L’économie circulaire : Un levier de progrès économique, social et environnemental

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L’économie circulaire est un modèle de production et de consommation qui consiste à partager, réutiliser, réparer, rénover et recycler les produits et les matériaux existants, afin qu’ils conservent leur valeur le plus longtemps possible. De cette façon, le cycle de vie des produits est étendu afin de réduire l’utilisation de matières premières et la production de déchets. Afin d’atteindre ces objectifs, l’économie circulaire se base sur un modèle en boucle destiné à valoriser les matières premières et les énergies durant tout le cycle de vie d’un produit dans une logique circulaire jusqu’à son élimination finale.

La capacité du modèle de l’économie circulaire à améliorer la profitabilité des entreprises n’est plus à démontrer pour les pays développés et industrialisés, qui ont épuisé leur marge d’optimisation des chaînes de valeur linéaires. Même les pays émergents, qui ont un grand potentiel de développement en modèle linéaire, ont à leur tour intégré le modèle circulaire, par exemple, la loi chinoise de 2008. Les acteurs devront également faire montre d’une réelle capacité à innover, dans les affaires, à créer de nouvelles approches du marché, à l’instar de Michelin ou de Airb’n’b.

Dans ce contexte, Habiba Nasraoui Ben M’rad, docteure en sciences économiques, chercheuse et enseignante universitaire à l’Esct UMA, nous a expliqué l’importance de ce sujet. En effet, l’économie circulaire est une vision systémique de l’économie, et conçoit différemment toute la chaîne de valeur.

Valoriser les matières

A la différence de l’économie linéaire traditionnelle, l’économie circulaire privilégie les processus de production durables et écologiques. Ce modèle économique a pour objectif de limiter l’impact des activités humaines sur l’environnement et donc l’empreinte environnementale. Ce modèle favorise, entre autres, la durabilité du produit, lui-même fabriqué en optimisant la gestion des ressources. Afin d’atteindre ces objectifs, l’économie circulaire se base sur un modèle en boucle destiné à valoriser les matières premières et les énergies durant tout le cycle de vie d’un produit dans une logique circulaire jusqu’à son élimination finale.

«L’économie circulaire est un modèle de production et de consommation qui consiste à partager, réutiliser, réparer, rénover et recycler les produits et les matériaux existants, afin qu’ils conservent leur valeur le plus longtemps possible. De cette façon, le cycle de vie des produits est étendu afin de réduire l’utilisation de matières premières et la production de déchets. La transition vers l’économie circulaire reste un moteur de croissance économique, un levier de développement durable. La transition vers une économie circulaire présente de nombreux bienfaits aussi bien environnementaux qu’économiques ou sociaux, une moindre extraction des ressources naturelles lorsque la durée de vie des biens et des produits est plus longue, ce qui se traduit par la réduction des GES et donc la réduction de l’impact sur l’environnement», fait savoir la spécialiste.

Du coup, ce phénomène a un impact limité sur l’environnement puisque l’économie circulaire, dans son processus, prend en considération tous les stades du cycle de vie d’un produit, dont le recyclage et le traitement des déchets.

Ben M’rad ajoute que l’économie circulaire favorise la croissance économique, car des activités nouvelles seront générées par un modèle circulaire de fabrication. Elle génère de nouvelles opportunités en matière d’emploi : la valorisation des matières résiduelles crée en effet de nouvelles activités, et de nouvelles chaînes de valeur nécessitant un savoir-faire bien spécifique  des compétences et de la main-d’œuvre.

L’économie circulaire favorise la création de produits durables fondés sur de nouveaux procédés de fabrication, et donc sur l’écoconception, d’où une économie d’énergie. Plus de 80% en effet de l’impact environnemental d’un produit sont déterminés lors de sa phase de conception.

Selon elle, ce type d’économie favorise également la création de produits plus fiables pouvant être réutilisés, améliorés et réparés d’où une réduction non seulement de la consommation de ressources et de l’énergie mais également la baisse de la production de déchets. Ainsi, les consommateurs bénéficieront de produits plus durables et innovants qui amélioreront leur qualité de vie et leur feront économiser de l’argent à long terme.

