139 actes d’agression durant la période allant du 1er mai 2018 au 30 avril 2019 », avait alerté le Snjt dans son rapport de la même année.

Travailler, ainsi, au péril de sa vie, demeure de plus en plus inquiétant. Car le journalisme ne peut prospérer que dans un climat de liberté. Tout se mesure sur le terrain, où l’exercice du métier s’est souvent heurté à des conflits d’idées et d’intérêts. Et la situation a toujours fini par dégénérer. A cela s’ajoutent, comme l’indique le même rapport, les nominations imposées à la tête des médias publics et un financement « suspect » des médias privés. Ces vieilles pratiques qu’on croyait révolues à jamais prêtent à de mauvaises intentions visant faire main basse sur le secteur de l’information. Même les structures professionnelles l’organisant et l’instance de régulation de l’audiovisuel (Haica) n’ont pas été épargnées. Quitte à voir la liberté de la presse se réduire comme une peau de chagrin. Sans pour autant perdre de vue les difficultés structurelles et financières dont souffre le secteur, il y a maintenant dix ans.

Le modèle nordique l’emporte

De même, les réformes engagées à ce niveau tardent à venir : la convention cadre de la corporation peine à voir le jour, dont les négociations avec le gouvernement, déjà en cours,  n’arrivent pas à révéler ses secrets. Entre-temps, les décrets-lois 115-116, le droit d’accès à l’information et bien d’autres instruments reconnus comme garde-fous indispensables pour la promotion de la profession, n’ont, semble-t-il, rien changé. Les lois ne suffisent pas à elles seules, dirait-on.

C’est que le droit à la liberté de la presse et d’expression est, souvent, dans l’œil du cyclone. Pourtant, la Tunisie, évoque RSF dans son dernier rapport, est la mieux classée en Afrique du Nord, devançant ainsi le Maroc (136e) et l’Algérie qui vient en queue de liste (146e). Alors que la palme d’or revient à la Norvège, classée au premier rang, suivie de la Finlande, puis de la Suède et du Danemark. Soit, en quelque sorte, une domination du « modèle nordique » en matière de liberté de la presse.

Il est vrai qu’il s’agit du premier recul de la Tunisie depuis la révolution, comme le souligne le rapport du RSF. Mais il ne faut pas se contenter d’une telle donnée chiffrée qui ne reflète guère la réalité. Une vérité sur laquelle va bientôt nous édifier le rapport du Snjt qui sera fin prêt d’ici 3 mai prochain, la Journée mondiale de la liberté de la presse.

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