Esquisse : Mongi Bouras, ermite et sentinelle (II)

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En guise d’introduction dans le monde de notre hôte, nous avons commencé, dans notre dernière livraison, par présenter le paysage dans lequel il a vu le jour, ces premiers reliefs du Dhaher, en amont de l’oasis de Gabès, à l’ouest de la localité de Matmata, sur la route de Kébili. Paysage austère s’il en fut, et sévère aussi qui, au premier coup d’œil, laisserait croire toute vie impossible dans ce milieu rocheux, couleur fauve et aride. Or, la vie est venue se greffer sur ce sol ingrat, peut-être même à cause de tous ces « désavantages ». Car ceux-ci seuls peuvent expliquer ce phénomène de survie en milieu si hostile. En effet, la population, composée d’Amazighs purs et durs, tout au long de son histoire soucieuse avant toute chose de s’extraire à l’emprise des conquérants peuplant les plaines alentours où la vie est beaucoup plus facile, qui ont préféré une existence spartiate mais plus digne que l’assimilation à des modes de vie étrangers à leur civilisation.

Mongi Bouras, natif de cette localité de Tamezret, est né porteur de la mémoire de ce passé. A l’instar de tous les jeunes de son village, il a très tôt pris le chemin de l’exil pour aller poursuivre ses études puis travailler en ville. Cela a coïncidé avec l’apparition de l’informatique sur le marché du travail. Il en profitera pour se spécialiser dans le marketing en matériel informatique. Cela le conduira jusqu’en Allemagne où il vécut quelque temps avant de revenir s’installer dans la capitale.

Là où ses concitoyens voyaient arriération et misère, il voyait, lui,authenticité et richesse.

Tout au long de cette errance, il n’a pas oublié son Tamezret natal. Et la nostalgie ainsi que la fidélité étaient en lui plus fortes que toutes les séductions de la modernité. C’est la raison pour laquelle, en 1990, il décide de plier bagage pour revenir s’installer dans le berceau de son enfance et se consacrer à sauvegarder de ce qui pouvait l’être de son patrimoine délaissé. Et là où ses concitoyens voyaient arriération et misère, il voyait, lui authenticité et richesse. Qu’il s’agisse du patrimoine matériel, architectural ou artisanal, ou des traditions sociales et culturelles, il y avait un fonds porteur de fierté et d’opportunités salvatrices.

C’est ainsi qu’il acquiert une vieille maison en plein cœur de la «médina» en miniature tout en haut de la crête et s’emploie de ses mains à la réhabiliter dans son organisation et ses fonctions anciennes. Il y aménagera une exposition visitable qui restitue le mode de vie traditionnel dans une demeure ancestrale. Bénéficiant de la complicité des autorités locales, en particulier celles du tourisme, il commence à accueillir les visiteurs. Les maigres recettes tirées de ce commerce sont immédiatement réinvesties dans l’enrichissement du produit.

Parallèlement, Mongi s’attache à la restauration de la mémoire collective en puisant auprès des anciens ce qui, dans leurs souvenirs, pouvait charrier comme informations sur un mode de vie aujourd’hui révolu.

(A suivre)

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