Production et exportation de l’hydrogène vert en Europe : La Tunisie est-elle au premier plan d’une nouvelle ère énergétique ?

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La Tunisie compte exporter de l’hydrogène vert via un réseau de gazoducs, notamment le gazoduc transméditerranéen, qui permettra de transporter l’or vert à destination de l’Europe.

L’hydrogène vert sera le pétrole des générations futures. Alors que les énergies fossiles régressent partout dans le monde à la suite de l’épuisement des gisements de même pour leur rôle dans la pollution, l’hydrogène vert gagne du terrain. Son ascension semble refaçonner toute la géopolitique de l’énergie, la Tunisie est au cœur de ces transformations puisqu’elle dispose d’un potentiel énergétique solaire indispensable pour produire ce qu’on appelle l’or vert.

C’est dans ce cadre que notre pays accélère la cadence dans l’adoption des projets visant à renforcer les contextes énergétiques relatifs aux énergies renouvelables. Un protocole d’accord a été signé entre la République tunisienne, la société française TotalEnergies et la société autrichienne Verbund au palais du gouvernement à la Kasbah, lundi 27 mai 2024. Cet accord permettra de mettre en œuvre un projet de production d’hydrogène vert à partir de la Tunisie et l’exporter vers l’Europe par le biais de pipelines, selon un communiqué de La Kasbah.

TotalEnergies a annoncé, pour sa part, que sa co-entreprise TE H2 avait signé un protocole d’accord avec l’électricien autrichien Verbund en vue de la mise en œuvre d’un «projet d’hydrogène vert de grande ampleur en Tunisie». Ce projet, baptisé ‘H2 Notos’ vise à produire quelque 200.000  tonnes d’hydrogène vert par an dans le Sud de la Tunisie en utilisant de l’électricité renouvelable provenant de parcs solaires et éoliens terrestres. Après cette phase initiale, l’objectif consisterait à atteindre un million de tonnes par an. Toujours selon ce géant français, le projet bénéficierait ainsi d’un accès privilégié au marché européen, grâce au ‘SoutH2 Corridor’, un pipeline dédié reliant l’Afrique du Nord à l’Italie, à l’Autriche et à l’Allemagne, dont la mise en service est prévue vers 2030.

En effet, cet important gazoduc prendra son origine en Algérie, déjà le plus grand producteur de gaz naturel en Afrique, puis traversera la Tunisie par la ville de Sfax. De là, il traversera la mer Méditerranée jusqu’en Italie, où il se raccordera un réseau existant, avant de s’étendre à travers l’Autriche et l’Allemagne.

Le pétrole de demain ?

Vous l’aurez compris, c’est un gigantesque projet qui pourrait, une fois mis en œuvre, changer la donne énergétique dans la région qui connaît une course vers la production de l’hydrogène vert. Mais qu’est-ce qu’au juste ce gaz connu pour sa légèreté, mais dont la production nécessite d’importantes ressources en eau ?

L’hydrogène vert est un genre d’hydrogène produit de manière écologique, principalement à partir de sources d’énergie renouvelable telles que l’énergie solaire, éolienne, hydroélectrique ou géothermique. L’hydrogène vert est produit par électrolyse de l’eau. Ce processus utilise de l’électricité pour séparer l’eau (H₂O) en oxygène (O₂) et en hydrogène (H₂). Lorsque l’électricité utilisée provient de sources renouvelables, l’hydrogène produit est qualifié de «vert». Contrairement à l’hydrogène «gris» ou «bleu», l’hydrogène vert n’émet pas de dioxyde de carbone (CO₂) lors de sa production. L’hydrogène gris est produit à partir de combustibles fossiles comme le gaz naturel, tandis que l’hydrogène bleu est également dérivé de sources fossiles mais inclut une capture partielle de CO₂ émis.

La Tunisie bien placée dans la course

Pour Imed Derouiche, expert en énergie et l’un des premiers à avoir appelé à investir massivement dans la production de ce gaz, la signature de ces conventions place la Tunisie au premier plan de ce nouvel échiquier énergétique reliant l’Afrique à l’Europe.

Il rappelle dans ce sens que la Tunisie a lancé en 2022 une stratégie de production d’hydrogène vert au service du développement durable et d’une économie décarbonée et que notre pays pourrait être le premier exportateur de cette énergie vers l’Europe et de bénéficier du gazoduc qui relie la Tunisie et l’Italie pour assurer l’opération d’exportation.

«Les législations inefficaces et les ressources financières ne constituent pas une entrave majeure au développement de l’hydrogène vert, car il existe de grandes opportunités offertes par les pays qui veulent exploiter l’hydrogène», a-t-il expliqué à La Presse, estimant qu’il est temps pour la Tunisie d’investir, de produire l’hydrogène vert et de simplifier les procédures administratives, notamment en ce qui concerne l’attribution des autorisations et des incitations, d’autant plus qu’il peut être produit dans les régions isolées.

Toujours selon ses propos, «utilisé actuellement comme composant chimique dans les industries de raffinage, de pétrochimie et d’industries lourdes, l’hydrogène regorge de propriétés énergétiques vu que le kg équivaut 2 à 3 fois plus d’énergie que le gaz naturel, l’essence ou le pétrole».

L’expert a souligné que la production de l’hydrogène vert en Tunisie contribuera notamment à la réduction du déficit énergétique et à augmenter les recettes d’exportation, étant donné le rendement élevé de ce secteur et sa capacité d’emploi, puisque les sites de production sont situés dans les régions intérieures.

Des voisins et concurrents !

Mais dans cet ambitieux plan de devenir Eldorado des énergies renouvelables et de l’hydrogène vert, la Tunisie n’est pas seule dans la course. En effet, de nombreux pays voisins se sont également lancés dans cette quête, cherchant à exploiter leur potentiel naturel pour produire des énergies propres et durables. Par exemple, le Maroc et l’Egypte avec leurs vastes déserts et leur ensoleillement abondant, investissent massivement dans l’énergie solaire. De même, l’Algérie explore ses vastes ressources pour développer des projets similaires.

La concurrence s’annonce rude car les avantages économiques et environnementaux liés à la maîtrise des énergies renouvelables et de l’hydrogène vert sont considérables. Ces sources d’énergie offrent non seulement une alternative aux combustibles fossiles, mais elles peuvent aussi stimuler l’économie locale, créer des emplois et réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Ainsi, la Tunisie doit-elle non seulement capitaliser ses atouts naturels, mais aussi compter sur l’innovation technologique, les partenariats internationaux et les politiques gouvernementales favorables pour se démarquer dans ce secteur en pleine expansion. Cependant,  bien que la Tunisie vise à exporter jusqu’à six millions de tonnes d’hydrogène vert par an à l’Europe d’ici 2050, elle doit d’abord résoudre ses propres problèmes d’indépendance et de déficit énergétiques. Actuellement, seulement 3 à 5% de sa consommation d’électricité provient des énergies renouvelables, loin de l’objectif de 35% fixé pour 2030.

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