L’imidaclopride ou le tueur des abeilles.

Pour couronner la réalité désolante des pesticides en Tunisie, notre enquête nous a permis de constater qu’au moins trois pesticides sont commercialisés et utilisés en Tunisie, alors qu’ils ont été interdits en Europe depuis avril 2018. Pour cause : la présence de la substance appelée «imidaclopride», qui s’attaque au système nerveux des insectes, dont notamment les abeilles, ce qui pourrait expliquer leur déclin.

Or, «l’imidaclopride» figure sur la dernière liste des pesticides homologués en Tunisie, révisée et actualisée le 18 octobre 2018 par les services du ministère de l’Agriculture et des Ressources hydrauliques, dont nous avons pu obtenir une copie.

Ces pesticides contenant cette matière active toxique sont commercialisés par des sociétés tunisiennes, ou représentant des sociétés internationales opérant en Tunisie. Selon nos informations, au moins 8 sociétés distribuent ces produits en Tunisie. Nous avons pu vérifier la présence de ces produits à base d’«imidaclopride» sur le marché de la distribution de ces produits en Tunisie, alors qu’ils ont été strictement interdits en Europe. Ces sociétés mettent en vente au moins deux insecticides à base de cette matière active. «Le produit est disponible. La commande sera à votre disposition en quelques jours», nous a indiqué le représentant d’une société opérant dans ce secteur.

Un responsable d’une autre société nous a également confirmé que les produits composés à partir de cette matière active sont largement commercialisés et utilisés en Tunisie.

Il faut noter également que la liste, mise à jour en mars 2017, des insecticides et raticides contrôlés par le ministère de la Santé contient également cette substance active, ce qui prouve que l’Etat tunisien autorise, jusqu’à aujourd’hui son importation, utilisation et commercialisation sur son territoire.

L’imidaclopride est un pesticide de la famille des néonicotinoïdes, insecticides les plus utilisés dans le monde, et massivement employés en agriculture depuis le début des années 1990. Son utilisation est jugée responsable de la baisse du nombre d’abeilles. En effet, les néonicotinoïdes, utilisés pour enrober des semences, désorientent et affaiblissent les abeilles et autres pollinisateurs en s’attaquant à leur système nerveux. Selon l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf), la mortalité des abeilles a largement augmenté depuis l’introduction de ces produits dans les champs au milieu des années 1990.

En effet, exposées à des néonicotinoïdes, les colonies d’insectes pollinisateurs voient leur taille se réduire. Ce phénomène, bien que connu, restait difficilement explicable jusqu’à ce que des chercheurs affiliés à des universités américaines l’ont prouvé. En dépit de ce fait, cette substance est toujours utilisée en Tunisie.

En Tunisie, il est clair que l’utilisation des pesticides affecte négativement la biodiversité tant animale que végétale comme le prouvent les nombreuses espèces qui se sont raréfiées dans les agro-écosystèmes. Toutefois, l’absence de travaux établissant un lien de cause à effet entre les produits phytosanitaires et la biodiversité ne permet pas de présenter des exemples précis, selon le biologiste universitaire Mohsen Kalboussi.

K.J.

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