Stress hydrique : Une menace réelle pour la Tunisie…

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« C’est un véritable péril naturel imminent, s’inquiètent les spécialistes ». La situation est tellement grave que le rationnement de l’eau deviendra dans quelques jours une réalité, malheureusement.

La sécheresse bat son plein en Tunisie, comme dans d’autres pays. Les dernières précipitations du mois de février n’ont pas pu sauver la situation tant que les barrages sont toujours en situation précaire, et pour le prochain été, on peut imaginer la situation, notamment dans certaines régions fortement exposées au stress hydrique. Une étude publiée récemment confirme ces préoccupations. Interrogeant l’impact de cette situation notamment sur l’agriculture, l’étude de l’Institut arabe des chefs d’entreprise (Iace), rendue publique, à l’occasion de la 7e édition du Forum économique de Tunisie (Tunisia Economic Forum), soutient que l’investissement dans la valorisation des ressources en eau est devenu un impératif.

Intitulée « stress hydrique : choix économique et sécurité alimentaire», l’étude élaborée dans le cadre du NBA (National Business Agenda), propose notamment la promotion des projets de dessalement de l’eau de mer et l’exploitation d’une partie des eaux dessalées dans l’irrigation des oliveraies et des cultures céréalières.

S’agissant de l’impact du stress hydrique sur la sécurité alimentaire, l’experte en gestion des ressources en eau, Raoudha Gafrej, a souligné « l’importance, pour un pays qui importe 50% de ses besoins en blé dur, de réduire le gaspillage alimentaire à tous les niveaux, depuis le champ jusqu’à l’assiette ». « Bien qu’elle soit capable d’assurer une production de blé dur pour satisfaire la demande sur le marché local, la Tunisie continue d’importer une grande quantité de cette denrée, utilisée pour la fabrication des pâtes, de la semoule et d’autres produits alimentaires de base », a-t-elle encore expliqué.

L’experte recommande, ainsi, de sécuriser l’agriculture pluviale compte tenu de la conjoncture du changement climatique et son effet de sécheresse. Selon elle, le pays ne pourrait pas assurer sa sécurité alimentaire dans les prochaines années en misant seulement sur les précipitations pour irriguer les cultures à sec. « Il faut opter pour d’autres alternatives dont l’irrigation des cultures par les eaux non conventionnelles et réaliser une valeur ajoutée de l’agriculture irriguée, qui n’est actuellement que de 1/3 contre 2/3 pour l’agriculture pluviale », a indiqué Gafrej.

Elle a plaidé également en faveur de la sécurisation du capital olivier et amandier et d’en améliorer les rendements, à travers le recours à l’innovation technologique et l’agriculture de précision, une agriculture basée sur des techniques de gestion tenant compte de la variabilité temporelle et spatiale pour optimiser et pérenniser la production agricole.

Rationalisation et économie

Au fait, cette situation de stress hydrique aigu laisse les autorités sans grandes solutions. Alors que certaines voix estiment que la Tunisie renferme de grandes ressources en eau dans les nappes souterraines, l’Etat n’est pas en mesure actuellement de lancer les prospections. La solution réside aujourd’hui dans la rationalisation et l’économie de la consommation d’eau.

D’ailleurs, on estime que la généralisation du système de rationnement d’eau est une question de jours. Les nappes phréatiques ne cessent de s’assécher. Les changements climatiques qui ont entraîné un déficit pluviométrique important sont une des principales causes de ce problème. Résultat : dans quelques semaines, voire jours, les autorités seront contraintes de rationner l’eau, cela conduira à des coupures quotidiennes au niveau de l’approvisionnement en eau potable.

Au fait, le rationnement de l’eau comprend généralement la suspension temporaire de l’approvisionnement en eau ou la réduction de la pression en dessous de celle requise pour un approvisionnement adéquat dans des conditions normales. Le rationnement est associé à une distribution équitable de l’approvisionnement en eau extrêmement limité de manière à assurer la fourniture d’eau suffisante pour préserver la santé et la sécurité publiques. Les restrictions d’eau et, dans une moindre mesure, le rationnement sont fréquemment utilisés, en particulier dans les situations de pénurie temporaire. Tant le rationnement que les restrictions qui peuvent avoir un caractère temporel ou permanent permettent aux autorités de faire face aux crises de l’eau, mais sont toujours à l’origine de plusieurs crises sociales.

Tunisie eau 2050

Dans ce contexte de stress hydrique accentué, la Tunisie s’efforce d’établir une stratégie de gestion de ces ressources en eau à l’horizon 2050. L’objectif général est de définir une vision et d’élaborer une stratégie globale et intégrée pour les ressources en eau à l’horizon 2050, en coordonnant les efforts de toutes les parties prenantes dans le but de sécuriser les bilans hydriques à l’horizon de l’année 2050. Il est également question de passer de la gestion de l’offre à la gestion de la demande en adoptant une gestion intégrée et durable des ressources mettant l’accent sur les aspects quantitatifs et qualitatifs, les dimensions économiques et technologiques et la recherche scientifique.

Un commentaire

  1. Montygo

    13/03/2023 à 13:27

    Le « reconditionnement » des eaux usées serait une autre solution partielle à ajouter à celle représentée par le dessalement de l’eau de mer.
    A ce propos, il existe des producteurs de petites et moyennes installations de filtration d’eaux usées et de dessalement mobiles, installations de petites tailles qui pourraient répondre ou anticiper, de part leur mobilité et de leur rapide mise en place, des situation de stress hydrique ici ou là dans le pays.

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