L’économie circulaire exerce un impact positif sur la biodiversité et les écosystèmes et contribue à une gestion rationnelle des ressources et réduit l’empreinte écologique ; et privilégie les technologies propres et sobres (cleanTech), les éco-activités.

Ben M’rad indique qu’avec un modèle d’économie circulaire, plus respectueux des ressources naturelles, l’objectif est de diminuer les conséquences environnementales du circuit économique, de faire disparaître le gaspillage. L’économie circulaire repose sur 7 piliers dans les 3 domaines : la production, la consommation et la gestion des déchets.

«L’achat durable, principe privilégié lors de ses approvisionnements de choisir des produits et des services dont la fabrication et l’exploitation impliquent une extraction responsable et efficace des ressources naturelles. Par exemple, Ikea a mis en place une politique d’achat durable qui comprend l’utilisation de sources d’énergie renouvelable et la réduction des déchets. En conséquence, l’entreprise a vu une réduction de ses coûts énergétiques et une amélioration de son image de marque. L’écoconception instaurant la création de produits avec une plus longue durée de vie et promouvant leur réparation puis leur recyclage. L’écoconception est source d’innovations et de création de produits durables. Diverses inventions qui voient le jour intègrent le concept «zéro déchet». Prenons l’exemple des gobelets en plastique à usage unique qui représentent un fléau pour l’environnement, car ils sont difficilement recyclables. Pour répondre à ce problème, «Cleancup» qui est une fontaine à eau qui assure la distribution, la collecte et le lavage des verres, afin de limiter la production de gobelets à usage unique, s’est chargée, l’année dernière, de laver 80.000.000 gobelets, ce qui a évité 640 tonnes de plastique rejeté dans la nature. Dans la gastronomie asiatique, des baguettes comestibles sont confectionnées à partir d’igusa, d’un roseau. Une paire de baguettes comestibles assure un apport en fibres similaire à une assiette de salade tout en réduisant la production de couverts jetables. Dans le domaine du bâtiment, nous citons l’exemple «Nzambi Matee», un jeune de 29 ans, qui a fondé «Gjenge Makers», une entreprise située au Kenya, qui transforme le plastique en briques. Ces briques en plastique sont 5 fois plus résistantes que le béton. L’Ecologie industrielle et territoriale (EIT) favorise les échanges de ressources entre les entreprises. L’économie de la fonctionnalité (ou d’usage) : modèle donnant la priorité à l’usage plutôt qu’à la possession d’un produit. Exemple : on vend un service de covoiturage plutôt que de vendre une voiture. C’est autour de cette idée que la marque de photocopieurs Xerox a développé son programme d’économie circulaire. Elle a commencé à offrir à sa clientèle «la location d’imprimantes et le paiement par page imprimée», détaille Ben M’rad.

Une durée d’usage allongée et une consommation responsable

Les consommateurs allongent la durée d’usage des produits qu’ils ont achetés grâce au recours à la remise à neuf, à la réparation d’un produit ou à l’achat de produits de seconde main (réemploi). «L’entreprise «Backacia», située à Paris, aide les professionnels du BTP et de l’immobilier à intégrer le réemploi dans leurs opérations, en mettant en vente sur sa marketplace en ligne des équipements de seconde main en provenance d’entreprises du bâtiment ou de maîtres d’ouvrage. Aussi, une entreprise de jean a été un exemple complet d’économie circulaire sur un seul produit. Il est fabriqué à partir d’anciens jeans usés ! Les consommateurs paient avec le prix du jean une consigne qui les incite à rapporter ce jean à sa fin de vie pour qu’il soit recyclé en nouveaux jeans. Dans la mobilité urbaine éco responsable, la startup «OuiCar» est une plateforme web de location de véhicules entre particuliers. Elle comprend plus de 30.000 véhicules à la location sur le territoire national et compte déjà près d’un million de personnes. Il y a également l’exemple de «Ennesys», entreprise dans le secteur de l’économie circulaire qui se base sur le recyclage des ordures organiques pour produire de l’énergie. Egalement, la start-up «Nanterre» dépollue les eaux usées «pour les transformer en source d’énergie», nous informe l’enseignante.  Afin que ce modèle économique puisse fonctionner, l’économie circulaire doit reposer sur trois domaines ou axes principaux. D’abord, il faut éduquer les consommateurs et les acteurs économiques afin qu’ils changent de comportement pour leurs achats. Désormais, privilégier des produits et des services certifiés par un label environnemental, les achats des acteurs économiques doivent toujours être responsables, de manière à ne pas produire un excès de déchets à recycler. Ensuite, il est nécessaire d’inciter les fabricants et les producteurs à mettre en place de nouveaux procédés dans la conception de leurs produits et de leurs services donc à l’écoconception. Enfin, il est obligatoire de trouver et mettre en place des solutions efficaces en matière de gestion de déchets, en donnant la priorité au traitement et au recyclage permettant d’extraire des matières réutilisables.

