Le monde à l’épreuve du changement climatique : La revanche de Dame nature !

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Le bilan étant toujours plus fort que la capacité de l’homme, voire des Etats. C’est que les prévisions météorologiques semblent aussi trop limitées pour les alerter préalablement.

Ce qui s’est passé, ces derniers jours, à Derna, ville de 100 mille habitants, à l’est de la Libye, qui fut presque entièrement ravagée par la tempête Daniel, causant des milliers de morts et disparus, ensevelis sous les décombres, ne doit, surtout pas, être perçu comme un événement pluvieux saisonnier ou considéré en tant qu’une perturbation météorologique passagère. Loin de là, c’est la revanche de Dame nature…

Derna, victime !

Ce sont les effets bien réels des changements climatiques qui pèsent lourd sur l’écosystème naturel dans sa diversité biologique. Ce «monstre», pas du tout légendaire, a déjà commencé à nous montrer ses griffes. Et les affres de ses conséquences ne sont pas aussi mythiques. Alors, fortes précipitations hors saisons, inondations, pluies à fréquence irrégulière, sécheresses, incendies sont autant de phénomènes naturels dont les records ont été battus ces dernières années. Le bilan étant toujours plus fort que la capacité de l’homme, voire des Etats… C’est que les prévisions météo semblent aussi trop limitées pour les alerter préalablement.

En fait, le scénario apocalyptique, tangiblement observé à Derna en Libye, n’a jamais été prévisible, ni perceptible, dans le contexte d’un climat si capricieux et instable. Son dérèglement incite à un plan de veille stratégique, doublé d’une politique de lutte contre le réchauffement climatique. Sous nos cieux, la vigilance est aussi de mise. Notre CDN, Contribution déterminée au niveau national, semble en train d’être régulièrement actualisée. Qu’en est-il au juste ? L’actuelle CDN recommande, selon son point focal auprès du ministère de l’Environnement, des mises à jour écologiques. «Afin de promouvoir un pays résilient censé atténuer les vulnérabilités et renforcer les capacités d’adaptation de ses écosystèmes, de sa population, de son économie, de ses territoires, à même d’assurer un modèle de développement socioéconomique inclusif et durable ».

Rien n’a changé ?

Ceci étant, c’est un chantier de longue haleine qui requiert autant de ressources financières. On parle, ici, des fonds verts nécessaires à toutes ces réalisations et qui sont estimés à environ 19,4 milliards de dollars d’ici 2030. Et dont la majeure partie, soit 74%, serait investie dans des projets d’atténuation. Cela dit, on ne serait plus censé arrêter la catastrophe, mais on devrait, toutefois, savoir la gérer. Eviter l’inévitable, mais ce n’est nullement le cas. Aussi, faut-il, par contre, prévoir les risques, à même de pouvoir mesurer l’impact et s’y adapter, avant qu’il ne soit tard.  Parlons-en ainsi, on s’en souvient très bien des inondations survenues, il y a maintenant cinq ans, dans la région de Nabeul, sur la côte est de la Tunisie. Soit celles les plus dévastatrices dans l’histoire du pays, après celles de 1969, et dont les dégâts se chiffraient en dizaines de milliards. Mais qu’est-ce qui a changé depuis? Rien, absolument rien. Même dans le Grand-Tunis et ses environs, les pluies diluviennes qui s’étaient abattues, trois jours durant, en octobre 2020, n’ont pas suffi, semble-t-il, pour agir sur l’anticipation et reconnaître que cela pourrait générer des plans d’action et d’adaptation. 

A quoi doit-on s’en tenir ?

Gérer ces risques et prévoir les solutions connexes, c’est bien là l’essence d’une bonne gouvernance. «Rien ne compromet autant le développement durable que les catastrophes. Elles peuvent détruire des décennies de progrès en un instant », commente, en ces termes, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, faisant valoir la politique de bonne gouvernance, comme mécanisme de résilience et clé de voûte du développement durable. Adaptation et atténuation, c’est à quoi s’en tient le monde d’aujourd’hui.

Savoir vivre aussi longtemps que possible dépend, désormais, de ses capacités effectives et potentielles à mettre en exploitation. C’est de cette volonté d’agir que jaillit la force de lutte, dans une approche de développement communautaire participative. Et comme demain se prépare aujourd’hui, les pays les plus exposés aux changements climatiques, dont le nôtre, sont condamnés à tenir bon et à voir beaucoup plus loin pour prendre leur destin en main. Certes, le changement climatique aura modifié nos modes de vie, nos habitudes, nos manières de nous  comporter, voire nos régimes alimentaires. Il y va, également, de notre sécurité alimentaire, qui est quasiment tributaire d’une politique agricole adaptée aux aléas du climat.

Il n’en reste pas moins que ce combat d’existence aura à déterminer nos manières d’être et nous mettre face au défi du temps qui court. Le changement climatique n’est plus un simple enjeu écologique, mais plutôt une rude épreuve de vie et de survie. Et celui qui n’a pas tiré la leçon risque de demeurer en queue de peloton.

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