Aujourd’hui, ouverture du 1er forum de la formation professionnelle : Le forum, et après ?

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A chaque fois qu’on s’applique à tendre la perche à ce secteur pour le faire sortir de la crise, on finit par revenir à la case départ. C’est que tout projet de réforme n’arrive pas à atteindre les objectifs fixés, et dont le dernier en date fut lancé pour l’exercice 2014-2018. Sans que les outputs et recommandations qui en découlaient soient suivis d’effet.

C’est aujourd’hui et demain que la formation professionnelle tient son premier forum national, déjà annoncé il y a plus d’un mois, et dont les assises se déroulent, en grande pompe, à la Cité de la culture à Tunis, sous le slogan «former pour le succès».

Il est organisé à l’initiative de ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi, dans le cadre de la coopération tuniso-suisse, à travers le programme «takeen», avec le concours des partenaires publics et privés, des entreprises, des mécanismes de soutien et de financement, ainsi que des organisations de la société civile. Soit un évènement d’envergure auquel s’invitent tous les acteurs clés dans l’opération de formation dans tous ses états, ses défis et ses enjeux de promotion et de développement. D’ailleurs, le thème central choisi «Valoriser la formation professionnelle pour l’employabilité et l’entrepreneuriat» gravite autour des pistes de réflexion sur l’évolution du secteur et les perspectives de solutions proposées.

La formation doit épouser son temps

En fait, ce 1er forum se veut, selon les organisateurs, porteur d’idées et de projets visionnaires d’une formation de qualité à forte employabilité, répondant aux besoins du marché en compétences hautement qualifiées. Autant dire un modèle d’apprentissage professionnalisant mieux adapté aux attentes du jeune stagiaire, de l’entreprise, de la région et de la société. L’objectif étant de produire un capital humain placé au cœur de l’œuvre du développement. La formation doit, aujourd’hui, épouser son temps et se mettre à l’heure du digital et de la transition socioéconomique. L’événementiel, en pareille circonstance, est aussi de mise, soit un des outils d’information et de promotion censés aider à rectifier le tir. Mais faut-il se contenter d’en parler et d’instaurer les débats, sans pour autant agir en connaissance de cause ?

Car, il est arrivé souvent que l’on a réagi d’une manière qui fait de la formation une voie de réussite, voire un tremplin pour l’emploi. On a eu même l’occasion de booster l’investissement, gratifier les jeunes stagiaires de mesures d’incitation matérielle (bourses mensuelles, tenues de formation…), accorder la priorité à des spécialités jugées non ou peu sollicitées et restructurer celles devenues quasiment boudées. Et pourtant, le secteur a du mal à sortir la tête de l’eau et se vendre auprès d’un marché de plus en plus saturé. Alors que pour tout chantier de travaux publics ou même pour une simple réparation à domicile, on fait toujours appel à des petits métiers de menuiserie, plomberie, électricité, maintenance. Tout comme on a recours, en cas de contrôle et d’entretien de son véhicule, à un spécialiste mécano-électrique. Ceci étant, le besoin d’un bon professionnel qualifié se fait de plus en plus sentir.

D’anciens projets qui n’ont abouti à rien

Certes, la formation professionnelle avait, au fil du temps, marqué des points et restauré son image, tant et si bien qu’elle se fraye un chemin dans un monde du travail si complexe et généralement soumis à la logique de l’offre et de la demande. Et à force de s’ouvrir à son environnement et à l’entreprise, par le biais d’un contenu pédagogique contextualisé et mieux adapté aux besoins du marché, elle a réussi à s’attirer de nouveaux partenaires associés et incorporer autant de postulants dans un système d’apprentissage alternatif au modèle scolaire classique.

Toutefois, ce dispositif national censé producteur de compétences et de qualifications aptes à s’intégrer dans la vie active semble, ces dernières années, s’engouffrer dans des velléités de restructuration emphatiques. Et à chaque fois qu’on s’applique à lui tendre la perche pour le sortir de sa crise, on finit par revenir à la case départ. C’est que tout projet de réforme n’arrive pas à atteindre les objectifs fixés, et dont le dernier en date fut lancé pour l’exercice 2014-2018. Sans que les outputs et recommandations qui en découlaient soient suivis d’effet. Il faut dire que tous les anciens projets de réforme précédemment engagés n’ont également abouti à rien.

Même constat, mêmes objectifs

Cet état des lieux n’est, surtout pas, un secret. Tout le monde le connaît. Même le document d’orientation sur la formation professionnelle, élaboré en 2014, avait fait le constat des lacunes et problématiques structurelles dues essentiellement à «l’absence d’une vision globale commune du système national de développement des ressources humaines qui permet de définir clairement le rôle de la formation professionnelle et sa place au sein du système…», lit-on dans le même document. Autre cause et qui n’est pas des moindres : «Faible réactivité et inadaptation aux évolutions des besoins des entreprises, des individus, de la région et de la société…». Autant de défis et challenges qui imposent, tout bonnement, une réforme en bonne et due forme.

Etonnant, aujourd’hui, de voir le secteur refaire du surplace et agir sur l’organisation des forums, sous prétexte de promouvoir la formation professionnelle comme un vecteur essentiel de croissance économique et de réussite de l’individu en Tunisie. Et avec les mêmes objectifs de tout temps, soit ceux de valoriser les débouchés professionnels et les possibilités de carrières offertes auprès des jeunes diplômés de la formation, renforcer les partenariats avec l’entreprise et sensibiliser davantage le public à l’importance cruciale de la formation à l’aune du numérique. Et là l’on se pose la question sur l’après-forum et le comment va-t-on traduire ces objectifs dans les faits ? Au fait, aurait-on besoin de renouer avec un nouveau projet de réforme sectorielle qui risque de n’apporter rien de nouveau.

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