CONFORMEMENT à l’article 8 du règlement intérieur du Parlement, les nouveaux élus de l’Assemblée des représentants du peuple ont prêté serment hier, de manière collective, lors de la séance inaugurale de la législature 2019-2024, mais sous forte tension.

On aurait aimé que l’hémicycle, un  lieu fortement représentatif de la démocratie tunisienne, accueille des députés responsables, consciencieux, qu’il inspire ceux qui étaient présents quant à la nécessité de s’adapter aux véritables besoins du pays, loin des polémiques et des altercations inutiles. S’en remettre au bon sens ou à la vision des députés, à l’occasion de la séance plénière d’ouverture de la 2e législature 2019-2024, n’était pas hier un signe de crédibilité absolue. Et encore moins un motif d’espérance.

Cela est d’autant plus regrettable et désolant que c’est tout le paysage politique qui est marqué aujourd’hui par des dépassements et des abus en tous genres, qu’on n’est pas sortis de l’auberge et que le cadre dans lequel s’étaient déroulés les débats durant les cinq dernières années, mais aussi celles qui devraient venir, donne une image, encore et toujours, déplorable. Une image que les Tunisiens et les Tunisiennes ne veulent plus pourtant voir, ou encore en entendre parler.

Les dérapages désavouent déjà les valeurs et les principes sur lesquels reposent le pouvoir et le devoir législatif. On a eu droit hier, du reste comme attendu, au premier grand clash entre Abir Moussi et Rached Ghannouchi qui présidait la séance. Revendiquant un point d’ordre qui ne lui avait pas été accordé, la présidente du PDL a contesté la prestation de serment collective, estimant qu’elle était inconstitutionnelle, qu’il y a des députés absents et qu’il n’y a pas eu de vérification préalable des présents. Le chef d’Ennahdha lui a alors signifié qu’elle ne pouvait bénéficier d’un point d’ordre puisque l’installation de l’Assemblée n’était pas entièrement achevée, l’invitant à s’adresser à la justice et à déposer tous les recours qu’elle veut dans le cadre du respect des institutions de l’Etat.

Le clash entre Abir Moussi et Ghannouchi donne à penser qu’il serait illusoire de s’attendre à une prise de conscience de la part des nouveaux députés qui, à l’image de ceux qui les ont précédés, ont annoncé la couleur. On ne s’étonne plus des arguments lancés ici et là. On ne voit pas, sinon très peu, ceux qui feront vraiment l’exception. Mais pour y voir plus clair, et surtout dépassionner les débats, une autre vision s’impose. Le risque est cependant toujours là. L’hémicycle peut se transformer à tout moment en un dôme de règlements de comptes. On parle aujourd’hui d’une Assemblée comme on parle d’une montagne de dérives. Il semble entendu que les valeurs et toute la signification  qui s’y rattache ont perdu de leur sens. La responsabilité des différentes parties est totalement engagée dans la mesure où plus personne ne semble s’inquiéter de ce qui se passe au parlement. Personne ne semble aussi s’inquiéter des débordements qui ont plus que jamais atteint une situation de non-retour.

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