L’économie circulaire, un levier pour la promotion de l’emploi

La Tunisie produit 2,8 millions de tonnes de déchets par an, dont 350 mille tonnes de déchets industriels. La décomposition des déchets organiques produit des gaz à effet de serre dangereux tels que le méthane et ainsi contamine les nappes phréatiques, ce sont les plus grands dangers de l’incinération et de l’enfouissement. Pourtant ces techniques non soutenables sont encore très utilisées en Tunisie. C’est pour cette raison que j’appelle les autorités tunisiennes à reconsidérer l’urgence d’une loi sur l’économie circulaire.

Ben M’rad rappelle que «la Tunisie cherche à atteindre le zéro déchet d’ici 2050, et s’est engagée dans sa dernière CDN (la contribution déterminée nationale) à réduire son taux de mise en décharge contrôlée des déchets ultimes (y compris grâce à la production de RDF, et au TMB, et toute autre technologie de valorisation), en 2030 de 54% par rapport à 2020. Selon la Banque mondiale (2019), la mise en œuvre d’une économie circulaire en Tunisie pourrait créer près de 100.000 nouveaux emplois et générer 0,8% de croissance du PIB. Plusieurs programmes valorisant la circularité ont été mis en place en Tunisie, dont les programmes de récupération et de recyclage de déchets de tout genre (Ecolef, Ecozit, Ecopiles, Ecoconstruction…) ainsi que les projets de recyclage de déchets textiles et de compostage. Ces programmes n’ayant pas atteint les objectifs espérés, un tableau de bord doit forcément être instauré, et donc un suivi permanent est nécessaire pour identifier les entraves de tous genres en termes d’incitations, d’infrastructures, ou réglementaires pour pouvoir y remédier en temps réel. Je citerai, par ailleurs, la nouvelle Stratégie de gestion intégrée des déchets (2020-2030), le Plan d’action national pour la consommation et la production durables (PAN-Mcpd-objectif 12 de développement durable des Nations Unies) et la mise en œuvre d’un nouveau projet «ProtecT», pour la protection du climat à travers l’économie circulaire en Tunisie, mis en place par le bureau de la GIZ à Tunis en début de l’année 2020, en collaboration avec le Male et l’ANGed. Le projet «ProtecT» travaille sur un programme d’éducation à la protection de l’environnement au sein de 10 écoles pilotes et l’activation du Partenariat Public-Privé dans le secteur de la gestion de déchets à travers la mise en place d’un projet pilote afin d’ancrer le «modelconcept».

Également, depuis août 2021, le bureau du Pnud en Tunisie réalise une étude sur l’économie circulaire en Tunisie. «Circul’R» met en œuvre, depuis le début de l’année 2023, un programme de formation à l’économie circulaire destiné aux communes tunisiennes, pour le compte de la GIZ, l’agence de coopération du gouvernement allemand, et de ses partenaires tunisiens. Par ailleurs, l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel cherche à développer la chaîne de valeur de l’industrie textile et de l’habillement tunisienne, dans le sens d’une plus grande circularité et donc d’une valorisation des déchets textiles, et par voie de conséquence d’une plus grande intégration des marques et des chaînes d’approvisionnement mondiales».

En guise de conclusion, Ben M’rad insiste sur la nécessité du cadre réglementaire pour l’économie circulaire, dont les spécificités et les exigences nécessitent la mise à contribution des efforts de tous les partenaires. L’économie circulaire est un allié de taille pour atteindre les objectifs de développement durable, et surtout un des axes stratégiques d’un nouveau modèle de progrès économique et social.

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